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Accueil Gouvernance

Congo : Le FMI milite pour une croissance inclusive et une amélioration de la gouvernance

La Rédaction par La Rédaction
février 16, 2021
dans Gouvernance
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Alex Segura-Ubiergo, chef de mission du FMI en République du Congo.

Alex Segura-Ubiergo, chef de mission du FMI en République du Congo.

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La République du Congo, plus important producteur pétrolier de la Cémac, ne s’est pas encore remise de la grave crise économique provoquée par le choc des prix du pétrole en 2014. Afin de contribuer à renforcer son économie, le Fonds monétaire international (FMI) vient d’approuver une aide financière en faveur du pays au titre de sa facilité élargie de crédit (FEC).

Ce programme appuyé par le FMI octroie quelque 449 millions de dollars à la République du Congo pour soutenir les efforts déployés par l’État afin d’assurer une croissance plus forte et plus inclusive ainsi que d’améliorer la gouvernance et la transparence. Au cours d’une entrevue, Alex Segura-Ubiergo, chef de mission du FMI en République du Congo, a livré plus d’informations sur certains aspects du programme.

Le FMI a récemment approuvé un accord au titre de la facilité élargie de crédit (FEC) en faveur du Congo et compte désormais des programmes dans cinq des six pays de la Cémac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Quelle est la portée de ce développement ?

Il s’agit d’une étape très importante pour la République du Congo et pour la stabilité de l’union monétaire de la Cémac. Le programme jouera un rôle clé pour appuyer la stratégie économique adoptée par les chefs d’État des pays de la Cémac lors du sommet de Yaoundé de décembre 2016.

L’accord de prêt d’un montant de 449 millions de dollars en faveur de la République du Congo au titre de la FEC soutiendra les efforts du pays visant à reconstituer des fonds en prévision de temps difficiles et contribuera à l’accumulation des réserves auprès de la banque centrale.

Le programme appuyé par le FMI aidera aussi à stimuler la confiance économique dans le pays, à promouvoir la croissance inclusive, et à montrer que la région est en train de réussir à mettre en œuvre une stratégie coordonnée pour répondre à la crise déclenchée par la baisse des prix du pétrole en 2014.

Pouvez-vous nous en dire plus sur le contexte dans lequel le FMI a approuvé le prêt au Congo ?

L’approbation du programme a été difficile. Compte tenu de la complexité des défis auxquels le pays était confronté, les discussions sur le programme ont pris plus de deux ans. Ces défis avaient trait à l’ampleur du choc pétrolier de 2014, aux capacités institutionnelles restreintes et à de sérieux problèmes en matière de gouvernance et de transparence. En outre, pour que le programme soit approuvé, il était impératif que le Congo obtienne des assurances de financement et notamment un allégement de la dette auprès de ses principaux créanciers, particulièrement de la Chine.

Les services du FMI ont travaillé en étroite collaboration avec les autorités pour déterminer les causes de la crise et pour présenter au conseil d’administration du FMI une solide série de mesures de réformes structurelles, dont des actions pour améliorer la gouvernance. Tout cela était nécessaire afin de prouver que le Congo était disposé à changer ses politiques économiques et de montrer que l’adhésion au programme était réelle.

Quels sont les principaux objectifs du programme au titre de la FEC et comment les atteindre ?

Le programme met l’accent sur trois domaines clés : définir des politiques visant à générer une croissance plus forte et plus inclusive, y compris en finançant des programmes de protection des populations pauvres et vulnérables ; maintenir la discipline budgétaire pour rétablir la viabilité de la dette ; et de faire avancer les réformes structurelles pour améliorer la gouvernance et la transparence.

Le Congo doit relever plusieurs défis en ce qui concerne la gouvernance dans la gestion du secteur pétrolier du pays et assurer davantage de transparence et d’efficacité dans les dépenses publiques. L’État a pris différentes mesures pour répondre aux préoccupations en matière de gouvernance et de transparence, telles que l’établissement de rapports approuvés par des vérificateurs sur les ventes de réserves pétrolières, la publication des contrats dans le secteur pétrolier, la suppression des dépenses hors budget et l’accentuation des efforts anticorruption, cette dernière mesure comprenant la création d’une nouvelle haute autorité de lutte contre la corruption, dotée d’un pouvoir d’enquête.

