L’introduction en bourse de BGFI Holding n’a pas fini d’alimenter les chaumières. Ce dossier d’une sensibilité sans pareil, continue de faire réagir une bonne frange du microcosme bancaire national et même sous-régional. Surpris de la tournure que prennent les événements, certains anciens cadres du groupe n’ont pas eux aussi manqué de réagir. C’est par exemple le cas d’Edgard MFOUBA, aujourd’hui, actionnaire minoritaire, qui donne son avis sur ce dossier bien houleux.
Dans un entretien exclusif accordé à la rédaction de Direct Infos Gabon, il loue la portée stratégique de cette introduction en bourse de BGFI Holding, qu’il considère comme un acte d’ouverture et de souveraineté, appelant à une appropriation nationale du capital. Autrement dit, Edgard Mfouba salue le geste du Président Directeur Général sortant, Henri-Claude Oyima pour cette opération historique. « En ouvrant le capital de BGFI Holding à l’épargne publique, il offre aux Gabonais et aux Africains l’accès à la propriété d’un fleuron, ancré dans notre sol, dans notre histoire et dans notre avenir », a soutenu M. Mfouba.
Il magnifie donc cette vision à sa juste valeur, et ainsi que cette ouverture d’esprit de M. Oyima qui, par le passé, avait déjà permis l’ouverture du capital social aux salariés. « Cet acte n’est pas simplement financier : c’est un symbole puissant de partage, d’élargissement du cercle et d’inclusion des forces vives de notre nation dans les sphères stratégiques de décision économique », a-t-il déclaré.
M. Mfouba soutient également que l’introduction en bourse de BGFI Holding est stratégique et salutaire à plus d’un titre aujourd’hui. Car, « Nous vivons un moment décisif pour notre nation. Le temps est venu de réaffirmer notre droit à disposer de nos leviers économiques, à maîtriser nos trajectoires, à choisir nos priorités. Dans ce contexte, il est impératif de pouvoir compter sur un acteur bancaire stratégique dont le siège social est à Libreville, et dont les décisions se prennent ici, en cohérence avec nos ambitions souveraines. Nous devons néanmoins rester lucides. Trop de richesses produites sur notre sol ont historiquement servi à enrichir d’autres ».
Il évoque à cet effet, les cas de Total Gabon, Comilog à travers Eramet, qui par exemple « sont cotés depuis des décennies sur les marchés financiers en Europe, procurant des dividendes réguliers à des épargnants qui n’ont jamais mis les pieds dans notre pays. Nous devons d’ailleurs ouvrir une réflexion pour rapatrier une partie de ces cotations sur notre propre marché financier régional, afin que nous puissions bénéficier directement des dividendes de l’exploitation de nos richesses naturelles ». Fort de cette lecture, cette entrée en bourse de de BGFI Holding, selon lui, « est donc une action concrète, une opportunité d’impliquer toutes les forces vives du pays dans une dynamique de copropriété, de responsabilité et d’avenir ».
Revenant sur le cas Christian Kerangall qui a exprimé publiquement son opposition à cette introduction en bourse, M. Mfouba estime que « M. Kerangall incarne une génération d’entrepreneurs gabonais installés, mais sa prise de parole trahit une vision patrimoniale figée, presque héréditaire de l’économie. Une vision qui a trop longtemps maintenu notre pays dans une opacité économique, excluant une grande partie de sa jeunesse faute de lisibilité et d’espace pour entreprendre ».
Tout au contraire, il attend de M. Kerangall, comme d’aileurs de la part d’autres cadors de l’économie nationale, des actes, des investissements visibles. Ainsi que des initiatives de mentoring pour les jeunes entrepreneurs, des véhicules de financement de l’économie réelle et des engagements RSE solides. Tous des actes et acquis qui font malheureusement défaut à son héritage. « Que laisse-t-il à la jeunesse gabonaise ? Quelle trace veut-il inscrire ? », s’interroge-t-il. Avant de relever « qu’à l’heure du transfert intergénérationnel, son absence sur le terrain est une déception.et qu’en outre, il serait temps de sortir de la posture du rentier pour redevenir un acteur utile au pays ».
Or, pour le remodelage du modèle politique, social et économique gabonais, l’introduction en bourse de BGFI Holding s’inscrit dans cet élan de refondation. M. Mfouba appelle toutefois à certaines précautions. « …nous devons rester vigilants. Il y a des résistances, internes comme externes, qui cherchent à freiner cette marche. Il ne s’agit pas d’exclure, mais d’inviter chacun — entrepreneurs établis, jeunes créateurs, cadres publics, simples citoyens — à prendre part à ce nouvel élan. L’Etat ne se reconstruira pas sans le concours du peuple. Et le peuple ne retrouvera pas sa pleine souveraineté sans des institutions économiques solides, partagées, et alignées sur l’intérêt national. L’IPO de BGFI Holding trace ce chemin. », conclut-il.
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