Le virus de l’écriture semble durablement bien encré dans la famille Kazangba. De passage à Libreville, Manuela Kazangba écrivaine centrafricaine vivant en France nous a confortés dans cette lecture. En effet, elle a tenu à rendre un vibrant hommage à la mémoire de son géniteur, Georges Kazangha décédé en 1997. Cela, à travers une production littéraire Intitulé : ‘’Naissance d’une nation. Centrafrique : De la colonisation à l’indépendance’’. C’est l’achèvement d’un essai intellectuel entamée par son feu père, il y a 30 ans, ancien acteur de la lutte indépendantiste aux côtés de Barthélémy Boganda.
C’est l’histoire vécue, des témoignages recueillis d’un témoin de l’indépendance centrafricaine, qui a sacrifié sa vie pour des générations futures à travers cette histoire. Il s’agit donc, explique-t-elle, d’un ouvrage qui de prime à bord, peut être considéré comme un livre d’histoire. Ce, d’autant que son contenu aborde le récit de la colonisation dans sa généralité.
Au-delà de cette dimension chronologique, elle regorge d’une incommensurable richesse qui va des origines, de la langue, du peuple centrafricain et partant africain dans a globalité. Les amateurs de la poésie et des questions économiques y trouvent également leur compte. Autrement dit, les auteurs de cette ouvrage invitent à un voyage dans les entrailles de la culture centrafricaine. Mais à côté de cette dimension académique, il s’agit aussi d’un message aux générations actuelle et future. « Parce que c’est important de connaître d’où on vient. Car, quand on ignore ses racines, vous perdez sensiblement une bonne partie de vous ».
Telle la Bouteille à la mer, ce poème philosophique d’Alfred de Vigny écrit en 1853
Si écrire un livre est une œuvre d’esprit, et qu’un esprit ne meurt pas, Manuela Kazangha vient de donc de ressusciter l’âme de son père en éditant ce manuscrit laissé par Georges Kazangha. Un livre qui retrace l’histoire de la Centrafrique en particulier mais qui peut servir de mémoire aux pays colonisés par la France et qui ont acquis leur indépendance à travers des luttes. Il s’agit aussi d’un message aux générations actuelle et future. « Parce que c’est important de connaître d’où on vient. Car, quand on ignore ses racines, vous perdez sensiblement une bonne partie de vous. Parce connaître ses racines, ne signifie pas seulement maitriser les dates de l’histoire. Mais aussi connaitre les enjeux. Tous ceux qui ont contribué au développement du pays, tous ceux qui ont sacrifié avec courage, tous ceux qui ont vraiment mis leur âme à l’action. C’est également un appel à la reconstruction de l’idéal africain, à la préparation de l’avenir, « parce que les jeunes d’aujourd’hui, ils ne connaissent peut-être pas tout ce qui s’est passé avant, Ça leur permet justement d’avoir une idée, mais aussi d’apporter leur pierre à l’édifice pour le futur », explique Manuela Kazangba.
Libreville se veut donc pour cette dernière, une porte d’entrée de toute l’Afrique centrale. « Après Libreville j’irais ensuite en RCA. D’ailleurs, je souligne qu’aujourd’hui, d’ailleurs, le 13 août, c’est le jour de l’indépendance en Centrafrique. Donc c’est un petit clin d’œil justement qui est en lien avec l’histoire de ce livre, Naissance d’une Nation. D’ailleurs, je remercie le Gabon, puisque c’est le premier pays qui parle de ce livre en Afrique centrale ». Et d’ajouter, « Vraiment, c’est un honneur pour moi d’être là, parce qu’au final, l’Afrique centrale, ce n’est pas que le Centre-Afrique, parce qu’on veut vraiment porter le message au-delà des frontières. Et pour l’instant, c’est que au Gabon que j’ai commencé, on va dire, à communiquer sur ce livre ».
Pour la promotion de son ouvrage, elle prévoit des contacts avec des associations, qui manifestent l’envie de promouvoir la culture dans sa globalité à la jeunesse. Effectivement parlant de richesse, elle soutient que la langue nationale en est une. Mais c’est une richesse dont on ne parle pas assez. Alors que c’est un patrimoine qu’on devrait pourtant mettre en valeur, parce qu’on ne l’apprend pas à l’école.
Avant de conclure, Manuela Kazangba se dit heureuse d’avoir épousé cette carrière. « Parce que c’est quelque chose qu’il nous a inculqués dès la plus jeune enfance et quand j’étais jeune, je ne voyais pas l’importance de la littérature, de l’écriture, etc. Aujourd’hui je le remercie parce que finalement c’est quelque chose qui m’est tenu à cœur et cette passion c’est quelque chose que je partage avec lui et ça c’est vraiment une grande émotion, c’est une grande fierté de porter sa voix finalement parce qu’il n’est pas là pour s’exprimer je ne suis pas dans sa tête pour savoir pourquoi il a écrit Mais néanmoins, je suis fière de porter cette voix. Et d’ailleurs, je ne suis pas la seule, je tiens à le signaler, puisque ce livre m’a été remis par mon grand frère, Guy Serge Kazangba, qui lui avait en sa possession l’ouvrage. Il l’a gardé pendant 30 ans et je ne le savais pas »
Georges Kazangba, l’auteur, un homme dont le parcours s’inscrit dans l’histoire politique de la Centrafrique. Georges Kazangba (1929-1997) s’engage très jeune dans la vie politique de son pays. Il rejoint le Mouvement de l’évolution sociale de l’Afrique noire (MESAN), mouvement associé à Barthélémy Boganda et à la lutte pour l’émancipation de la Centrafrique. En 1956, alors qu’il a 27 ans, Boganda le nomme adjoint à la mairie de Bangui. Quelques années plus tard, Kazangba participe activement à la campagne électorale du père fondateur de la nation centrafricaine. Georges Kazangba poursuit ensuite sa carrière dans la haute administration jusqu’en 1981.
Pour sa fille, son engagement résume celui d’une génération convaincue que l’émancipation politique devait ouvrir une nouvelle étape pour le continent. « C’était un homme engagé dans la politique, engagé pour son pays, un grand patriote », témoigne Manuela Kazangba. Édité par le éditions L’Harmatan, le livre est vendu en ligne à 22 euros, environs 14.000 FCFA, ‘’Naissance d’une nation. Centrafrique : De la colonisation à l’indépendance ‘’ reste d’actualité non seulement pour la Centrafrique, mais pour l’Afrique noire francophone. Et sa sortie des tiroirs par la famille de l’auteur témoigne des liens très serrés qui unissent l’auteur à ses enfants, mais également les valeurs reçues par ces derniers.

Si Georges Kazangha a choisi d’écrire sur la politique de son pays à une époque mouvementé, Manuela Kazangha s’est pour sa part, orientée sur la jeunesse à travers la bande dessinée pour enfants. Pour elle, ‘’Lui écrivait sur l’histoire et la politique parce que c’était son époque, tout ce qu’il a vécu. Moi j’écris pour les enfants, je les fais voyager à travers la culture et les valeurs. Au final, les deux se rejoignent », explique-t-elle.
Pour rappel, Manuela Kazangba est née en Centrafrique, mais elle vit en France depuis plus de 32 ans. Maman de Georges Aurel et Idriss, elle travaille dans le domaine de la petite enfance. Après des Études dans l’hôtellerie, elle s’est tournée vers un métier qui la passionne dans l’univers de l’enfance, elle devient Auxiliaire puériculture. Son amour pour l’écriture et le dessin la pousse finalement à devenir Écrivaine jeunesse,
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