La récente révision à la baisse des prix du poisson et des produits de la mer suscite un large soulagement parmi les consommateurs et les petits commerçants gabonais, en proie à la hausse généralisée du coût de la vie. Mesure phare du ministère de la Mer, de la Pêche et de l’Économie bleue, cette décision vise à atténuer la pression sur le panier de la ménagère et à rendre l’approvisionnement en produits halieutiques plus accessible.
Sur le terrain, les bénéficiaires saluent l’initiative. Les commerçantes qui s’approvisionnent régulièrement auprès du site IB‑FISH expliquent pouvoir désormais proposer des poissons et autres produits marins à des tarifs « très démocratiques et sociaux », selon leurs dires, et témoignent d’une nette amélioration de leur pouvoir d’achat. La direction générale du secteur a reçu de nombreux remerciements de la part de ces actrices du commerce de détail.
Pour les détaillants, la mesure apparaît comme un soutien vital : en rendant les produits plus abordables, elle permet non seulement de maintenir l’activité commerciale, mais aussi d’attirer une clientèle plus large, tout en contribuant à limiter la précarité alimentaire des ménages.
Mais ce soulagement a un revers. Les entreprises de pêche, en amont de la filière, avertissent d’un manque à gagner potentiel. Avec des coûts d’intrants (notamment le carburant pour les bateaux) qui restent élevés, la baisse réglementée des prix risque d’éroder leurs marges et, à terme, de peser sur la viabilité économique des opérateurs et sur la continuité de la chaîne d’approvisionnement.
Pour limiter ces effets indésirables, les acteurs de la production préconisent un réajustement de la réforme, afin d’équilibrer intérêts sociaux et soutenabilité économique. À défaut, préviennent-ils, la mesure pourrait, dans le pire des cas, fragiliser l’offre locale et créer des tensions sur l’approvisionnement.
Pour la bonne gouverne, le Gabon dispose d’un fort potentiel halieutique — avec un littoral d’environ 800 km — et des ressources estimées (dans certaines filières) à plusieurs milliers de tonnes par an. Pourtant, la pêche contribue encore faiblement au PIB national. Pour remédier à cela, l’État a engagé des politiques de transformation et de nationalisation progressive du secteur, notamment à travers le projet Gab Pêche, qui vise à professionnaliser les coopératives locales et à favoriser l’appropriation nationale de la filière.
Les prochains mois seront déterminants : il faudra concilier soutien aux consommateurs et conditions de production viables. La réussite de la réforme dépendra d’un dialogue renforcé entre l’administration, les entreprises de pêche et les acteurs du commerce de détail, ainsi que de mesures d’accompagnement ciblées pour amortir les coûts en amont de la filière.


















