La conjoncture économique de l’année 2020 est marquée, comme partout dans le monde, par l’impact de la pandémie de Covid‑19.
Sur le plan sanitaire, l’Afrique centrale semble certes, avoir été relativement peu touchée par le virus, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies. Les retombées économiques de la pandémie – forte baisse des prix du pétrole, sévère repli des Investissements directs étrangers (IDE), perturbation de l’activité intérieure du fait des mesures de confinement, hausse de la dépense publique et des importations – devraient cependant mettre à mal le redressement post‑crise de 2016 des économies de la CEMAC.
Dans ses prévisions de septembre 2020, la BEAC anticipe un taux de croissance de – 3,1 % pour l’année 2020. La CEMAC connaîtrait ainsi une récession comparable à la moyenne des pays d’Afrique subsahariens (ASS), projetée à – 3,0 % par les Perspectives économiques mondiales d’octobre 2020 du FMI. Le secteur tertiaire est particulièrement fragilisé, les restrictions de déplacement et le report d’événements internationaux pénalisant sensiblement l’activité des commerces, des transports, du tourisme et des services d’hôtellerie et de restauration.
La baisse des cours internationaux des matières premières se traduit par une légère restriction de la production des industries extractives, pesant sur la croissance du secteur primaire. Dans une moindre mesure, les activités du secteur secondaire sont également pénalisées. C’est le cas en particulier dans l’industrie manufacturière, qui est affectée par la perturbation des chaînes d’approvisionnement internationales, alors que l’augmentation des contraintes budgétaires et la réorientation des crédits publics vers les dépenses de santé pèsent sur le bâtiment et les travaux publics (BTP).
Comme partout ailleurs en ASS, le vivier émergent de PME dynamiques risque d’être fortement fragilisé
Les effets de la crise alimentent un regain d’inflation, avec une augmentation de l’indice des prix, qui atteindrait 2,6 % en moyenne en 2020. Cette légère accélération de l’inflation serait notamment due aux difficultés d’approvisionnement en produits alimentaires et en médicaments. Elle pourrait néanmoins être atténuée par la grande faiblesse de la demande intérieure, ainsi que par le contrôle administratif des prix des produits de base exercé par les autorités nationales.
Le déficit budgétaire global (base engagements, dons compris) des États de la CEMAC est en hausse sensible, et atteindrait 2,6 % du PIB. Les recettes pétrolières diminueraient sous l’effet du recul de la production et surtout de la baisse des prix des hydrocarbures, tandis que le ralentissement de l’économie se répercuterait sur les recettes non pétrolières.
Malgré la poursuite de la contraction de l’investissement public, les dépenses budgétaires augmentent sensiblement dans le cadre de la lutte contre l’épidémie et de ses retombées socioéconomiques (outre l’effort sanitaire, des mesures ont ainsi été prises dans les différents pays pour sauvegarder le pouvoir d’achat des ménages – réduction du prix de certains services publics, revenu minimum, etc. – et l’activité des entreprises : fonds de solidarité, garantie publique offerte sur certaines créances, allègements fiscaux, etc.).
Les comptes extérieurs sont également lourdement fragilisés, dans un contexte de ralentissement des échanges et des investissements internationaux. La chute des exportations (– 30,3 %), notamment celles d’hydrocarbures, alourdirait le déficit de la balance courante qui pourrait atteindre 4,7 % du PIB en 2020.
Sous l’effet de la dégradation du compte courant, combiné au recul des IDE, le solde global de la balance des paiements repasserait en territoire négatif à – 1,0 % du PIB, interrompant la reconstitution des réserves de change. Face aux besoins de financement additionnels découlant de la crise, les États de la CEMAC bénéficient de l’appui des institutions internationales (FMI, Banque mondiale) et de leurs partenaires bilatéraux.
Mi‑juillet 2020, le conseil d’administration du FMI a ainsi approuvé l’octroi de 542,7 millions de DTS d’aide d’urgence – sous forme de Facilité de crédit rapide (FCR) ou d’instrument de financement rapide (IFR) – au Gabon, au Tchad, à la Centrafrique et au Cameroun ; une demande de la Guinée équatoriale était également en cours instruction. Quatre États membres (Cameroun, Centrafrique, Tchad et Congo) bénéficient par ailleurs de l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD) déployée par le G20 et le Club de Paris.































