Les mêmes causent semblent assurément produire les mêmes effets. Ce 20 juin 2025, comme au mois de janvier dernier, l’agence de notation Fitch Ratings a décidé de maintenir la note de défaut émetteur à long terme en devises étrangères (IDR) du Gabon à ’CCC’, reflétant les défis budgétaires persistants du pays malgré un PIB par habitant plus élevé que ses pairs.
Au cours de ce mois de janvier, Fitch avait abaissé la note du Gabon à « CCC », en raison de tensions accrues sur la liquidité. Le Gabon avait levé environ 5,2 % du PIB dans le cadre d’un placement privé de dette extérieure en dollars américains en février 2025, permettant aux autorités de racheter la partie restante de son euro-obligation à échéance 2025. Cependant, ce placement s’est fait à un rendement de 12,7 %, le plus élevé jamais enregistré pour une émission d’euro-obligations africaine.
Pour la présente évaluation, pour étayer son analyse, l’agence de notation évoque la forte dépendance du Gabon aux revenus volatils des hydrocarbures et les problèmes persistants de gestion des finances publiques comme facteurs clés de cette décision. Ces faiblesses sont davantage compliquées par un accès limité aux marchés régionaux de la dette et aux sources de financement externes.
Suite aux élections présidentielles d’avril 2025 remportées par le président de transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, le nouveau gouvernement vise à équilibrer le budget, hors dépenses d’investissement, d’ici 2026. Le résultat des élections élimine un obstacle à l’obtention de financements concessionnels auprès de certains prêteurs multilatéraux, bien que des programmes fiscaux et économiques détaillés soient encore en cours d’élaboration.
Fitch estime que les dépenses gouvernementales ont augmenté de 15% en 2024, le déficit budgétaire atteignant 2,5% du PIB sur une base d’engagement. Cela comprend une augmentation des dépenses salariales et une hausse des dépenses d’investissement, passant de 2,3% du PIB en 2023 à 5,5% en 2024, principalement axées sur des projets à court terme dans la capitale.
Le pays a continué d’accumuler des arriérés, estimés à 2,8% du PIB en 2024, rapprochant le budget de l’équilibre sur une base de trésorerie. Ces arriérés comprennent 1,6% du PIB envers les créanciers extérieurs et environ 1,2% envers les fournisseurs nationaux. L’agence de notation prévoit que les déficits budgétaires persisteront en 2025 et 2026, à 2,4% et 2,1% du PIB respectivement sur une base d’engagement. Fitch s’attend à ce que le Gabon continue d’accumuler des arriérés, bien qu’à un rythme plus lent.
Par ailleurs, poursuit Fitch dans son analyse, la dette du Gabon devrait rester stable à environ 75,3% du PIB en 2025 et 74,3% en 2026, contre 72,9% en 2024. Cette stabilité reflète un PIB nominal plus faible en raison de la baisse des prix du pétrole et d’une croissance économique plus lente en 2025.
Le pays a refinancé son échéance restante de 2025 au premier trimestre 2025 avec une nouvelle obligation de 570 millions de dollars arrivant à échéance en 2028 et 2029, avec un rendement de 12,7%. Les prochains remboursements du principal des Eurobonds sont dus à partir de 2028, réduisant le risque de défaut à court terme malgré des contraintes de liquidité.
Le Gabon a achevé un échange d’obligations et de bons du marché régional en monnaie locale le 28 avril 2025, que Fitch a déterminé comme ne constituant pas un événement de défaut. Cet échange a réduit les remboursements de la dette d’environ 1,4% du PIB en 2025 et 0,8% en 2026, tout en prolongeant considérablement le profil d’échéance de la dette du pays.
Le PIB réel a augmenté de 3,4% en 2024, avec une hausse de 3,1% du PIB pétrolier et une expansion de 3,4% de l’économie non pétrolière. Fitch prévoit que la croissance ralentira à 2,2% en 2025 en raison d’une croissance pétrolière plus faible et d’une réduction du stimulus des dépenses gouvernementales.



















