Au cours de ce périple africain, indique des sources proches de l’Élysée, Emmanuel Macron entend faire la promotion d’un partenariat renouvelé, « gagnant-gagnant », à travers des engagements pour la jeunesse, l’environnement, la culture ou encore l’économie, selon l’Élysée. Si le point d’orgue de ce voyage sera le sommet du G20, à Johannesburg, les 22 et 23 novembre, le président français entend plus largement profiter de ce déplacement pour « renouveler » la relation entre la France et l’Afrique, dans la logique d’un partenariat plus équilibré.
Une occasion en or de rafistoler toutes les brèches
En venant en terre africaine, M. Macron se devrait d’intégrer que les temps ont changé. Et ce sera de bonne guerre si la France et ses dirigeants ont compris que ce qu’ils faisaient, il y a de cela quarante à cinquante ans en arrière, n’est plus possible aujourd’hui, tant les peuples ont désormais les yeux dessillés. Ces derniers ne sont plus prêts à s’en laisser conter.
Autrement dit, Emmanuel Macron devrait garder à l’esprit que ses faits et gestes seront scrutés de très près. Lui qui, par moments, fait montre d’une posture verbale, à la limite arrogante dont lui seul a le secret. Il est donc prévenu, pour autant qu’il ne veuille pas transformer son opération de charme en une opération de répulsion avec toutes les conséquences qui pourraient en découler. Peut-être espère-t-on que le sommet du G20, auquel il participera en Afrique du Sud, lui offrira l’opportunité de rafistoler toutes les brèches.
Libreville, une étape singulière
L’étape de Libreville de cette mini-tournée revêt une essence particulière. M. Macron va effet, effectuer sa première visite d’État au Gabon depuis l’arrivée au pouvoir de Brice Oligui Nguema. Ce déplacement de Libreville charrie plusieurs enjeux. Le locataire de l’Elysée devrait dans un premier temps, « confirmer et approfondir » un partenariat qualifié d’« excellent, renouvelé et tourné vers le futur » par l’Élysée.
Sous le prisme économique, les experts évoquent le réchauffement du renouveau relationnel entre Paris et Libreville entamé lors de la visite d’amitié et de travail effectuée, par le président de la Transition, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema du 28 mai au 2 Juin 2024, en France. A cet effet, le Gabon ne peut espérer que des retombées économiques mirobolantes, dans un contexte international marqué par les contrecoups de la guerre en Ukraine et la persistance, au sein des pays de l’Union européenne et plus particulièrement en France, d’une conjoncture morose.
A la recherche d’un nouveau souffle
Pour les fins limiers de la coopération internationale, si cette visite du ‘‘Numéro Un’’ Gabonais en France semblait destinée à répondre avant tout, d’un côté comme de l’autre, à des préoccupations d’ordre politique – Emmanuel Macron déjà fragilisé par une crise politique interne, souhaite montrer, après les accrocs répétés de la diplomatie française en Afrique de l’Ouest, que Paris conserve encore quelques pays amis en Afrique sur lesquels il peut compter, tandis que, de leur côté, les autorités gabonaises désiraient ouvrir une nouvelle page dans les relations avec la France – les considérations économiques n’ont pas été, loin s’en faut, en reste.
En témoignent le succès rencontré par le Forum d’affaires Gabon – France, tenu le 29 mai 2024 aux Salons Hoche à Paris (France). Un évènement placé sous le thème : ‘’Un nouveau partenariat économique’’, organisé conjointement par l’Agence nationale pour la promotion des investissements (ANPI-Gabon), la Fédération des Entreprises du Gabon (FEG), et le MEDEF International qui a tenu toutes ses promesses.
Il a permis de lever près de près de 739 milliards FCFA (environ un milliard d’euros) au profit de divers projets au Gabon. Il en est même des nombreuses rencontres tenues, en marge de la visite, entre le président gabonais ou les membres de sa délégation, avec des patrons de grands groupes industriels hexagonaux ou internationaux qui ont permis de tracer les layons d’un partenariat humainement bon et gagnant-gagnant.
Une coopération aux allures d’une étoffe de chagrin
Il convient cependant de relever que la coopération entre France et Gabon n’a cessé, depuis une bonne vingtaine d’années, de péricliter. Cette tendance s’est fortement accélérée sous la présidence d’Ali Bongo Ondimba, lequel n’avait pas hésité, au grand dam de Paris, à faire adhérer son pays au Common Wealth en 2022, lors du sommet de Kigali. L’époque où le président Léon Mba pouvait fièrement déclarer “ chaque Gabonais à deux patries, le Gabon et la France”, est donc, aujourd’hui, totalement révolue.
Jadis omnipuissante et omniprésente dans son ancienne colonie, la France y conserve encore une position enviable (elle est le premier exportateur en direction du Gabon, avec 26% des parts de marché, devant la Belgique (12%) et la Chine (11%), mais elle a cédé depuis belle lurette sa place de premier partenaire commercial à « l’Empire du Milieu », qui absorbe 33% des exportations gabonaises, loin devant l’Inde, l’Italie et les Pays-Bas.
Encore que ces chiffres ne suffisent-ils pas à montrer l’ampleur du terrain perdu en une vingtaine d’années par l’Hexagone, qui ne compte plus guère que 110 entreprises françaises au Gabon, qui génèrent quelque 14 000 emplois et réalisent un chiffre d’affaires évalué à 3,23 milliards d’euros de chiffre d’affaire, après en avoir dénombré plusieurs centaines jusqu’au début des années 2000.
La communauté française a, elle aussi, vu régulièrement fondre ses effectifs, aujourd’hui réduits à 7.236 personnes contre 12.000 en 2014. Le stock de capital investi dans le pays par les entreprises estampillées France n’excède pas 297 millions d’euros (en recul de 66% par rapport à 2018), et est bien en dessous du stock d’investissement gabonais en France, estimé à 572 millions d’euros.
La coopération militaire sous le sceau du renouveau
La coopération militaire n’est pas exemptée de cette brise de renouveau. Elle observe également un désengagement de la France au niveau de la coopération militaire. À preuve, à Libreville, le 6e bataillon d’infanterie de marine, installé depuis 1975 dans la capitale gabonaise, n’est plus. Depuis l’été 2024, l’inscription « 6e BIMa » a disparu des façades pour laisser place sobrement à l’écriteau « Académie militaire ».
Ce changement marque la métamorphose du camp de Gaulle –rebaptisé en un camp d’entraînement partagé et cogéré par la France et le Gabon. Des 1 200 soldats français stationnés au Gabon il y a dix ans, il n’en reste plus qu’une centaine au depuis le 1er juillet 2025.
Ce désengagement traduit la volonté d’Emmanuel Macron qui, dès 2017, a missionné Jean-Marie Bockel pour sonder les régimes africains et revoir les partenariats dans le respect de leur souveraineté. Le bilan de l’envoyé spécial, dévoilé officiellement en novembre 2024, propose une réduction des effectifs et à une intensification de la coopération. Tel est, brièvement résumé, l’état du partenariat franco-gabonais actuel.



















