En matière de transparence dans les industries extractives, le Gabon vient de récolter de précieux lauriers. A en croire le Rapport d’avancement 2025, de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), lancé ce 20 avril 2026 à Oslo en Norvège. Ce rendu qui explique la manière dont les pays mettent à profit, la transparence pour remédier aux risques de corruption, renforcer la perception des recettes et faire face aux pressions croissantes en matière de gouvernance des ressources naturelles, fait des éloges au Gabon.
En effet, malgré un contexte politique difficile, le pays a renforcé la transparence dans le secteur extractif, notamment grâce au suivi des coûts dans l’industrie pétrolière et à une meilleure publication des informations relatives aux contrats et aux entreprises publiques. Le Conseil de l’ITIE conclu que le pays a obtenu un score satisfaisant (73,5 points) pour la mise en œuvre de la norme ITIE, suite à sa première validation.
Une performance qui n’a pas laissé insensible Helen Clark, présidente du Conseil d’administration de l’ITIE. « Je félicite le Gabon pour son engagement constant en faveur de la transparence et pour ses efforts pionniers dans la mise en œuvre de l’ITIE afin de contrôler les coûts du secteur pétrolier. Le gouvernement devrait désormais s’appuyer sur ces progrès pour soutenir la mobilisation des recettes intérieures, notamment en donnant suite aux recommandations des rapports de l’ITIE et aux conclusions de son étude sur les coûts pétroliers, en comblant les lacunes en matière de gouvernance et en assurant la publication régulière des coûts », a-t-elle déclaré. Avant de préconiser quelques pistes pour maintenir et booster cette dynamique. « Renforcer la transparence dans d’autres domaines essentiels – tels que les licences, les contrats, l’impact environnemental et la gestion des entreprises publiques – sera également crucial pour favoriser un débat public éclairé sur la gouvernance du secteur extractif et soutenir la lutte contre la corruption. »
Appel à la promotion de la transparence dans un contexte de transition politique
Depuis son retour au sein de l’ITIE en 2021, le Gabon a pris des mesures pour améliorer la transparence malgré l’incertitude politique consécutive au coup d’État militaire d’août 2023. Le pays a publié deux rapports ITIE couvrant les exercices 2021 et 2022, et présente son dernier rapport dans un format numérique innovant . Par ailleurs, l’ITIE Gabon a démontré son engagement à traiter des questions d’importance nationale par la publication de rapports thématiques sur la transparence des contrats et les coûts pétroliers.
Le gouvernement a commencé à publier des extraits de contrats pétroliers, gaziers et miniers. Afin de garantir le respect intégral de la norme ITIE, des informations clés – telles que les clauses spécifiques, les informations sur les bénéficiaires effectifs et les avenants – devraient être divulguées plus en détail. La mise en œuvre de l’ITIE a également conduit à la publication des états financiers non audités de la Gabon Oil Company (GOC), l’entreprise pétrolière nationale, permettant ainsi un meilleur contrôle de sa gestion financière et de sa contribution aux recettes publiques.
Améliorer la qualité des données et l’engagement des parties prenantes
Pour renforcer la crédibilité des rapports de l’ITIE, le Gabon devrait poursuivre ses efforts pour améliorer la qualité des données et les pratiques de publication, notamment par la publication des états financiers audités de ses entreprises publiques, de GOC et de la Société équatoriale des mines (SEM). Le renforcement des mécanismes d’assurance qualité pour les entreprises déclarantes contribuera également à consolider la confiance dans les données.
Malgré un contexte politique difficile, les acteurs gabonais sont restés activement impliqués dans le processus de l’ITIE. Les représentants de la société civile ont mené des actions de sensibilisation auprès des communautés locales, promouvant les principales conclusions des rapports de l’ITIE et participant aux débats publics sur l’accès aux données et leur divulgation. L’ITIE Gabon a également entrepris des initiatives pour encourager l’utilisation des données de l’ITIE, en proposant des formations aux journalistes, aux universitaires et aux membres de la société civile.
Maintient de la dynamique et l’engagement gouvernemental
Pour maintenir et consolider ces acquis, un engagement plus fort des pouvoirs publics dans la mise en œuvre de l’ITIE sera essentiel. Cela implique de faire preuve d’un leadership fort et d’assurer la participation active des représentants gouvernementaux aux réunions des groupes multipartites, de garantir le décaissement rapide des ressources allouées aux activités de l’ITIE et de répondre aux préoccupations concernant l’indépendance des représentants de la société civile impliqués dans le processus de l’ITIE, notamment ceux occupant des postes au sein des institutions étatiques.
Pour l’instauration d’une dynamique devant se traduire par un débat public plus éclairé et actif sur les questions d’intérêt général
L’analyse des conclusions et recommandations des rapports de l’ITIE, en particulier ceux relatifs aux coûts des projets, sera par ailleurs déterminante pour identifier les principales lacunes en matière de gouvernance et les traduire en réformes concrètes renforçant la transparence et la responsabilité.
Tout comme l’engagement collectif manifesté par toutes les parties prenantes du groupe multipartite de l’ITIE au Gabon s’avère essentiel pour promouvoir la transparence et la responsabilité dans le secteur extractif. Afin de maximiser l’impact de la mise en œuvre de l’ITIE, cette dynamique doit se traduire par un débat public plus éclairé et actif sur les questions d’intérêt général, fondé sur des données complètes, accessibles et de haute qualité.
Mises en œuvre dans 55 pays, les déclarations de l’ITIE concernent 3 000 milliards de dollars US de recettes issues du secteur extractif. Ce qui traduit son rôle crucial dans la promotion de la transparence au sein des chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques à l’échelle mondiale.
En outre, en adhérant à l’ITIE, les pays s’engagent à divulguer des informations tout au long de la chaîne de valeur de l’industrie extractive, depuis les modalités d’attribution des droits d’extraction jusqu’à la gestion des recettes et leur utilisation au profit de la population.
Par leur participation, les gouvernements, les entreprises et la société civile conviennent d’un ensemble commun de règles régissant ce qui doit être divulgué et quand : la Norme ITIE. Dans chaque pays mettant en œuvre l’ITIE, un groupe multipartite supervise cette mise en œuvre, garantissant ainsi que la transparence serve de puissant antidote à la corruption et permette aux citoyens de tirer durablement profit de leurs ressources naturelles.



















