Une économie toujours tributaire du pétrole
En réponse aux pressions du Fonds monétaire international (FMI), le gouvernement gabonais travaille déjà sur un budget 2026 rectificatif « tourné vers plus d’austérité », avec pour exigences : une augmentation des recettes non pétrolières, une maîtrise de la masse salariale et un meilleur ciblage des subventions. L’institution de Bretton Woods s’inquiète par ailleurs d’une « chute brutale » des réserves de change, qui ont fondu pour atteindre seulement 4,43 milliards d’euros à fin 2025, bien en deçà de l’objectif minimal de 5,75 milliards d’euros.
Une croissance modeste, freinée par le déclin pétrolier
En 2024, l’économie gabonaise a enregistré une croissance estimée à 2,9 %. Elle était soutenue principalement par le secteur pétrolier et une accélération des travaux publics, mais cette progression modeste a limité la création d’emplois.
Pour la période 2025-2027, la Banque mondiale projette une croissance d’environ 2,4 %, dont les perspectives restent vulnérables aux incertitudes mondiales, notamment les restrictions commerciales et la fluctuation des prix du pétrole.
De son côté, le FMI table sur une croissance de 1,9 % en 2025 puis 2,6 % en 2026, des chiffres bien inférieurs aux projections officielles. Ce rythme modéré reflète une transition économique progressive, freinée par la faiblesse de l’investissement privé et les contraintes budgétaires.
Quant à la Banque africaine de développement (BAD), elle note que la production pétrolière devrait reculer de 2,1 % en 2025 puis de 4,7 % en 2026, en raison de la maturation des gisements, ce qui pèse structurellement sur les performances globales du pays.
De son côté, la Banque mondiale explique ce recul par « la fin du cycle haussier tiré par le pétrole et le ralentissement de la dépense publique », le secteur pétrolier représentant encore plus de 35 % du PIB et 70 % des recettes d’exportation.
Des finances publiques sous pression croissante
Malgré la stabilité des recettes publiques grâce aux efforts de numérisation fiscale, les dépenses publiques ont augmenté de 24 % en 2024, notamment en infrastructure et dans les mesures sociales, creusant le solde budgétaire de +1,8 % en 2023 à un déficit estimé à -3,7 % du PIB en 2024.
Le déficit budgétaire est estimé à environ 5,2 % du PIB en 2025, largement au-dessus de la norme communautaire CEMAC, du fait de dépenses croissantes et de difficultés persistantes à mobiliser les recettes publiques. La dette publique a atteint 72,5 % du PIB en 2024, dépassant le critère de convergence de la CEMAC fixé à 70 %. Le service de la dette représentait déjà 42,6 % des recettes publiques totales en 2024.
Après plusieurs mois de discussions et une mission de haut niveau en novembre 2025, le Gabon a validé le principe d’un nouveau programme économique avec le FMI, axé sur le renforcement de la gouvernance, la transparence des finances publiques et l’amélioration des conditions de vie des populations.
Un secteur extractif à deux vitesses
Troisième économie d’Afrique centrale, le Gabon reste dépendant d’un modèle extractif concentré. Les fortes exportations de matières premières ont généré un excédent commercial élevé en 2024, mais 97 % des exportations sont constituées de pétrole, de manganèse et de bois. Si le pétrole recule structurellement, la production de manganèse a contribué à la bonne tenue du secteur des industries extractives au premier trimestre 2025.
La Compagnie minière de l’Ogooué (Comilog), filiale d’Eramet a cependant enregistré une production de 6,8 millions de tonnes de minerai de manganèse à haute teneur en 2024, en baisse de 8 % par rapport à l’année précédente, avec des volumes transportés également en recul de 8 %. Sur le plan stratégique, le Gabon a officialisé une décision historique : à compter du 1er janvier 2029, il mettra fin à l’exportation de minerai brut de manganèse, afin d’imposer une transformation locale à plus forte valeur ajoutée.
Face au recul du pétrole, l’agriculture — notamment les filières bois et huile de palme —, le secteur minier (manganèse) ainsi que les BTP et la demande intérieure sont identifiés comme des moteurs de croissance. La Banque mondiale anticipe que la reprise sera tirée par les secteurs du bois, des minéraux et de l’agriculture.
Une pauvreté persistante malgré les richesses naturelles
Le manque d’opportunités d’emploi et une croissance modeste ont entraîné une augmentation de la pauvreté : plus d’un tiers des Gabonais vivent dans la pauvreté, tandis que le taux de chômage atteint environ 20 % de la population active. En 2024, 34,6 % des Gabonais vivaient avec moins de 6,85 dollars par jour (en PPA 2017).
Le nombre absolu de personnes vivant dans la pauvreté au Gabon devrait dépasser le million d’ici 2026, selon la Banque mondiale. Le Gabon ne consacre que 0,2 % de son PIB à l’aide sociale non contributive, bien en deçà de la moyenne des pays à revenu intermédiaire supérieur (0,8 %).



















