Contrairement aux autres Communautés économiques régionales du continent et particulièrement à l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Ouest vient d’effectuer un important pas vers la mise en place d’une commune.
A la faveur d’une réunion interministérielle axée sur la monnaie unique, tenue les 17, 18 et 19 juin dans la capitale économique ivoirienne, les 15 pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest ( CEDEAO) se sont engagés à remplacer le franc CFA par une monnaie unique dès 2020.
Baptisée »Eco » le nom de cette devise a fait consensus lors de ce comité interministériel des ministres des Finances et des gouverneurs des banques centrales de la zone. Mythe ou réalité, ce serpent de mer dont on parle depuis 30 ans pour certains, la monnaie unique de la CEDEAO remplacerait donc le franc CFA et sept autres devises nationales, qui ne sont pas convertibles entre elles, ce qui par conséquent, ne facilite pas les échanges.
Dans tous les cas, si l décor est planté, les conclusions de ce rapport seront soumises aux chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO lors de leur prochain sommet à Abuja, le 29 juin prochain. Mais en attendant, l’on indique que la gestion de cette monnaie unique devrait être confiée à une Banque centrale fédérale et son taux de change devrait être flexible, selon le rapport adopté par le comité interministériel, cité par Jeune Afrique.
Le Nigéria s’arrime à la mouvance
Le pays de Muhammadu Buhari, longtemps opposé à la création de cette monnaie unique, semble avoir levé ses réserves, a indiqué le ministre ivoirien de l’Economie et des Finances, Adama Koné. « Le Nigéria d’aujourd’hui n’est pas celui d’hier », a-t-il déclaré à des journalistes. Le Nigéria a exigé des pays de la zone franc, une déconnexion du Trésor français, le franc CFA étant arrimé à l’euro.
Une opportunité pour les pays africains ?
Au cours de cette réunion, les grands argentiers ont insisté sur l’importance de renforcer la convergence macro-économique des 15 pays. Dans ce cadre, ont-ils indiqués : « la convergence macro-économique s’avère essentielle ». Tout comme, le respect du calendrier de mise en œuvre de la monnaie unique qui dépendra « des efforts » de chaque pays en la matière selon le président de la Commission de la CEDEAO, l’Ivoirien Jean-Claude Brou.
Quant aux performances en matière de convergence macro-économique elles sont une condition sine qua non, pour la monnaie unique, selon Adama Koné, qui a ajouté qu’il faille cependant « renforcer les mécanismes de surveillance multilatérale ».
Il souligne par ailleurs qu’une devise unique « va apporter beaucoup à nos économies. C’est une opportunité d’intégration qu’il faut saisir pour les pays africains, car les marchés sont (actuellement) fragmentés », indiquant à cet effet que la croissance de la zone CEDEAO était attendue à 3,4% en 2019, après 3% en 2018.
Toutefois, de nombreux experts restent dubitatifs sur le calendrier annoncé du lancement de la monnaie unique de la CEDEAO, en raison des énormes divergences économiques entre les 15 pays, et du chemin restant à parcourir pour une harmonisation.
« On est très loin de la réalité pratique d’une monnaie unique », a jugé un expert financier ouest-africain interrogé par l’AFP sous couvert de l’anonymat. « Parler de la monnaie unique de la CEDEAO présente un bénéfice politique immédiat: cela permet d’éteindre la polémique sur le franc CFA », a-t-il ajouté.
Pour rappel, le franc CFA fait de plus en plus, l’objet d’une polémique récurrente entre ses défenseurs, qui soulignent sa stabilité, et ses détracteurs qui l’accusent d’être une monnaie « néo-colonialiste ». Or l’idée de création de la monnaie unique remonte à 1964. Devrait-on penser qu’enfin après 55 ans, ce rêve deviendra une réalité ?. « Just wait and see ».






























