Le processus de relance économique initié par les autorités gabonaises, après la chute des cours pétroliers de 2014, se trouve aujourd’hui fortement compromis.
Autrement dit, la pandémie du Covid – 19 et ses effets corolaires portent un sérieux à l’économie gabonaise. Pourtant, avec l’appui du Fonds monétaire international (FMI), dans le cadre de l’accord élargi signé en 2014, appliqué depuis 2017 en vertu du Mécanisme élargi de crédit (MEDC), le programme de relance économique élaboré à cet effet afin de sortir le pays de cette mauvaise passe, commençait à porter ses fruits.
La reprise économique, un rêve évanouie
Le programme mis œuvre a ainsi contribué au renforcement de la stabilité macroéconomique en stimulant la croissance, en améliorant la position budgétaire et extérieure et en réduisant la dette publique du pays. Ces précieux atouts ont ainsi permis au Gabon de contribuer à la reconstitution des réserves internationales de la Banque centrale régionale (BEAC) et du même coup, de consolider la stabilité extérieure de la CEMAC. Le pays a également poursuivi son processus de diversification économique, même s’il dépend encore lourdement des produits de base et notamment du pétrole.
Ainsi, en décembre 2019, au cours des consultations au titre de l’article IV, l’on tablait sur des perspectives économiques favorables à moyen terme en 2020. Les projections indiquaient également l’accélération de la reprise au cours de cette année. Cela, grâce à de nouveaux investissements dans les secteurs du pétrole, du bois et des agro-industries, aux bons résultats persistants du secteur minier et à l’augmentation de la production agricole. Dans l’ensemble, la croissance devait augmenter graduellement et passer de 3,8 % en 2020 à plus de 4,5 % à moyen terme.
Quant à l’inflation, elle devait se maintenir sous le seuil des 3 %. Tandis que le déficit du compte courant devait baisser à 2 % en 2020, pour devenir excédentaire en 2022. Toutefois, certains risques susceptibles d’empêcher la concrétisation de ces perspectives avaient été signalés. Au chapitre de ceux-ci, figuraient la baisse des cours pétroliers internationaux et la décélération de la croissance mondiale. En revanche, les autorités considéraient la vigueur de l’investissement direct étranger, prévu comme un possible facteur de dépassement des prévisions, dans les secteurs pétrolier et non pétrolier.
Rabattage des cartes
Avec l’actuelle pandémie du Covid-19, il ne se fait aucun doute, les perspectives économiques à court terme du Gabon se sont beaucoup assombries. Cette pandémie a matérialisé les risques négatifs appréhendés dans l’analyse macroéconomique de décembre 2019. A preuve, la baisse de la demande mondiale et le report de l’investissement prévu dans les activités d’extraction pétrolière imputable, à la chute des prix, entraîneront inéluctablement une baisse de la production et des exportations de pétrole en 2020.
La production du secteur non pétrolier souffrira aussi des effets directs de ce Covid-19. Notamment, ces chocs sur la population, l’emploi et la demande intérieure causés par les mesures de confinement. En outre, les retombées de la conjoncture extérieure s’ajouteront également aux difficultés économiques intérieures.
En conséquence, une contraction de 0,4 % de l’activité économique est maintenant prévue. Quant à la balance des paiements, elle souffrira de l’effondrement des exportations pétrolières et non pétrolières et de l’investissement direct étranger. Le déficit du compte courant devrait aussi plus que quadrupler et atteindre 8,5 % du PIB.
Le ralentissement des exportations pétrolières et de l’activité économique fera ainsi baisser les recettes budgétaires et forcera, en conjugaison avec l’augmentation des dépenses sociales et de celles imposées par la COVID-19, une révision à la baisse du solde budgétaire global en 2020. Lequel passera d’un excédent de 1,4 % du PIB à un déficit de 2,9 %. En outre, la viabilité de la dette publique sera néanmoins préservée malgré la détérioration de la situation budgétaire. Les autorités reconnaissent cependant qu’une grande incertitude entoure l’évaluation des effets du double choc.































