Le déficit énergétique du Gabon est criard. En témoigne les délestages qui sont aujourd’hui devenus le menu quotidien des populations. La situation s’annonce d’autant plus pernicieuse si rien n’est fait, pour le pays qui se lance dans un processus de transformation locale de ses minerais.
A preuve, pour tenir les engagements pris en juillet 2026 avec le groupe Français Eramet pour la transformation jusqu’à 700 000 tonnes de minerai de manganèse par an d’ici fin 2031, le gouvernement souhaite réunir rapidement l’ensemble des conditions nécessaires pour jouer convenablement sa partition. L’une des conditions les plus pressantes étant la disponibilité d’une énergie suffisante et compétitive.
L’approvisionnement énergétique constitue donc une condition déterminante et une préoccupation majeure pour les autorités gabonaises. Car, selon les études, les besoins énergétiques du pays s’élèvent à près de 2,5 GW. La capitale Libreville à elle seule, accuse un déficit de près de 500 MW. Tandis que les besoins liés à la transformation locale du ferromanganèse s’évaluent par exemple à environ 1 à 2 GW. La tâche ne s’annonce donc pas aisé pour les autorités de Libreville.
La rencontre du ministre des Mines, Sosthène Nguema Nguema, ce 15 septembre 2026 avec les responsables du Groupe Huawei semble ouvrir une brèche. Elle a permis de dégager quelques pistes. Le groupe chinois préconise par exemple, une complémentarité hydroélectrique et solaire au service de la transition énergétique nationale. Il recommande également d’intégrer la sécurisation des besoins énergétiques de la transformation locale des minerais dans la planification de la transition énergétique nationale, en tenant compte à la fois, du développement minier et des besoins électriques de la capitale.
Au regard des considérables ressources hydriques du pays, Huawei propose aussi d’étudier des solutions combinant hydroélectricité, photovoltaïque et stockage, tout en prenant en compte la localisation des zones minières et les caractéristiques du réseau de transport. Cette approche devrait concilier fiabilité de l’alimentation, coût global et calendrier de réalisation.
Une coordination avec le ministère de l’Énergie et la SEEG
Au niveau administratif, Huawei recommande d’examiner en priorité, une démarche de projets associant hydroélectricité et photovoltaïque, coordonnée par le ministère de l’Énergie et la Société d’énergie et d’eau du Gabon (SEEG). Cette démarche suppose d’identifier les maîtres d’ouvrage, les investisseurs et les acheteurs d’électricité, et d’évaluer la faisabilité de mécanismes de soutien adossés au crédit souverain. Ainsi, le ministère des Mines, le ministère de l’Énergie, la SEEG et les entreprises minières devront préciser leurs responsabilités respectives, afin de préparer la réalisation des projets et les futurs achats d’électricité.
Adéquation aux dispositifs de soutien et conditions de financement
Selon Huawei, la stratégie de transition énergétique nationale devrait également intégrer le montage opérationnel des projets, les politiques chinoises applicables au développement international des énergies renouvelables, les critères d’octroi de crédit des institutions financières et les conditions de couverture de l’assureur-crédit à l’exportation chinois (Sinosure). Quant aux projets liés à Eramet / Comilog impliquant des entreprises minières à capitaux non chinois, leur accès aux dispositifs de soutien devrait faire l’objet d’une analyse spécifique.
Pour être complet, les prochaines étapes des échanges avec Huawei devraient porter sur la mise en place d’un cadre de travail conjoint associant les ministères des Mines, de l’Énergie, la SEEG, les entreprises minières et Huawei. Il aura pour mission de préciser les besoins et les priorités. Cela consistera à vérifier les puissances appelées, les lieux de consommation, les exigences de continuité de service et les calendriers de mise en production. Il sera également question de clarifier les périmètres correspondant aux chiffres de 2,5 GW, 2 GW et 1 à 2 GW, ainsi que les modalités de réalisation de l’objectif intermédiaire de 1 GW.
Le groupe de travail devra également organiser des échanges techniques y afférant afin étudier les modèles économiques et de financement. Il sera question d’évaluer les premières options techniques en intégrant les conditions relatives à l’hydroélectricité, au photovoltaïque, au stockage et au transport d’électricité. Ce qui devrait se traduire par l’identification des maîtres d’ouvrage, les investisseurs, les acheteurs d’électricité et les sources de remboursement. La définition du modèle économique ainsi que les modalités d’investissement et de réalisation sera également de mise.


















