Lors de la table ronde sur le financement pour une croissance durable et inclusive en Afrique, tenue en marge du sommet Union européenne (UE)- Union africaine (UA), le 18 février 2022, Kristalina Georgieva, la Directrice générale du Fonds monétaire international a marqué l’engagement du fonds pour la cause des pays africains.
Au cours de son intervention, elle n’a pas manqué de saluer la reprise observée dans la plupart des pays du continent. « Alors que le monde émerge d’une crise sans précédent, tous les pays, mais ceux d’Afrique en particulier, sont confrontés à des défis. L’Afrique a subi une contraction douloureuse en 2020. Depuis, elle a renoué avec la croissance, mais celle-ci reste inférieure aux besoins de bon nombre de pays », a-t-elle indiqué.
Avant d’indiquer qu’« En 2021 et 2022, la croissance prévue pour l’Afrique était inférieure à la moyenne mondiale. Or, ça devrait être le contraire. La croissance de l’Afrique doit dépasser celle du reste du monde, pour que les pays puissent créer des emplois et relever les niveaux de vie ».
Soutien du FMI à l’Afrique
Pour Mme Georgieva, le FMI a parfaitement joué sa partition pour soutenir le continent face à la crise du Covid. « C’est dans ce contexte qu’au FMI, nous avons pris des mesures sans précédent pour accompagner nos pays membres, en particulier ceux du continent africain. J’aime dire que nous sommes debout avec et pour l’Afrique », a-t-elle revendiqué.
L’un des leviers activés par le Fonds aura été la réforme de son dispositif de prêts concessionnels. Dans ce cadre, Kristalina Georgieva a mis en exergue le rôle moteur joué par la Première ministre suédoise, Magdalena Andersson. A la tête du comité monétaire et financier international (CMFI), elle a permis d’accroître l’accès des pays africains aux financements du FMI. Ainsi, en 2021, le FMI a octroyé des prêts d’un montant 13 fois supérieur à la moyenne annuelle de la décennie précédente.
Outre ce dispositif, le Fonds a également rapidement procédé à une allocation de Droits de tirages spéciaux (DTS). « Force est de reconnaître que cette allocation a aidé l’Afrique, mais pas assez. Certains pays ont reçu l’équivalent de 6 % de leur PIB, ce qui n’est pas du tout négligeable. Ceci dit, il est clair que nous devons faire mieux qu’allouer 33 milliards de dollars aux pays africains sur une enveloppe mondiale de 650 milliards de dollars », a indiqué Kristalina Georgieva.
Et dans ce droit fil, le FMI va passer à une autre phase suivante. Celle du transfert à grande échelle des DTS, des pays bénéficiaires qui n’en ont pas tellement besoin aux pays qui en ont le plus besoin. C’est dans ce contexte que s’inscrivent les prochaines étapes, a-t-elle déclaré.
Prochaines étapes
Pour ces prochaines étapes, l’objectif fixé l’année dernière par les dirigeants mondiaux est de faire transférer 100 milliards de dollars aux pays vulnérables. « À l’époque, nombreux étaient ceux qui le jugeaient irréalisable. Mais aujourd’hui, nous nous en rapprochons à plus de 50 % », a –t-elle précisé. En clair, les engagements reçus des pays membres du G20 se chiffrent à environ de 60 milliards de dollars et, bien entendu, nous en sollicitons davantage.
Avec le soutien de nos pays membres, le FMI est en train de créer un deuxième canal inédit, à savoir le fonds fiduciaire pour la résilience et la durabilité (fonds fiduciaire RD).
Pour la toute première fois, le FMI offrira des échéances et des délais de grâce plus longs en appui aux efforts de transformation structurelle déployés par les pays émergents et les pays en développement. L’objectif est que l’architecture du fonds fiduciaire RD soit validée lors des réunions de printemps en avril.
Les caractéristiques de ce nouveau fonds fiduciaire se décline en trois phases. Pour la première, le FMI s’efforcera de maintenir des taux d’intérêt très faibles — proches des taux dont sont assortis les DTS, qui sont actuellement encore à 0,05 % (5 points de base).
Tandis que pour la deuxième, il appuiera l’exécution de programmes de transformation structurelle à plus long terme en proposant un délai de grâce de 10 ans et un délai de remboursement de 20 ans.
Quant à la troisième, par ailleurs objectif principal, le Fonds cherchera à mobiliser l’investissement privé dans les pays émergents et les pays en développement. Autrement dit, l’objectif affiché étant de supprimer les entraves à la participation du secteur privé, pour que l’Afrique puisse obtenir le volume de financements dont elle a besoin.
« En mai dernier, nous avons évalué les besoins de financement du continent africain jusqu’en 2024 : 285 milliards de dollars rien que pour résorber les effets de la COVID-19 et ensuite le double pour que l’Afrique renoue avec la croissance et rattrape ou se rapproche des pays plus avancés », a laissé entendre Mme la Directrice générale du Fonds monétaire international.
Avant d’indiquer « Cette enveloppe devra, évidemment, s’accompagner de réformes, que nous appuierons, pour mobiliser des ressources intérieures, améliorer la qualité des dépenses (en particulier les investissements en capital humain) et élargir la participation du secteur privé ».
À ce titre, le FMI examine, avec les représentants du secteur privé, les meilleurs moyens d’y parvenir. L’idée générale étant d’envisager une contribution permettant de réduire le risque associé aux investissements privés en empruntant auprès du fonds fiduciaire RD. Un cadre d’action plus solide ouvre la voie aux investissements, ce qui permet à terme aux banques de développement de participer de façon coordonnée.
Pour cette sortie, la Directrice générale du Fonds monétaire international a été claire. « Nous sommes sur la bonne voie pour apporter une contribution majeure au financement dans les pays en développement, en particulier en Afrique. Nous souhaitons que cette contribution soit le fruit d’une collaboration », a-t-elle conclu.
Tout en précisant que « Nous tenons beaucoup à travailler en étroite coopération avec les banques régionales de développement. Toutefois, nos pays membres ne peuvent pas réaffecter les DTS directement à ces dernières parce que nous devons préserver la qualité d’avoir de réserve de cet avoir nommé « droit de tirage spécial ».
Dans ce contexte, cependant, « nous plaidons pour une collaboration encore plus étroite : travailler en partenariat, tirer parti de l’expertise des banques régionales de développement, et réfléchir aux moyens de mobiliser davantage de ressources ensemble ».



















