Lors de la cérémonie d’ouverture du Salon International des TIC de N’Djamena, le 9 septembre 2014, le Président Idriss Déby déclarait vouloir faire du Tchad un hub mondial des TIC7. Six ans après, le pays figure néanmoins toujours en queue de peloton des classements internationaux.
Ainsi, le pays occupait en 2017 le bas de classement concernant le coût de l’Internet haut débit mobile selon l’Alliance for affordable Internet (AAI) avec un prix du gigaoctet d’environ 12 USD, soit près de quatre fois plus qu’au Cameroun, pour une vitesse minimum de téléchargement inférieure de plus de 20%8. En janvier 2020, le pays comptait 2,2 millions d’utilisateurs Internet, (14 % de la population totale) et seulement 330 000 utilisateurs des réseaux sociaux9 (2% de la population totale), alors même que le nombre d’utilisateurs n’était que de 94 000 en janvier 2019.
La fin de la censure des réseaux sociaux (Facebook et Whatsapp) qui a touché le pays entre mars 2018 et juillet 2019 (la plus longue imposée par un État sur le continent) explique cette très forte avancée qui pourrait présager un recul tout aussi fort, en cas de prolongement des nouvelles mesures de censure.
Alors que les populations installées aux frontières du pays ont pu contourner la restriction et bénéficier de prix bien plus concurrentiels en s’abonnant par exemple à l’un des réseaux camerounais, le recours aux réseaux privés virtuels (VPN) constituent la seule alternative pour le reste de la population, moyennant un coût financier additionnel pour ces applications gourmandes en connectivité. Cette situation constitue un handicap supplémentaire pour les deux opérateurs téléphoniques du pays, dans un marché déjà marqué par les contraintes fiscales structurelles.
En 2018, l’opérateur de téléphonie mobile Airtel Tchad a ainsi vu son chiffre d’affaires passer de 72 Mds FCFA à 60 Mds FCFA entre 2017 et 2018 (-21 %), alors que son résultat net passait lui de 4,5 Mds à 2,2 Mds (-51 %). Dans le même temps, le chiffre d’affaire de son concurrent Tigo connaissait lui aussi trois baisses successives en 2017 (-15,7 %) et 2018 (-8,6 %) et 2019 (-8,2 %) pour un total de 65,5 Mds FCFA.
Ces mauvais résultats ont surement participé à la cession en mars 2019 de Tigo par le luxembourgeois Millicom International Cellular à l’opérateur Maroc Telecom, qui cherche à renforcer ses positions en Afrique centrale. Suite à un audit des réseaux des opérateurs, les manquements au protocole d’accord signé en juin 2019 concernant la couverture des réseaux et la qualité des services, a notamment conduit l’ARCEP a infliger une amende de plus de 8 Mds FCFA aux trois opérateurs du pays, à hauteur de 4,3 Mds pour Airtel (7 % du CA de 2019), 4,1 Mds pour Tigo (6,3 % du CA) et 0,7 Mds pour le troisième opérateur du pays, Salam (9,7 % du CA).






























