Un extrait de la note de Dominique Ikia-Ngolo, l’agent-comptable de la Commission de la CEMAC, met à nu la profondeur de la crise de trésorerie au sein de l’institution. « Il est donc urgent que des mesures courageuses d’austérité soient prises au niveau interne, afin maîtriser les flux de dépenses. Dans le contexte actuel, la priorité ne devrait être donnée qu’aux salaires. À ce sujet, des inquiétudes s’installent quant à l’échéance du mois d’août en cours. Aussi, en dehors des activités génératrices de revenus (CCC et Agréments), nous suggérons que le financement de toute autre activité reste tributaire du rythme de la TCI mise à la disposition de la Commission », renseigne-t-il.
Selon l’hebdomadaire, « l’agence comptable a saisi à la mi-août le président de la Commission sur la question des déficits de trésorerie plombant l’instance. Soit près de 794 millions de FCFA de déficit alors même que les dépenses en attente de règlement se chiffrent à 1,4 milliard de FCFA. Dans les faits. La Commission de la CEMAC roule à petit budget depuis le début de l’exercice en cours. Elle n’a jusqu’ici encaissé que 7,24 milliards de FCFA, représentant à peine 25% de son budget prévisionnel (29,2 milliards de FCFA) ».
La Taxe communautaire d’intégration (TCI), principal poste de recettes censé alimenter l’essentiel du budget communautaire, n’est reversé qu’à hauteur de 2,7 milliards de FCFA sur 13,43 milliards attendus. Soit un taux de réalisation de seulement 20 %. Les ressources propres de l’institution s’en sortent mieux, avec 4 milliards de FCFA collectés sur 5,6 milliards prévus (71 %). Toutes choses qui semblent positives ; au seul détail près que 97,6 % de ces ressources propres proviennent des frais liés au droit de la concurrence. En d’autres termes, il s’agit de l’argent à partager à parts presque égales entre la Commission, les Etats-membres et le Conseil communautaire de la concurrence.
Des comptes vides
C’est là que réside toute la difficulté. A en croire l’Agent comptable, les comptes bancaires de la Commission (à la BEAC, BGFI, Ecobank, SGC) affichent un solde cumulé de 5,52 milliards de FCFA. Ce qui n’est en réalité qu’un trompe-l’œil. Car une fois déduit 6,31 milliards de FCFA de ressources affectées frais de la concurrence non redistribués, fonds FODEC, indemnités de fin de mandat des anciens commissaires, fonds restitués par Interpol, financements ABG la Commission se retrouve en réalité avec un solde négatif de 794,34 millions de FCFA.
« Cette situation montre, sans ambages, que les caisses de la Commission sont vides. La Commission est actuellement dépendante des ressources affectées dont le taux de dépendance s’évalue aujourd’hui à près de 15% » résume de manière crue Dominique Ikia-Ngolo. Ce dernier d’ajouter : « Comme nous l’avons relevé, au mois de juin 2026, à l’occasion de la réunion du Collège des Commissaires tenue à Brazzaville, en République du Congo, la trésorerie de l’Institution poursuit très dangereusement sa course vers le bas. Cette tendance inquiétante n’avait jamais été observée par le passé. L’institution est, en effet, en état de cessation de paiements. Extrêmement délicate, cette situation dont la sonnette d’alarme est tirée depuis plusieurs mois, ne cesse de se dégrader, au regard du nombre croissant des mois d’arriérés de dotations de fonctionnement dus aux organismes communautaires. »
Là où le bât blesse, c’est que la Commission doit faire face à ses engagements en attente, non obstat ses tensions de trésorerie. L’on peut citer pêle-mêle la contribution au Capital de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale, BDEAC (80 millions FCFA), la contribution au budget du COPIL CER-AC (75 millions), les factures de différents consultant, les remboursements et droits légaux dus aux fonctionnaires retraités (615,53 millions) et aux anciens membres du gouvernement de Commission (289 millions), honoraires de cabinets de conseil Performance et Mazars (127,5 millions et 88 millions).
Soit précisément 1,447 milliard de FCFA pour ce premier lot de dépenses. A celui-ci s’ajoutent plusieurs échéances internationales majeures. Assemblées annuelles du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque mondiale ; une conférence sur l’agriculture à Clermont-Ferrand ; ainsi que la préparation du budget communautaire 2027. Lequel doit être validé lors des assises du Comité inter-États et du Conseil des ministres de l’UEAC prévues fin septembre à Brazzaville.
Une mesure d’austérité non suivie
La note citée supra évoque des mesures d’austérité ; Lesquelles sont consacrées depuis le mois de février ; à partir de la restriction sur l’organisation de missions et d’activités jugées non prioritaires. Toutefois, cette décision qui aurait dû contribuer à alléger la pression financière sur la Commission, peine à être suivie. Quelques mois seulement après cette décision, la Commission a procédé à l’acquisition de quatre véhicules Toyota Fortuner destinés aux principaux responsables de la chaîne financière de la Commission.
Le tout pour un montant d’environ 150 millions de francs CFA. De sources internes, l’on apprend par ailleurs que plus d’un an après le retour de la Commission à son siège à Bangui, certaines activités de la Commission continue de se tenir à Malabo. Entrain un coût en termes de déplacement, hébergement et frais de mission. Toutes choses qui remettent en question la transformation attendue à la tête de l’organe communautaire.
Avec le Journal Intégration



