Est-il prévu de venir en aide aux membres les plus démunis de la société et de contribuer à faire baisser le chômage, notamment chez les jeunes et les femmes ?

Il s’agit de l’un des objectifs clés du programme. Les autorités et les services du FMI ont discuté des différentes manières de s’assurer que la réduction des dépenses publiques ne touchera pas les plus pauvres et les populations vulnérables. Le programme comprend une augmentation des transferts en espèces pour les ménages les plus défavorisés, les femmes et les autres populations vulnérables. De plus, le programme relève des politiques qui peuvent contribuer à stimuler la croissance économique et à créer plus d’emplois.

D’autres mesures seront définies au fil du temps. Au moment de formuler ses recommandations, le FMI tiendra compte des conseils communiqués par les organisations de la société civile, qui représentent une contribution importante. En fait, nous avons encouragé les autorités à renforcer le dialogue avec la société civile pour faire en sorte que les objectifs du programme soient bien compris. Grâce à ce dialogue, le gouvernement pourra susciter une adhésion plus large au programme.

Quelles mesures l’État prend-il pour régler le problème de l’explosion de la dette publique et stabiliser la situation de ses finances, d’autant plus que cela contribuera à l’évidence à la stabilité de l’ensemble de la Cémac ?

L’État a déjà pris des mesures décisives dans ce domaine en approuvant et mettant en œuvre des budgets prudents en 2018 et 2019. Ces mesures ont conduit à un redressement spectaculaire des finances publiques, et le Congo a enregistré un excédent budgétaire en 2018 ainsi qu’un net recul de la dette publique.

Certes, cette amélioration s’explique en partie par l’augmentation des prix du pétrole, mais il est aussi vrai que l’État a pris des mesures énergiques pour limiter les dépenses. À l’avenir, la plus importante série de mesures mettra l’accent sur les efforts visant à stimuler les recettes non pétrolières, un domaine où les résultats ont été particulièrement faibles ces dernières années.

Il sera aussi primordial de limiter les transferts et les subventions dans le secteur pétrolier afin que suffisamment de ressources soient disponibles pour l’investissement public et les programmes sociaux, éléments indispensables à une croissance plus forte et plus inclusive.

Pouvez-vous nous en dire plus sur l’état des réformes en matière de transparence et de gouvernance au Congo ?

Le Congo a mis en œuvre une dizaine de réformes structurelles décisives pour améliorer la gouvernance et la transparence. À cet égard, ce programme appuyé par le FMI est l’un des plus ambitieux. Ces réformes comprennent l’obligation de déclaration de patrimoine pour les hauts représentants de l’État, la mise en place d’une haute autorité de lutte contre la corruption, la publication des accords de production pétrolière, la réforme des statuts de la Société nationale des pétroles du Congo ( SNPC), dont les comptes seront désormais vérifiés chaque année, et l’établissement de rapports détaillés envoyés à l’Assemblée nationale concernant l’utilisation des recettes pétrolières, la dette relative au pétrole et les grands projets d’infrastructures.

De plus, le gouvernement a aussi commencé à publier sur son site Web davantage de données économiques, et il prépare un premier audit sur les arriérés intérieurs. Il sera important de poursuivre ces efforts de réforme, particulièrement pour garantir que les lois anticorruption récemment approuvées sont réellement mises en place et appliquées.

Comment le FMI veillera-t-il à la bonne mise en œuvre du programme ?

La réussite du programme dépend principalement des autorités. Elles ont exprimé leur engagement en faveur de cette réussite, et ce, au plus haut niveau politique. Les services du FMI surveilleront le respect de ces engagements par des revues semestrielles à l’occasion desquelles nous formulerons des avis sur les progrès effectués, et nous suggérerons si nécessaire des mesures correctives.

Il sera par exemple essentiel que les autorités maintiennent la discipline budgétaire mais, dans le même temps, qu’elles s’assurent que les ressources adéquates sont disponibles pour la protection des populations vulnérables. Les réformes pour améliorer davantage la gouvernance et la transparence seront également importantes.

Il sera également vital que le Congo parachève la stratégie de restructuration de sa dette commerciale afin de garantir la viabilité de la dette. Enfin, dans le cadre de l’examen de ces mesures, un dialogue sera également mené avec des représentants de la société civile, de l’Assemblée nationale, du monde académique et de la jeunesse.

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