La France co-organisera la semaine prochaine à Nairobi, aux côtés de William Ruto, le sommet Africa Forward 2026. Ce sera la première fois que ce sommet franco-africain, qui se tient depuis longtemps, aura lieu dans un pays africain anglophone depuis sa création en 1973.
Ce sommet intervient à un moment difficile pour l’influence de la France sur le continent, notamment en Afrique de l’Ouest, où plusieurs anciennes colonies françaises se sont nettement éloignées de Paris ces dernières années. Des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont expulsé les troupes françaises, réduit leur coopération militaire avec Paris et se sont de plus en plus alignés sur d’autres partenaires, notamment la Russie. Les trois États du Sahel se sont également retirés de la CEDEAO pour former l’Alliance des États du Sahel, affaiblissant encore davantage la sphère d’influence traditionnelle de la France dans la région.
Emmanuel Macron est président de la France depuis 2017, après être devenu, à 39 ans, le plus jeune dirigeant élu du pays. Sa présidence a été marquée par des réformes économiques, des manifestations contre la réforme des retraites, des débats sur l’immigration et des efforts pour renforcer l’influence mondiale de l’Union européenne.
Le mandat de Macron a également coïncidé avec un net déclin de l’influence de la France dans plusieurs pays africains francophones, notamment au Sahel, où des coups d’État militaires et la montée du sentiment anti-français ont conduit des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger à réduire ou à rompre leurs liens sécuritaires et politiques avec Paris. Réélu en 2022 pour un second et dernier mandat, Macron est constitutionnellement empêché de briguer un autre mandat consécutif, sa présidence devant prendre fin en mai 2027.
La présence des entreprises françaises en Afrique
L’empreinte économique de la France en Afrique reste ancrée dans d’importants investissements d’entreprises, même si son influence politique s’affaiblit dans certaines parties du continent. Des entreprises comme TotalEnergies continuent de mener des projets énergétiques de grande envergure, notamment des développements de GNL au Mozambique et des opérations d’exploration et de production de pétrole et de gaz en Angola et en Namibie.
Dans le secteur de l’énergie, Électricité de France développe des partenariats dans le domaine des énergies renouvelables sur des marchés comme l’Afrique du Sud et l’Égypte, tandis qu’Orange renforce sa présence grâce au paiement mobile et aux infrastructures numériques en Afrique de l’Ouest et centrale.
Parallèlement, Airbus demeure un fournisseur clé dans les contrats aéronautiques et de défense de plusieurs États africains. Ensemble, ces liens commerciaux soulignent l’importance économique que la France continue de conserver sur le continent, alors même que son influence diplomatique traditionnelle en Afrique de l’Ouest francophone est mise à rude épreuve.
La France se tourne vers de nouveaux partenariats africains
La décision de Macron et Ruto d’organiser le sommet à Nairobi est largement perçue comme un symbole de la volonté de la France d’approfondir ses relations avec les économies africaines anglophones, dont l’ influence diplomatique et économique ne cesse de croître.
Beverly Ochieng, analyste principale du cabinet de conseil Control Risks basé au Sénégal, a déclaré à Reuters que la France semble se repositionner sur le continent en s’éloignant de certains de ses anciens partenaires coloniaux et de sécurité pour se tourner vers des pays où son empreinte culturelle et diplomatique est différente.
Ces dernières années, le Kenya s’est imposé comme l’une des principales voix diplomatiques de l’Afrique , notamment sur les questions climatiques et de développement durable, suite au Sommet africain sur le climat de 2023 organisé à Nairobi.
Le Sommet Africa Forward, placé sous le thème « Partenariats Afrique-France pour l’innovation et la croissance », réunira les chefs d’État et de gouvernement les 11 et 12 mai 2026 pour discuter du commerce, de l’innovation, du développement durable et de la réforme de la gouvernance mondiale.
Les responsables français espèrent que ce sommet contribuera à repositionner la France comme un partenaire économique et d’innovation de long terme pour l’Afrique, à un moment où Paris est confrontée à une concurrence croissante de la part de la Chine, de la Russie, de la Turquie, des pays du Golfe et des États-Unis sur tout le continent.



















