A la faveur d’un entretien, accordé à notre rédaction, le Conseiller spécial du président de la République, responsable du pôle communication et Porte-parole de la présidence de la République, apporte des éclairages sur le dossier de la dette intérieure qui ne cesse d’alimenter les débats au sein de l’opinion. Lecture …
Conjonctures Economiques : Monsieur le porte-parole, la taskforce présidentielle sur la dette intérieure a ouvert la boîte à pandore de ce dossier. A ce jour, quelles sont les observations enregistrées?
Jessye Ella Ekogha : Nous sommes aujourd’hui à plus de 440 milliards de dette annulés sur environ 650 milliards de dette audités. Et le travail est loin d’être achevé. Ce résultat spectaculaire démontre, si besoin en était, l’intérêt majeur de cette initiative prise par le chef de l’Etat, SEM Ali Bongo Ondimba. Au final, c’est 70 % de la dette précédemment validée qui n’étaient en réalité pas justifiés.
Ces fonds publics, qui n’ont pas été engloutis dans des travaux fictifs et autres malversations, pourront être injectés dans la relance de l’économie, le financement des services publics, la construction d’infrastructures essentielles ou encore servir à rembourser plus rapidement les dettes de l’Etat. C’est d’ailleurs déjà le cas puisque depuis le 15 octobre dernier, toutes les créances, bien réelles celles-ci, détenues par les entreprises sur l’Etat et inférieures à 70 millions de francs CFA ont été soldées.
Quelle est l’approche développée par cette structure pour mettre à nu, ces différentes irrégularités et incongruités observées dans le circuit de la dette intérieure ?
Il faut tout d’abord rappeler qu’entre les différents audits, la méthode différait sensiblement. Les premiers audits diligentés par l’Etat avec l’aide de cabinets internationaux étaient des audits sur pièces. Pour faire simple, le cabinet était chargé de récupérer auprès des créanciers tous les documents administratifs qui démontraient l’existence d’une dette de l’Etat à leur endroit. Si l’opérateur détenait ses documents, la dette présentée était validée et incorporée dans la dette intérieure.
La taskforce, elle, est allée beaucoup plus loin, avec des vérifications plus approfondies. Les membres de cette équipe pluridisciplinaire, dotés des meilleures compétences et d’une solide expérience, ont investigué pour savoir si les marchés avaient été obtenus dans le respect du Code des marchés publics, si les travaux avaient été effectués en accord avec le cahier des charges signé au moment de la convention, et surtout si les prestations avait été réalisés entièrement.
Le dernier point, qui est aussi important que crucial, tient au fait que cette équipe avait également la capacité de savoir si les opérateurs qui réclamaient de l’argent n’étaient pas eux-mêmes débiteurs auprès de l’Etat. De fait, certains opérateurs qui réclamaient le paiement de leurs créances devaient à l’Etat de l’argent pour des montants bien supérieurs, que ce soit au titre de l’impôt, des droits de douane ou bien des cotisations d’organismes sociaux comme la CNAMGS et la CNSS.
L’on semble aujourd’hui assister à des attaques contre cette structure mais également contre certains de ses membres quelle lecture faites-vous de cette attitude ?
Il semblerait en effet que certaines personnes malveillantes aient l’intention de personnaliser le débat et de s’attaquer ad hominem à certains des membres de la taskforce pour la stabiliser. Cela prouve tout simplement que celle-ci a mis le doigt là où ça fait mal. En vérité, ces cabales n’ont aucun impact. Elles sont simplement le signe du profond désarroi de ceux qui en sont les initiateurs. Tout cela ne fera pas dévier d’un iota la taskforce qui continuera à tracer sa route avec une détermination décuplée.
Car il faut garder en tête que c’est l’argent public, l’argent des Gabonaises et des Gabonais qu’on a voulu leur soustraire. Ces agissements criminels doivent non seulement être stoppés mais ils doivent être sévèrement punis.
