Au Gabon, le coup d’État du mois d’août 2023 a déclenché d’importants changements sur le plan des politiques économiques, qui se sont traduits notamment par la mise en œuvre de politiques fiscales plus expansionnistes et part une multiplication des efforts visant à renforcer les institutions et la transparence dans la gestion des finances publiques. C’est ce que révèle la Banque mondiale dans ses dernières mises à jour sur l’économie gabonaise (https://www.banquemondiale.org/fr/country/gabon/overview)
Sur le plan économique, ce coup d’État en lui-même n’a pas entraîné de perturbations importantes, à l’exception notable des secteurs de la restauration et d’autres services nocturnes qui ont fortement été impactés par le maintien prolongé des couvre-feux. La croissance gabonaise en 2023 a néanmoins été affectée par des facteurs aussi bien externes qu’internes.
Alors que la production de pétrole a augmenté de 7,6 % en raison notamment d’investissements antérieurs pour optimiser la production des champs matures, la croissance a été affectée par de fortes pluies et des glissements de terrain qui ont bloqué pendant plusieurs semaines une partie de l’unique chemin de fer du pays, affectant les exportations de manganèse et de bois. L’économie gabonaise a ainsi progressé de 2,4 % en 2023, contre 3,1 % en 2022.
Cette contreperformance des secteurs du bois et du manganèse, combinée à la baisse des prix du pétrole, s’est traduit par une dégradation du solde de la balance courante du pays qui reste néanmoins positif en 2023. L’inflation, quant à elle, a continué à baisser, s’établissant à 3,7 % en décembre 2023. Cette baisse de l’inflation est le résultat conjoint de l’introduction de mesures supplémentaires visant à contenir le coût de la vie et de la mise en œuvre d’une politique monétaire plus restrictive par la BEAC.
Les recettes budgétaires de l’État, qui ont atteint 23,4 % du PIB en 2023, ont augmenté significativement soutenues à la fois par une forte hausse de la production pétrolière et des recettes fiscales. Les recettes fiscales ont bénéficié des efforts mis en œuvre par les autorités de la transition pour réduire le niveau de la dépense fiscale et sécuriser les recettes fiscales, notamment à travers la digitalisation de l’administration fiscale et la numérisation du bureau de douane à la frontière nord du pays à la fin de l’année 2023.
Cependant, les dépenses publiques ont dans le même temps également augmenté de façon significative, se traduisant par une augmentation du déficit budgétaire, qui s’est situé à 1,0 % du PIB en 2023. Les investissements publics ont en effet connu une augmentation significative en raison de l’accélération des projets d’infrastructures.
Les dépenses ont également augmenté en raison de l’organisation des élections d’août 2023, de la reprise des recrutements dans le secteur public à partir de la fin de l’année 2023, de l’augmentation des subventions aux carburants et de plusieurs autres mesures sociales introduites par les nouvelles autorités.
La dégradation du solde budgétaire, combinée à l’introduction de composantes supplémentaires identifiées depuis la période de transition dans le périmètre de la dette publique (telles que les arriérés de remboursement de la TVA), grâce aux efforts de transparence des autorités de la Transition, a porté la dette publique à 72,1 % du PIB en 2023. La croissance gabonaise devrait rester positive mais modérée au cours des prochaines années, en raison de l’épuisement progressif des réserves pétrolières, prévu à partir de 2025.
Cependant, d’autres secteurs comme l’industrie du bois, les plantations de palmiers à huile et d’hévéas, ainsi que l’entrée en production du gisement de fer de Belinga et de nouveaux gisements de manganèse, devraient jouer un rôle clé dans la croissance future. Néanmoins, des risques significatifs pèsent sur les perspectives de croissance. Le contexte politique, jusqu’à présent relativement stable grâce au soutien populaire des autorités de transition, pourrait se dégrader avec l’organisation des prochaines échéances électorales. Un retour rapide à l’ordre constitutionnel reste toutefois crucial pour éviter des sanctions régionales qui limiteraient davantage l’accès du pays à certaines sources de financement.
Un autre risque important proviendrait de la détérioration de la situation budgétaire du pays en raison de la baisse attendue des recettes pétrolières à partir de 2025, combinée à de fortes pressions exercées sur les dépenses de l’État pour faire face à la forte demande sociale.
Enfin, le Gabon est aussi confronté au risque de raréfaction des financements et d’augmentation du coût de financement compte tenu d’une part, du durcissement des conditions financières au niveau global et d’autre part, des besoins de financement significatifs anticipés pour faire face à l’arrivée à maturité/échéance des euro-obligations en 2025. L’accumulation d’arriérés de paiement, malgré les efforts des nouvelles autorités, accentue ce risque.
Sans mesures correctives, une augmentation des déficits budgétaires pourrait compromettre la viabilité de la dette, déjà estimée à plus de 70 % du PIB en 2023, avec une projection atteignant 80 % d’ici 2026. Ces risques ont conduit à la dégradation de la note du Gabon par Moody’s et Fitch à la mi-2024.



















