A en croire l’agence de notation Fitch Ratings, la situation des finances publiques gabonaises demeure préoccupante. Dans une récente analyse de la trajectoire du pays, loi de finances rectificative 2026 confirme l’engagement des autorités en faveur d’investissements publics importants dans les projets d’investissement, ce qui engendre un déficit budgétaire prévisionnel élevé.
Selon Fitch Ratings si les révisions rendent les objectifs budgétaires plus réalistes, l’élargissement du déficit et le recours accru à l’emprunt commercial extérieur soulignent les difficultés de financement et constituent des obstacles à la conclusion d’un nouveau programme du Fonds monétaire international (FMI). Par ailleurs, l’utilisation partielle du produit du récent placement privé extérieur pour rembourser les arriérés du secteur public et la faible exécution des dépenses d’investissement au premier semestre 2026 pourraient atténuer ces risques.
La loi de finances rectificative 2026 publié le 21 juillet réduit les recettes prévisionnelles de 23 % (plus proches des moyennes historiques) et les dépenses d’investissement prévisionnelles de 45 % par rapport aux hypothèses de la loi de finances initiale pour 2026, jugées irréalistes par Fitch. Ces modifications contribuent ainsi à améliorer la crédibilité des finances publiques. Les dépenses d’investissement prévues restent très élevées et constituent le principal facteur d’un déficit budgétaire toujours important. Dans la loi de finances révisée, ces dépenses s’élèveront à 8,5 % du PIB projeté par Fitch, un chiffre inférieur aux 11 % attendus en 2025, mais nettement supérieur à la moyenne de 2,7 % enregistrée entre 2020 et 2024. Le déficit budgétaire avoisinerait ainsi 6,7 % du PIB, contre 6,0 % dans la loi initiale.
Cependant, les données provisoires du premier semestre 2026 font état d’une exécution des dépenses d’investissement de seulement 23 % par rapport à l’objectif budgétaire révisé, contribuant à un déficit de seulement 3 % du PIB sur la période et laissant entrevoir un déficit annuel potentiellement inférieur à celui prévu dans le budget révisé.
Le plan de financement du budget révisé repose beaucoup plus sur les emprunts commerciaux extérieurs. Il comprend un prêt commercial de 1 milliard de dollars de Trafigura, annoncé en avril, et prévoit également 1,5 milliard de dollars d’émissions d’euro-obligations. Les décaissements du secteur public ont été réduits de 96 %. En juillet 2026, le Gabon a finalisé un placement privé de 920 millions de dollars américains, assorti d’un rendement d’environ 12,6 %. Le recours accru à des sources de financement commerciales extérieures coûteuses pourrait compromettre la viabilité de la dette publique.
Les besoins de financement intérieur sont également élevés, avec des amortissements estimés à 11,6 % du PIB en 2026. Nous pensons que les emprunts intérieurs seront reconduits, mais les contraintes du marché obligataire régional de la CEMAC l’empêcheront de constituer une source significative de nouveaux financements nets.
Le Gabon prévoit d’utiliser environ la moitié du produit de son récent placement privé extérieur pour apurer une partie de ses arriérés extérieurs, notamment auprès de créanciers multilatéraux et bilatéraux. Le total des arriérés extérieurs à fin 2026 s’élevait à 761 millions de dollars, dont 160 millions auprès de bailleurs de fonds multilatéraux et 319 millions auprès de bailleurs de fonds bilatéraux. L’apurement des arriérés dus au secteur public faciliterait les négociations avec le FMI.
Notre estimation d’une dette publique atteignant 81,1 % du PIB en 2025 intègre notre estimation des arriérés à 13 % du PIB à fin 2025. La majeure partie de notre estimation des arriérés concerne les fournisseurs nationaux de biens et services à l’État (hors crédits). Ce stock d’arriérés de la dette publique pourrait être révisé suite à l’audit de cette dernière réalisé par le ministère des Finances, audit que les autorités prévoyaient d’achever en juillet. Fitch estime que les conclusions de cet audit seront déterminantes dans les négociations avec le FMI, car elles permettront de fixer le niveau de la dette publique et serviront de point de départ à toute analyse de sa viabilité.
Lors de sa dernière évaluation de la notation souveraine du Gabon en mai, Fitch a souligné les difficultés liées aux importants besoins de financement et aux sources de financement limitées de l’État. Ces besoins de financement en monnaie locale, nettement plus élevés, et les tensions accrues sur les conditions de financement dans cette devise expliquent l’écart entre les notations de défaut émetteur à long terme du Gabon : « CC » en monnaie locale et « CCC- » en devises étrangères.


