Justement, vous avez annoncé des mesures contre les personnalités ainsi que les entreprises épinglées dans cette opération. De quelles natures seront-elles ?
Le travail conduit par la taskforce a permis de faire la lumière sur des agissements répréhensibles et de mettre à jour des complicités au sein de l’appareil d’Etat. Sur la base des preuves matérielles qui ont été collectés, l’agent judiciaire de l’Etat portera plainte non seulement contre les opérateurs indélicats mais aussi contre les fonctionnaires qui en ont été les complices. Il appartiendra alors à la Justice de faire son travail et d’appliquer les sanctions appropriées. Par ailleurs, tout sera mis en œuvre pour récupérer jusqu’au dernier centime de francs CFA les fonds détournés.
Les PME se disent inquiètes pour la suite de leurs activités et par conséquent de leur existence. Sachant que l’Etat reste leur principal client, avez-vous de quoi apaiser leurs inquiétudes ?
Que les PME soient rassurées. Celles qui n’ont rien à se reprocher continueront à bénéficier de la commande publique qui ne va pas s’arrêter. Mieux, comme je l’ai expliqué, les dettes qu’elles détenaient ont été remboursées. 4 milliards de francs CFA ont été débloqués à cette fin le mois dernier. Ce qui représente une véritable bouffée d’oxygène, a permis d’éviter des faillites, de sauvegarder l’emploi et de relancer l’investissement.
La taskforce est là pour déterminer la dette réelle afin que l’Etat puisse tenir ses engagements et payer ce qui est dû. De plus, le gouvernement travaille activement à la mise en place de différents dispositifs pour s’assurer que la commande publique bénéficie prioritairement aux entreprises gabonaises. On peut par exemple citer l’agrément PME qui facilitera l’accès aux appels d’offres faits par l’Etat et qui est développé par le ministère en charge des PME-PMI. Au final, les PME gabonaises ressortiront renforcées de cet épisode. Car quand l’Etat sépare le bon grain de l’ivraie, c’est à leur avantage.
En 2018, le gouvernement a mis en place le Club de Libreville pour régler la question de la dette intérieure. Où en est-on avec cette structure ? En outre, quelle est sa part de responsabilité dans cette espèce de capharnaüm ?
Le Club de Libreville est un Groupement d’Intérêt Economique dont la mission est d’apurer une partie de la dette intérieure due à 177 entreprises pour un montant de 310 milliards de francs CFA. Les partenaires, notamment le groupe BGFI Bank ou le cabinet PWC, n’ont pas de responsabilité directe dans les abus constatés au sein de ce mécanisme.
En effet, la validation finale des créances était faite par l’Etat qui donnait ensuite l’ordre à ses partenaires de régler la dette auprès des opérateurs. Le Club de Libreville ne jouait donc qu’un rôle d’exécutant. En réalité, les coupables, de même que leurs complices, sont clairement identifiés. Le Club de Libreville n’en fait pas partie.
Pour terminer, Monsieur le porte-parole, avez-vous un élément que vous auriez voulu porter à la connaissance de l’opinion publique, mais que nous n’aurions pas abordé au cours de cet entretien ? Si oui, lequel ?
A première vue, le travail mené par la taskforce présidentielle sur la dette intérieure peut paraître éloigné des préoccupations immédiates des populations. Mais il faut garder à l’esprit qu’un franc détourné des caisses de l’Etat, est un franc en moins pour le financement des écoles, des hôpitaux, des routes, des retraites, des bourses étudiantes, du remboursement des médicaments, etc. Ces 440 milliards de francs CFA, plutôt que d’aller dans les poches d’aigrefins, serviront à améliorer concrètement la vie des Gabonais. De ça, nous pouvons être et, au passage, reconnaissants à l’égard du Président de la République qui a insisté pour lancer les travaux de cette taskforce malgré le scepticisme et les résistances de certains.
Propos recueillis par Alexandre Le- grand






























