L’Afrique de l’Ouest a fait preuve de résilience économique en 2025, enregistrant une croissance de 4,8 %, supérieure à la moyenne continentale de 4,4 %, malgré les tensions géopolitiques, l’insécurité dans certaines parties de la région, la fragmentation croissante de l’économie mondiale et la forte volatilité des marchés financiers internationaux.
Ces éléments figurent parmi les principaux points saillants des Perspectives économiques régionales pour l’Afrique de l’Ouest 2026 et du Rapport pays 2026 sur la Côte d’Ivoire, publiés par le Groupe de la Banque africaine de développement.
Les perspectives de la région restent prometteuses, avec une croissance projetée à 4,6 % en 2026, portée par des investissements privés plus importants, une reprise de la demande intérieure, la poursuite des investissements dans les infrastructures et l’expansion des secteurs pétrolier, gazier et minier. Cependant, des tensions géopolitiques prolongées, une inflation mondiale persistante, une vulnérabilité accrue de la dette publique et un resserrement des conditions financières pourraient peser sur ces perspectives positives. Les deux rapports ont été publiés le 28 juillet à Abidjan.
La Côte d’Ivoire demeure la plus grande économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et devrait connaître une croissance de 6,5 % en 2025. Le rapport Country Focus (CFR) note en outre que sa dynamique économique reste forte.
Pour maintenir la dynamique de croissance en Côte d’Ivoire, il faudra mobiliser davantage de ressources et poursuivre les réformes. Les tensions commerciales, l’incertitude géopolitique, les pressions inflationnistes et le durcissement des conditions de financement international pourraient peser sur les perspectives de croissance et d’investissement.
Le rapport affirme que l’ambition de la Côte d’Ivoire d’atteindre le statut de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure d’ici 2030 dépendra de sa capacité à accélérer sa transformation structurelle par l’industrialisation, le développement du secteur privé et l’élargissement de sa marge de manœuvre budgétaire.
Pour soutenir cette ambition, le rapport d’analyse par pays met en lumière plusieurs priorités, notamment une plus grande formalisation de l’économie, une amélioration de la fiscalité foncière et minière, une meilleure taxation du commerce électronique, la poursuite des réformes du secteur financier et une mobilisation accrue des investissements nationaux et étrangers.
« Notre ambition ne se limite pas à générer de la croissance. Il s’agit de transformer cette croissance en emplois, en capital humain plus solide, en productivité accrue et en prospérité partagée. Les conclusions de ces rapports soulignent l’importance de mobiliser massivement les ressources publiques et privées pour soutenir la mise en œuvre réussie du Plan national de développement 2026-2030 de la Côte d’Ivoire et accélérer la transformation structurelle », a déclaré Loesse J. Esso, chef de cabinet au ministère du Plan et du Développement , au nom du ministre du Plan et du Développement, Souleymane Diarrassouba.
L’Afrique de l’Ouest peut financer son déficit de développement annuel si des mesures sont prises pour mobiliser ses propres ressources.
Les rapports avancent également que l’Afrique de l’Ouest peut combler son déficit annuel de financement du développement, estimé entre 90 et 100 milliards de dollars américains, en mobilisant davantage de ressources nationales, en renforçant la gestion des finances publiques et en canalisant les capitaux locaux vers des investissements productifs.
Les rapports indiquent que les difficultés de financement de la région sont moins dues à une pénurie de capitaux qu’à la fragmentation et à la sous-utilisation des ressources financières existantes. Ils préconisent des réformes visant à mobiliser les recettes intérieures, à renforcer l’intermédiation financière et à exploiter les ressources locales à long terme nécessaires à une transformation structurelle favorisant une croissance inclusive.
« Le défi de l’Afrique de l’Ouest ne réside pas seulement dans le volume des ressources disponibles pour financer le développement. Il s’agit plutôt de savoir comment ces ressources sont mobilisées et déployées pour des investissements transformateurs qui créent des emplois, renforcent la résilience et améliorent les conditions de vie. Ces rapports montrent que la région a la possibilité de transformer des capitaux fragmentés en investissements à long terme qui accélèrent la transformation structurelle », a déclaré Joseph Ribeiro, directeur général adjoint pour l’Afrique de l’Ouest et responsable pays pour la Côte d’Ivoire.
« Les rapports montrent que le déficit de financement de l’Afrique de l’Ouest n’est pas uniquement dû à un manque de ressources. Il existe d’importantes possibilités d’élargir l’assiette fiscale, de formaliser le secteur informel, d’améliorer l’efficacité des investissements publics et d’orienter les ressources à long terme des investisseurs institutionnels vers des investissements productifs. Ces réformes peuvent aider les pays à mobiliser les financements nécessaires pour soutenir la croissance et améliorer les résultats en matière de développement », a souligné Marcellin Ndong Ntah, économiste principal pour l’Afrique de l’Ouest .
Le rapport sur les perspectives économiques régionales indique que le ratio impôts/PIB moyen en Afrique de l’Ouest s’est établi à 9,9 % au cours des cinq dernières années, bien en deçà du seuil de convergence de 20 % fixé par l’UEMOA. Selon ce rapport, cette situation limite la capacité des gouvernements à financer leurs priorités de développement et à renforcer leur résilience budgétaire.
Le rapport soutient donc que le renforcement de la mobilisation des ressources nationales est essentiel pour élargir la marge de manœuvre budgétaire et réduire les contraintes de financement.
Pour relever ces défis, le rapport identifie quatre actions prioritaires : élargir l’assiette fiscale, améliorer la gestion des recettes issues des ressources naturelles, formaliser l’activité économique informelle et orienter l’épargne-retraite et l’épargne-assurance vers des investissements productifs à long terme.
Les deux rapports soulignent également la nécessité d’une intégration financière régionale renforcée, notamment par le développement de marchés de capitaux plus solides grâce à des institutions telles que la Bourse régionale ouest-africaine (BRVM). Des marchés financiers plus intégrés, des systèmes de paiement plus robustes et une meilleure mobilisation de l’épargne intérieure peuvent contribuer à stimuler les investissements à long terme dans toute la région.
Ensemble, ces rapports délivrent un message clair : l’Afrique de l’Ouest peut renforcer sa souveraineté financière en mobilisant ses propres ressources, en débloquant les investissements à long terme et en faisant mieux usage des capitaux déjà disponibles pour promouvoir une croissance inclusive.

















