L’agenda financier du Gabon pour l’exercice 2026 vient de franchir un nouveau palier, avec l’adoption du Projet de Loi de Finances Rectificative (PLFR) 2026. Au regard de ses différentes articulations, les observateurs avertis, à l’instar du président du Conseil gabonais du patronat (CGP), Jean Jacques Evouna, relèvent qu’il est annonciateur d’une réelle cure d’austérité, signe peut-être d’un retour à l’orthodoxie financière afin de repenser profondément la gestion publique, mais non sans de réels motifs d’inquiétudes et de plusieurs questionnements.
Le budget de l’État passe de 6 358 milliards FCFA à 5 495 milliards FCFA, soit une réduction de près de 863 milliards. Les investissements publics chutent brutalement de 968 milliards FCFA, tandis que la croissance prévisionnelle est ramenée de 6,5 % à 4 %. Dans le même temps, la dette publique approche les 80 % du PIB.
Une lecture rationnelle qui, selon M. Evouna, impose tout de même de dépasser les émotions politiques. Pourtant, le gouvernement ne réduit pas les dépenses par simple choix idéologique. Il subit la pression combinée : de l’endettement ; de la baisse des recettes ; des exigences des partenaires financiers et de la nécessité de préserver la crédibilité budgétaire du pays.
Au plan technique poursuit-il, « une discipline financière devient inévitable. Aucun État ne peut durablement vivre au-dessus de ses capacités sans conséquences graves sur sa souveraineté économique. Cependant, le véritable danger réside dans la nature des coupes budgétaires ». Sous ce prisme, « la réduction massive des investissements publics constitue le point le plus préoccupant de ce PLFR », explique-t-il.
« Dans un pays encore fortement dépendant du pétrole, réduire les investissements dans les infrastructures, l’énergie, les routes, l’éducation ou la santé peut fragiliser davantage les capacités futures de croissance. Par ailleurs, l’austérité peut corriger les comptes à court terme, mais elle peut aussi ralentir l’économie si elle détruit les leviers de production de richesse. Les chiffres sectoriels sont d’ailleurs révélateurs : bois : -36,2 % ; caoutchouc : -76,9 % ; huile de palme : -6,4 %. Ces données montrent que la diversification économique reste insuffisamment consolidée », déplore-t-il.
La gouvernance publique, une question centrale
Pour le président du Conseil gabonais du patronat (CGP)Le Gabon a connu durant des années des budgets importants et des recettes pétrolières considérables. Pourtant, les infrastructures restent insuffisantes, le chômage demeure élevé et les services publics peinent à satisfaire les attentes des citoyens. Autrement dit, le problème gabonais n’est pas uniquement financier ; il est aussi structurel et administratif.
De l’avis de ce citoyen, le pays doit désormais éviter trois erreurs majeures : gouverner uniquement pour satisfaire les bailleurs ; sacrifier les investissements stratégiques et repousser les réformes profondes de l’État. « Le véritable redressement passera par : une meilleure gestion des dépenses publiques ; la lutte contre les détournements ; la modernisation administrative ; le soutien à la production nationale et une diversification économique réelle », souligne-t-il. Avant de conclure, « Le PLFR 2026 apparaît ainsi comme le révélateur d’une économie sous tension, mais aussi comme une occasion de repenser profondément la gestion publique gabonaise. Car la bonne gestion de la cité ne se limite pas à équilibrer les comptes ; elle consiste surtout à préparer durablement l’avenir des citoyens », conclut-il.



















