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Accueil Développement

Dossier : Les atouts du secteur minier gabonais

La Rédaction par La Rédaction
février 16, 2021
dans Développement, Dossier, Economie, Mines
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Si de nombreuses licences d’exploration ont à ce jour été accordées par les autorités gabonaises, on dénombre encore très peu de projets actifs ou de taille industrielle, hormis dans le secteur du manganèse (COMILOG et NGM).

Le secteur représente aujourd’hui 6% du PIB, 6,4% des exportations du pays et emploie 2000 personnes. Outre le manganèse et l’or, le minerai de fer, dont le Gabon détient des réserves abondantes, figure parmi les ressources naturelles stratégiques du Gabon, alors que le sous-sol renfermerait aussi des métaux comme le niobium, des terres rares, de l’uranium, du cuivre, du zinc etc.

Le Gabon a adopté un nouveau code minier en 2019 dans le but de clarifier les règles de l’exploitation minière et de donner un cadre plus stable aux investisseurs. Mais les cours mondiaux des matières sont aujourd’hui un handicap sérieux à l’exploitation de ces ressources. Pour autant, les investissements dans le secteur, et notamment pour les infrastructures de transport de la matière, se développent. La bonne tenue de l’exploitation du manganèse, principale ressource minière produite au Gabon.

Les entreprises du manganèse

La compagnie historique COMILOG (Compagnie Minière de l’Ogooué), filiale de l’entreprise française ERAMET, est détenue à 63,7% par celle-ci et 29 % par l’Etat gabonais. La compagnie extrait 90% du manganèse issu du sous-sol gabonais (4,8 Mt en 2019), et assure une première transformation dans son Complexe Métallurgique de Moanda (production de manganèse métal électrolytique et de silico-manganèse utilisés dans la production d’acier).

Le reste de la production de manganèse est effectuée par le chinois CICMHZ (Compagnie industrielle des mines de Hangzhou), et l’entreprise Nouvelle Gabon Mining (NGM), filiale du groupe indien Coalsale Group. NGM a acquis en 2013 les droits miniers détenus par le groupe BHPBilliton et a signé début 2020 un CEPP pour le gisement d’Okondja, pour une production potentielle estimée à 2Mt par an. En 2017, NGM a mis en service une usine de traitement du manganèse à Biniomi près de Franceville.

Evolution de la production

Soutenu par la forte demande de la Chine, le marché mondial du manganèse fait face à une hausse de la production depuis plusieurs années. C’est dans ce contexte que l’industrie minière gabonaise a été très dynamique en 2019, marquée par des records de production, qui a atteint 7,3Mt (minerai et agglomérés), en progression de 25,4% par rapport à 2018. Cette hausse de la production a été possible grâce aux améliorations opérationnelles sur les sites miniers de la Comilog et au renforcement des capacités de production du gisement de Biniomi près de Franceville, opéré par Nouvelle Gabon Mining.

La production d’alliages (silico manganèse et manganèse métal) s’est par contre repliée de 4,3% pour atteindre 47 762 tonnes en 2019, principalement pour des raisons techniques. Les ventes sont également en repli (-16,6% à 27,2 Mds FCFA) en raison de la conjugaison de plusieurs facteurs (indisponibilité des wagons, baisse des prix mondiaux, ralentissement global du marché mondial, notamment l’industrie automobile). Afin de s’adapter au marché actuel et de redresser les activités du Complexe Métallurgique de Moanda (CMM) pour lequel la production de manganèse métal souffre de nombreuses difficultés depuis la création, Comilog revoit sa stratégie en optant pour la production d’oxyde de manganèse.

Les objectifs de production de manganèse pour 2020 ont été revus à la baisse (à 7,2Mt en raison du contexte particulier de l’année, malgré l’augmentation des capacités de production qui devraient atteindre 8,6Mt grâce à la mise en exploitation du plateau d’Okouma dans le cadre du projet Comilog 20/20 reprofilé, et l’entrée en exploitation du gisement de Lebaye à Okondja par Nouvelle Gabon Mining.

