Conjonctures : Lee Patrick Ekouaguet, vos exploits semblent s’inscrire dans la logique de Pierre Corneille dans a pièce à succès ‘’Le Cid’’, qui enseigne qu‘’aux âmes biens nées, le bonheur n’attend point le nombre d’années’’. Pouvez-vous nous parler de vous ainsi que de votre odyssée ?
Lee Patrick Ekouaguet : Je suis entrepreneur, inventeur et écrivain, fondateur d’OGOOUE CORPS TECHNOLOGIES, une société franco-gabonaise spécialisée dans les innovations technologiques à impact social et environnemental. Depuis plus de dix ans, je consacre mes recherches à la création de solutions qui allient durabilité, intelligence et accessibilité, notamment dans les domaines de la santé, de la sécurité et de l’énergie. Mon objectif est de faire de la technologie un véritable levier de protection et de progrès pour tous.
Vous venez de remporter le prix du Financial Times Life Award 2025, à Londres, avec votre SafePatch. De quoi est-il réellement question ?
SafePatch est un patch intelligent et biodégradable capable de sauver des vies. Il permet de géolocaliser une personne en temps réel et d’envoyer une alerte automatique en cas de chute, de malaise ou de disparition. Sa particularité est qu’il ne dépend d’aucune batterie, mais se recharge grâce à la chaleur corporelle, même en hiver. C’est une innovation à la croisée de la santé, de l’écologie et de la technologie, conçue pour les patients vulnérables, les randonneurs, les personnes âgées ou encore les travailleurs isolés. Le SafePatch démontre qu’on peut protéger l’humain sans nuire à la planète.
Avant cette distinction, vous vous étiez déjà fait remarquer par d’autres innovations. Pouvez-vous nous en citer quelques-unes ?
Effectivement. Bien avant SafePatch, j’ai conçu plusieurs innovations marquantes. J’ai d’abord créé la première tablette Gabonais Ogooue Pad et le premier smartphone Gabonais Ogooue Smart, qui ont représenté pour moi les premiers jalons concrets de ma carrière d’inventeur. J’ai également réalisé des designs et concepts technologiques confidentiels en collaboration avec les services de police en France, notamment dans le cadre de dispositifs de sécurité avancés.
Ces créations ne peuvent pas être rendues publiques, mais elles font partie intégrante de mon parcours professionnel. Par ailleurs, j’ai développé Iboga-ai, une intelligence artificielle inspirée des savoirs traditionnels et dédiée à l’innovation, ainsi que Ndzila ai, une intelligence artificielle axée sur l’éducation et la transmission du savoir. Enfin, je travaille sur d’autres technologies destinées à certains pays européens, actuellement sous accords de confidentialité. Cela fait partie de mon engagement constant : innover pour protéger, apprendre et inspirer.
Vous êtes d’origine gabonaise et actuellement basé en France. Envisagez-vous de contribuer au développement de votre pays, notamment dans votre domaine ?
Bien entendu c’est une priorité. Le Gabon regorge de talents et de potentiels. Je souhaite participer à la création d’un écosystème d’innovation locale, avec des laboratoires de prototypage, des formations et des partenariats publics-privés. Mon ambition est de rapatrier certaines technologies au pays, de soutenir la jeunesse à travers des programmes d’entrepreneuriat et de former une nouvelle génération d’inventeurs africains capables d’exporter leurs solutions au monde entier.
Quels sont vos projets à venir ?
Je prépare le lancement industriel du SafePatch dans plusieurs pays africains et européens, ainsi qu’un programme de recyclage local pour garantir sa durabilité. Parallèlement, je développe Ogooué Son, un casque audio haut de gamme intégrant des technologies d’intelligence sonore, et je travaille sur la plateforme “Innover & Inspirer”, destinée à connecter les inventeurs africains et les investisseurs internationaux. Enfin, je poursuis mes projets littéraires, avec la sortie prochaine de mes ouvrages Le Rêveur du Quai de Bordeaux et Le Minuscule Gorille.
Et pour conclure…
Ce message aujourd’hui a une signification particulière pour moi. Loin de mon pays, je n’ai jamais reçu ce qu’on appelle une forme honorifique, ni médaille, ni reconnaissance officielle. Et pourtant, j’ai toujours porté haut le nom du Gabon. Cela me touche profondément, car je n’ai jamais cherché la gloire, mais simplement la reconnaissance du travail accompli. Ce que je fais, je le fais d’abord par conviction, par amour de l’innovation et par respect pour mes origines. Je suis d’autant plus ému que, lors du Financial Times Life Award 2025, j’ai été le seul francophone sélectionné parmi des anglophones.
Être copté dans ce contexte n’a pas été facile, mais cela prouve qu’avec la détermination, la rigueur et la foi, tout est possible. Aujourd’hui, quand je vois que mon propre pays semble parfois me regarder comme un simple satellite, cela me fait mal. Je ne demande pas qu’on crie mon nom, mais simplement qu’on reconnaisse la valeur du savoir et de la contribution que j’apporte. La technologie n’est pas un domaine qu’on improvise. Elle demande une vision, des années de recherche, de la persévérance et du sacrifice. Et c’est cette flamme-là que je porte, pour que le Gabon et l’Afrique aient aussi leur place dans le monde des grands innovateurs.



















