Deux ans après la reprise de l’ancienne Sucaf, les Sucreries du Gabon donnent des signes préoccupants de fragilité. Lors d’une visite effectuée le 28 août 2026 sur le site de Franceville par le gouverneur du Haut-Ogooué, Jacques Denis Tsanga, la direction de l’entreprise a publiquement alerté sur sa situation financière.
» La santé financière de la société est très, très, très difficile et très menacée « , a déclaré son directeur général, Ousmane Sall Mabignat, dans des propos relayés par la presse locale. Le dirigeant estime également que l’actionnaire majoritaire se sent » totalement délaissé » par l’administration et appelle l’État à soutenir davantage l’opérateur avant que celui-ci ne » s’essouffle et ne parte « .
L’alerte prend une dimension particulière au regard du caractère stratégique de l’entreprise. En avril 2024, les actifs de Sucaf avaient été repris et l’entreprise rebaptisée Sucreries du Gabon. Le nouvel acquéreur avait immédiatement engagé un programme d’investissement, avec une campagne test, le renouvellement des équipements de production et l’installation d’une unité de conditionnement dans un entrepôt du port d’Owendo, destinée notamment à mieux approvisionner les industriels.
Les chiffres officiels montrent cependant l’ampleur du chantier. En 2024, seulement 14 640 tonnes de sucre ont été transformées, soit un recul de 21,2% sur un an. Pour compenser cette faiblesse, les importations ont bondi de 212,8% pour atteindre 22 074 tonnes, face à une demande nationale évaluée à environ 40 000 tonnes pour les particuliers et les industriels. Les ventes ont parallèlement chuté de 31,5%, à 20 250 tonnes, même si le chiffre d’affaires est resté stable à 22,42 milliards FCFA, grâce à la hausse des prix. Autrement dit, les difficultés de l’outil de Franceville ne concernent pas seulement son propriétaire : lorsqu’il produit moins, le pays doit davantage se tourner vers l’extérieur pour couvrir ses besoins.
Le repreneur avait pourtant commencé à remettre de l’argent dans l’outil industriel. Les investissements ont progressé de 65,5 % en 2024 pour atteindre 5,31 milliards FCFA, principalement pour l’acquisition de nouvelles machines et la préparation de la campagne test. Les effectifs ont également augmenté de 31,1%, passant de 421 à 552 salariés, tandis que la masse salariale reculait de 11%, à 5,31 milliards FCFA, sous l’effet d’une réorganisation des emplois. La direction générale de l’économie anticipait encore une progression de 4,5% de l’activité de la raffinerie de sucre en 2025, dans le cadre d’un redressement plus général des agro-industries. Les difficultés qui viennent d’être révélées interviennent donc alors que les autorités économiques tablaient encore récemment sur une consolidation de la filière.
C’est ce qui rend le dossier particulièrement sensible pour l’État. Jacques Denis Tsanga a assuré aux dirigeants que » l’engagement de l’État sera respecté pour que cet outil, encore une fois, soit préservé « . L’enjeu dépasse effectivement le sort d’un investisseur étranger : avec une demande nationale d’environ 40 000 tonnes par an, une production locale encore insuffisante et 22 074 tonnes déjà importées en 2024, les Sucreries du Gabon constituent l’un des rares outils permettant au pays de réduire concrètement sa dépendance alimentaire. Deux ans après avoir relancé l’ancienne Sucaf, Libreville se retrouve donc devant une équation inconfortable : préserver un actif industriel stratégique sans lequel une part encore plus importante du sucre consommé au Gabon devrait venir de l’étranger.
Avec SikaFinance


















