Réunis à l’occasion de la 10e édition du Marché africain de l’énergie (AEMP) à Libreville du 08 au 09 avril 2026, autorités, partenaires internationaux et investisseurs ont lancé les bases d’un Pacte énergétique national ambitieux. Un projet sensé conduire le pays vers l’accès universel à l’électricité d’ici 2030. Au-delà des discours, c’est une transformation structurelle qui s’engage, entre souveraineté, attractivité économique et urgence sociale.
La rencontre s’inscrit dans le cadre de l’initiative continentale « Mission 300 », portée notamment par la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale (BM), visant à raccorder 300 millions d’Africains à l’électricité d’ici 2030. « L’Africa Energy Marketplace constitue une plateforme idéale pour redéfinir les contours des partenariats », appelant à transformer les engagements politiques en financements concrets. Cet appel à la mobilisation traduit une prise de conscience : l’énergie est désormais un enjeu de souveraineté nationale autant qu’un levier de croissance.
Le paradoxe gabonais : produire sans distribuer
L’un des moments forts des travaux est venu du ministre de l’Accès universel à l’Eau et à l’Énergie, Philippe Tonangoye, qui a levé un coin du voile sur les causes réelles des délestages. Contrairement à une idée répandue, le problème n’est pas uniquement la production. « L’énergie existe, mais il y a un problème pour la transporter », a-t-il expliqué.
En cause : des infrastructures vieillissantes, notamment entre Owendo et Bisségué, une fragmentation du réseau électrique, ainsi que des insuffisances dans la planification énergétique. Ces « délestages programmés » révèlent une défaillance structurelle : un système incapable d’acheminer efficacement l’énergie produite.
Des financements massifs pour une réforme profonde
Pour corriger ces déséquilibres, le Gabon peut compter sur un soutien international significatif. Un financement de 85 milliards de FCFA a déjà été mobilisé via un programme appuyé par la Banque mondiale. Mais l’ampleur des besoins est bien supérieure. Selon les estimations, près de 1,6 milliard de dollars seront nécessaires pour mettre en œuvre le Pacte énergétique.
Le vice-président de la BAD, Kevin Kariuki, a quant à lui salué les performances du pays, avec un taux d’accès à l’électricité de 94 %, tout en soulignant le défi restant. « Il faut encore raccorder près de 494 000 personnes pour atteindre l’objectif de 2030 », a-t-il indiqué. Autrement dit, l’intégration du Gabon dans la « Mission 300 » marque un tournant. Le pays rejoint une dynamique africaine visant à accélérer l’électrification à grande échelle.
Cinq piliers pour refonder le système énergétique
Le Pacte énergétique national repose sur une architecture claire, articulée autour de cinq axes : Renforcement de la production et des réseaux ; Intégration énergétique régionale ; Accès universel et solutions de cuisson propre ; Mobilisation accrue du secteur privé ; Amélioration de la viabilité financière du secteur. Cette approche globale traduit une volonté de sortir d’une logique d’urgence pour entrer dans une planification stratégique de long terme.
Un enjeu social, économique et politique majeur
Au-delà des chiffres et des infrastructures, l’enjeu est profondément humain. L’accès à l’électricité conditionne à la fois le développement industriel, l’accès à l’eau potable, la sécurité urbaine, l’éducation et la santé. Il s’agit donc d’un levier transversal de transformation. Mais il y a aussi une dimension politique. En érigeant l’énergie en priorité nationale, le pouvoir envoie un signal fort : celui d’un État qui entend reprendre la main sur un secteur clé de la vie quotidienne.
Un test de la crédibilité
Le Pacte énergétique national est plus qu’un projet technique : c’est un test de crédibilité pour l’État gabonais. Les annonces sont ambitieuses, les financements identifiés, les partenaires mobilisés. Mais l’histoire récente du secteur énergétique africain rappelle une réalité implacable : les promesses ne suffisent pas, seule l’exécution compte.


















