Selon certains analystes, le Gabon serait encore bien loin du bout du tunnel. Du moins, en ce qui concerne ses finances publiques et notamment la conclusion d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI). Dans sa Loi de Finances rectificative 2026, le pays a inscrit une émission d’euro-obligations pour cette année, il prévoit également un creusement de son déficit budgétaire. Selon le site boursier Zonebourse.com, ces plans de financement pourraient compliquer la mise en place d’un nouveau programme avec le Fonds monétaire international.
En effet, dans ce ce nouveau budget, les autorités gabonaises autorisent un emprunt allant jusqu’à 1,5 milliard de dollars (855 milliards de francs CFA) sur les marchés internationaux cette année. Ce nouveau budget réduit par ailleurs les prévisions de recettes globales de 22 %, à 3 240 milliards de francs CFA.
Faut-il le rappeler, depuis quelques temps, le Gabon traverse une zone d’incertitudes économiques, marquée notamment par une fonte des réserves de change. C’est dans ce cadre que le pays a officiellement sollicité un programme du FMI en mars dernier. Réagissant à cette demande, les agences de notation, dont Fitch, avaient déjà averti que l’important déficit budgétaire prévu pour 2024 rendrait difficile l’obtention d’un prêt du FMI.
Quant à la Loi de Finances rectificative 2026, le FMI ne s’est pas encore prononcé officiellement sur son éventuelle impact sur un éventuel nouveau programme. Le document budgétaire y relatif fait apparaître un besoin de financement global de 915,6 milliards de francs CFA pour l’année, soit environ 13 % de plus que les chiffres annoncés en décembre.
Selon Kevin Daly, Directeur d’investissement pour la dette des marchés émergents chez Aberdeen Investments, « la révision du déficit et l’inclusion d’un eurobond auraient probablement des conséquences sur les négociations avec le FMI ». Et d’ajouter, « Si un nouveau programme voit le jour, ce sera plus tard dans l’année ou cela traînera jusqu’en 2027 », a-t-il précisé.
Réaction des marchés obligataires
Il convient tout de même de noter que ce budget révisé a eu des fortes répercussions sur les machés boursier et financier. En effet, il a entrainé un recul des obligations d’État, toutes échéances confondues. En outre, Les titres arrivant à échéance en février 2031 ont perdu 1,575% pour s’échanger à 84,97%, tandis que ceux de 2029 ont baissé de 1,2% à 94,27%.
Peu optimiste sur ce nouveau budget, Nicholas Sauer, gestionnaire de portefeuille chez Robeco estimé que ce budget rectificatifn’apaise aucune des inquiétudes antérieures. « Le Gabon, et plus largement la zone CEMAC (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale) seraient bien avisés de bénéficier d’une assistance multilatérale sous l’égide du FMI, compte tenu de l’extrême étroitesse des marchés financiers locaux. Mais cela semble désormais reporté et remplacé par un financement de marché », a-t-il analysé.
Ce budget révisé intervient alors que le Gabon attend les conclusions d’un audit détaillant des années d’emprunts publics. Cet audit de la dette publique examine les registres de la période 2016-2024 à la recherche de passifs non divulgués, de projets non exécutés et de fonds n’ayant jamais atteint les comptes du Trésor. L’agence de notation Moody’s a indiqué que cet examen pourrait révéler une dette supplémentaire non déclarée.
« Avec un niveau de dette dépassant déjà 70 % du PIB, toute surprise à la hausse est susceptible de faire basculer l’endettement dans une zone de danger », a ajouté M. Sauer. Le gouvernement a également prévu l’émission de 424,9 milliards de francs CFA en bons du Trésor sur le marché domestique.


















