Fin septembre, le gasoil a manqué dans le Grand Libreville puis à Lambaréné : files d’attente, rationnement, un « vendredi noir » le 2 octobre. Depuis le 21 septembre, le sac de farine de 50 kg est passé de 19 000 à 19 950 FCFA. La baguette, officiellement à 125 FCFA, se vend déjà 150 FCFA dans certains points de vente, tandis que les boulangers attendent l’arbitrage du ministère de l’Économie, saisi le 30 septembre.
En août, c’était la bouteille de gaz à 4 950 FCFA, introuvable pendant plusieurs jours. Chaque Gabonais connaît cet écart entre le prix annoncé et le prix payé, et la crainte du prochain. AILA, cabinet de conseil stratégique, publie aujourd’hui Pourquoi la vie reste chère, deuxième note de sa série trimestrielle consacrée à la capacité de l’État à transformer une décision en résultat.
Sa thèse tient en deux phrases : la vie chère au Gabon n’est pas d’abord un problème de prix, c’est un problème de structure ; et une structure, contrairement à une mesure temporaire, ne se décrète pas pour six mois. La note ne prétend pas à l’exhaustivité d’un rapport académique. Elle part de ce que vit chaque ménage, du plein de gasoil à la baguette en passant par la bouteille de gaz, pour faire émerger un sujet du quotidien et le rendre discutable par tous.
Ce que la note établit
Le carburant a manqué trois fois en dix mois : essence et butane en janvier, butane en août, gasoil en octobre. La cause immédiate diffère à chaque fois, mais c’est la chaîne d’approvisionnement qui cède. Les réponses, elles, se ressemblent. Depuis 2012, un même mécanisme de suspension de taxes est réactivé à intervalles réguliers, sept fois en quatorze ans, sans jamais devenir un cadre permanent, et la mercuriale, qui plafonne les prix de produits de grande consommation, est passée de 48 produits en 2022 à 105 en 2026.
En février 2026, une suspension de six mois des droits, de la TVA et des frais de scanning a été annoncée sur des denrées de base. Elle n’a pas fait baisser les prix de façon générale. Selon le syndicat des boulangers, elle serait prorogée jusqu’au 31 décembre : l’écart entre la mesure annoncée et le prix payé est précisément ce que la note documente.
Elle montre aussi pourquoi la chaîne tient mal. Le crédit coûte en moyenne 21 % au Gabon, contre 11 % dans la zone CEMAC, ce qui rend l’importation plus facile que la production. 38 prélèvements informels ont été recensés en avril 2026, mais la liste promise n’est toujours pas publiée. Et 96 % des subventions aux carburants profitent à la moitié la plus aisée de la population, selon la Banque mondiale.
La note ne prête d’intention à personne. Elle pose des questions de structure et propose un test à la portée de tous : un dispositif existe-t-il, fonctionne-t-il, atteint-il le citoyen, tient-il dans la durée ? Le gaz échoue à la quatrième question. La baguette, dont le prix officiel est de 125 FCFA, invite à poser la troisième.
Elle propose six conditions vérifiables, avec porteurs et échéances, et six gestes utilisables dès aujourd’hui, comme signaler un abus de prix à la DGCC au 8085 ou au 1435. « Les Gabonais n’ont pas besoin qu’on leur explique que la vie est chère. Ils ont besoin de savoir pourquoi les mesures annoncées ne tiennent pas jusqu’à leur panier, et de pouvoir le vérifier eux-mêmes. Le Gabon n’a pas un problème de vision. Il a un problème d’exécution. », explique Ike Ngouoni Aïla Oyouomi, président d’AILA
À propos d’AILA
AILA est un cabinet de conseil stratégique qui accompagne dirigeants, institutions et entreprises dans leurs décisions, dans des environnements économiques, politiques, institutionnels et sociaux complexes, principalement en Afrique. Basé entre Libreville et Paris, il intervient à l’intersection du pouvoir, de l’influence et de la gouvernance. Il publie chaque trimestre une note stratégique sur la capacité de l’État à produire des résultats : la jeunesse en juillet 2026, la vie chère en octobre 2026. Ike Ngouoni Aïla Oyouomi en est le président.


















