En lien directement avec la crise sanitaire du Covid- 19, le solde budgétaire global (base engagements, dons compris) des États de la CEMAC est ainsi passé de – 0,1 % du PIB en 2019 à – 2,0 % en 2020, ce qui induit des marges de manœuvre budgétaires plus réduites.
Il s’agit d’une dégradation néanmoins plus faible qu’en ASS (– 3,9 % en 2019 et – 6,6 % en 2020, d’après les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2021 du FMI). Seul le Tchad (1,7 % du PIB) a connu une balance budgétaire excédentaire.
Tandis que le Cameroun (– 3,3 % du PIB) et le Gabon (– 2,4 %) ont enregistré les déficits les plus importants de la région. Les conséquences économiques de la crise sanitaire ont eu un effet tant sur le niveau des recettes que des dépenses budgétaires. Dans un contexte de contraction de la demande internationale, la baisse du cours du pétrole brut et de la production s’est traduite par un net recul des recettes pétrolières (– 31,4 %), d’autant plus préjudiciable qu’elles représentent une part significative des recettes budgétaires en CEMAC à l’exception de la Centrafrique.
Le ralentissement de l’activité économique consécutif notamment aux mesures de confinement a également pesé sur le niveau des recettes non pétrolières (– 10,6 %). Tous les États ont mis en place des mesures de relance (allègements fiscaux, hausse des aides publiques) et accru leurs dépenses sanitaires, pour un montant total de près de 3 % du PIB de la CEMAC. Malgré ces dépenses supplémentaires, les dépenses courantes ont été quasi stables (– 0,5 %), en lien avec la forte baisse des transferts et subventions de 7,0 %.
Les dépenses en capital ont été aussi considérablement réduites (– 22,3 %), afin de limiter la dégradation des finances publiques. Certains États ont pu bénéficier, face à la hausse de leurs besoins de financement découlant de la crise, de l’appui des institutions internationales et de leurs partenaires bilatéraux.
Au cours de l’année 2020 et sur les neuf premiers mois de l’année 2021, le conseil d’administration du FMI a ainsi approuvé, en plus des programmes en cours, l’octroi d’un volume cumulé de 700,4 millions de droits de tirage spéciaux (DTS) d’aides d’urgence à cinq pays (soit environ 1 % du PIB de la CEMAC), sous forme de facilité de crédit rapide (FCR) ou d’instrument de financement rapide (IFR) : Cameroun (276,0 millions), Centrafrique (27,9 millions), Gabon (216,0 millions), Tchad (133,2 millions) et Guinée équatoriale (47,3 millions).
De plus, le Cameroun, la Centrafrique et le Tchad, ainsi que le Congo, ont bénéficié de l’Initiative de suspension du service de la dette (ISSD), mise en œuvre par le G20 et les créanciers du Club de Paris. Selon les estimations de la Banque mondiale, cette initiative portait, pour ces quatre pays, pour la période de mai à décembre 2020, sur un encours du service de leur dette de 591,9 millions de dollars.
Enfin, la Centrafrique et le Tchad ont reçu des subventions du fonds fiduciaire d’assistance et de riposte aux catastrophes (ARC) pour l’allègement du service de leur dette auprès du Fonds monétaire inter national (FMI). Le choc budgétaire engendré par la pandémie a, malgré les mesures de soutien multilatérales, alourdi la dette publique des États de la CEMAC.
L’augmentation en absolu de la dette, associée à la baisse du PIB, a porté le poids de la dette publique globale de 49,1 % du PIB à 53,3 % en 2020 (un niveau néanmoins inférieur au plafond communautaire de 70 %, et à la moyenne des pays de l’ASS, 57,2 % selon les Perspectives de l’économie mondiale d’octobre 2021 du FMI). On observe une forte disparité entre les États de la CEMAC, dont les taux d’endettement public varient entre 38,1 % du PIB en Centrafrique, et 95,6 % au Congo (dont 73,8 % de dette extérieure).
Dans ce contexte, des menaces persistantes pèsent sur la soutenabilité des dettes publiques des États de la CEMAC
Le poids du service de la dette publique s’est accru sensiblement en 2020, passant de 20,3 % des recettes budgétaires à 28,7 %. Le Cameroun, la Centrafrique et le Tchad demeurent ainsi en risque élevé de surendettement, selon les analyses de Viabilité de la dette (AVD) du FMI. Le Congo est jugé, pour sa part, en situation de surendettement. Le niveau de risque pesant sur la dette du Gabon et de la Guinée équatoriale a augmenté dans le contexte pandémique, mais demeure soutenable selon le FMI.
Les tensions budgétaires et macroéconomiques découlant de la crise se sont traduites dans l’appréciation du risque souverain par les agences de notation : en 2020, Standard & Poor’s a dégradé la notation du Cameroun de B à B– et celle du Congo de B– à CCC+ , tandis que Fitch Ratings rétrogradait celle du Gabon de B à CCC.



















