Le Fonds monétaire international (FMI) vient de convenir d’un programme avec la Guinée équatoriale d’une valeur d’environ 165 milliards de FCFA, qui aura à cœur les réformes de la gouvernance et de la lutte contre la corruption.
L’accord vise à soutenir la reprise de l’économie, qui se contracte depuis six ans, et à promouvoir une croissance durable et inclusive. Dans une interview, Lisandro Abrego, chef de mission du FMI pour la Guinée équatoriale, décline quelques détails dudit programme.
Quel est le contexte de l’approbation par le FMI du prêt à la Guinée équatoriale?
Lisandro Abrego : Le chemin vers l’approbation du programme a été long et difficile. L’ensemble du processus a pris environ 2 ans et demi pour se conclure, reflétant les graves défis auxquels la Guinée équatoriale a été confrontée ces dernières années. Le pays a connu des années successives de forte baisse de la production d’hydrocarbures et de contraction du secteur non pétrolier.
Le processus a commencé à la mi-2017 et impliquait un programme contrôlé par le personnel (SMP) convenu en 2018, qui a servi de base aux discussions sur un programme soutenu par le Fonds. Il s’agit d’une étape importante car elle a permis à la Guinée équatoriale d’établir un historique de mise en œuvre des politiques. Le SMP a ensuite ouvert la voie à des négociations pour un programme de trois ans dans le cadre de la Facilité élargie de financement du FMI, destiné à aider les pays à mettre en œuvre des réformes structurelles à moyen terme.
Pourriez-vous nous en dire plus sur l’objectif du programme?
Lisandro Abrego : L’objectif principal du programme est de soutenir la reprise de l’économie du pays et de promouvoir une croissance économique durable et inclusive. Nous voulons renforcer la stabilité macroéconomique et financière du pays, améliorer la protection sociale et promouvoir le développement du capital humain.
Le programme favorise également la diversification économique, tout en améliorant la gouvernance et en soutenant la lutte contre la corruption. Ce dernier est un élément clé du programme et implique la mise en œuvre d’un « plan d’action de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption » qui a été adopté et publié par les autorités.
Le programme vise à renforcer les finances publiques en réduisant les dépenses inefficaces, en augmentant les recettes fiscales non liées aux ressources naturelles et en améliorant la gestion des finances publiques. Cela augmente également l’espace pour les dépenses sociales. En outre, le programme comprend plusieurs mesures visant à améliorer le climat des affaires et d’autres réformes nécessaires pour soutenir la diversification économique.
Comment le Fonds explique-t-il un programme avec la Guinée équatoriale, compte tenu de ses antécédents de faible gouvernance?
Lisandro Abrego : La Guinée équatoriale, comme tous les membres du Fonds, peut demander un soutien pour rétablir la stabilité macroéconomique. Dans le même temps, nous reconnaissons les défis de longue date de la Guinée équatoriale en matière de gouvernance et de corruption et le programme soutenu par le FEP cherche à les résoudre d’une manière compatible avec le Cadre 2018 du FMI pour un engagement accru du Fonds en matière de gouvernance.
Les mesures visant à améliorer la gouvernance et à lutter contre la corruption constituaient également une partie importante du programme de suivi du personnel 2018. Le nouveau programme élargit et approfondit ces réformes. La Guinée équatoriale a adopté un plan pour améliorer la gouvernance et lutter contre la corruption.
Les principaux objectifs du plan comprennent une plus grande transparence dans le secteur des hydrocarbures, le renforcement de la gestion des finances publiques, la mise en œuvre d’un cadre anti-corruption, le renforcement de l’exécution des contrats et des droits de propriété, et la mise à niveau du cadre anti-blanchiment.
Pourriez-vous développer le cadre anti-corruption?
Lisandro Abrego : L’amélioration du cadre anticorruption comprendrait l’adoption d’une loi anticorruption couvrant les conflits d’intérêts et les déclarations de patrimoine par les hauts fonctionnaires, le renforcement de l’application et le renforcement de la coopération internationale.
En ce qui concerne la transparence, le programme nécessite la mise en œuvre de mesures conformes à la norme de l’Initiative pour la transparence des industries extractives, telles que les audits des sociétés d’État d’hydrocarbures et leur publication, la publication régulière de données et d’autres informations pertinentes sur le secteur des hydrocarbures et la création d’entreprises en Guinée équatoriale plus transparente en publiant leurs informations sur les bénéficiaires effectifs.
La demande de la Guinée équatoriale d’adhérer à l’Initiative pour la transparence des industries extractives, que nous soutenons, était l’une des «actions préalables» que les autorités devaient mener à bien avant que le Conseil du FMI n’examine leur demande de programme.
D’autres mesures, qui devaient être achevées à l’avance, comprennent l’adoption et la publication d’un plan d’action pour améliorer la transparence et la gouvernance, et lutter contre la corruption, la mise en place d’un système de suivi et de contrôle adéquats des dépenses publiques et, enfin, la présentation au Parlement d’un budget pour 2020 conforme aux objectifs du programme.
Mon équipe de mission et moi-même rendrons régulièrement compte au Conseil d’administration du Fonds, qui s’intéresse vivement au programme, étant donné l’accent mis sur la gouvernance. Les examens du Conseil auront lieu semestriellement et leur achèvement dépendra de la performance du programme, notamment de la mise en œuvre, comme convenu, des principales mesures de gouvernance et de lutte contre la corruption.





