Malgré la crise sanitaire, les résultats de la production de Comilog pour le premier semestre 2020 sont en hausse de +31%, à 2,8Mt par rapport au premier semestre 2019, tandis que le chiffre d’affaires de l’entreprise est en retrait, à 338,6Mds FCFA, le prix de vente du minerai ayant enregistré une forte baisse au cours de ce premier semestre.

Les investissements du secteur ont quant à eux considérablement augmenté (+50,3%) en 2019, pour atteindre 146,9Mds FCFA. Ils ont concernés les travaux préparatoires de la mine par Comilog, et les travaux d’aménagement et d’installation des usines du site d’Okondja en vue de son entrée en production (Nouvelle Gabon Mining).

Les exportations de manganèse

Les exportations de manganèse ont progressé en 2019 de +17%, à 6,1Mt (contre 5,2Mt en 2018). Malgré cette hausse, le chiffre d’affaires consolidé du secteur a baissé de 6,3%, à 739,2Mds FCFA, en raison de la baisse des prix du minerai de manganèse (prix moyen en baisse de 22,6% sur l’année).

Stagnation des autres projets miniers

Maboumine, filiale de la COMILOG  (76%), porte également le projet d’exploitation du gisement polymétallique de Mabounié au Gabon. Le site, encore inexploité, recèle  plusieurs métaux, dont du niobium (2ème gisement mondial), des terres rares, du tantale, du scandium, des phosphates et de faibles quantités d’uranium.

La production aurifère gabonaise (2 tonnes par an) était effectuée pour deux-tiers par la compagnie Ressources Golden Grams (REG), filiale du marocain Managem  et pour l’autre tiers par des producteurs locaux artisanaux. Managem ayant terminé l’exploitation du site de Bakoudou, la société continue les études pour le gisement d’Eteke situé près de Mouila (Sud) qui pourrait produire 1,5 tonne par an et dont les réserves  sont estimées à plus de 23 tonnes. La compagnie chinoise Jilin Mining Resources (JMR) a signé en octobre 2019 avec la SEM un contrat de partage de production avec l’État. La compagnie Alpha Centauri Mining, à capitaux londoniens et émiratis, possède par ailleurs plusieurs permis dans la région de Ndjolé.

En septembre 2018, le gouvernement gabonais avait annoncé la fin de plusieurs activités d’orpaillage, quatre tonnes d’or étaient alors exportées illégalement chaque année selon le gouvernement. Plusieurs petites exploitations d’or avaient ainsi dû fermer.

Le Comptoir gabonais de collecte de l’or (CGCO), filiale de la SEM, a vocation à collecter l’or auprès des orpailleurs, via cinq comptoirs présents à travers le pays (55 kg d’or ont été ainsi récupérés en 2015). Les ressources nationales d’or s’élèveraient à 40 tonnes selon les estimations.

Le fer ne fait pas encore l’objet d’exploitation. Le principal gisement au Gabon se trouve à Belinga, au nord-est du pays. Il est l’un des derniers grands gisements au monde (réserves estimées à un milliard de tonnes). Si le contrat d’exploitation de ce gisement a été accordé à une société chinoise d’équipement en 2007 (China Machinery Equipment Corporation), la licence est retombée dans le domaine public fin 2013. Un contrat d’évaluation a été signé en 2014 avec le groupe anglo-saxon SRK consulting afin d’évaluer le potentiel des sites en question. Ses travaux ont été interrompus en raison de difficultés financière de l’Etat gabonais.

Les mines de Milingui (province de la Nyanga) et celles des Monts de Cristal (nord de Libreville) contiendraient, par ailleurs, quant à elles, des réserves estimées à 150 et 100 millions de tonnes de minerai de fer chacune. Un accord-cadre a été signé en février 2018 entre l’Etat gabonais et la société sudafricaine Havilah Consolidated Ressources pour l’exploitation de Milingui. L’investissement est estimé à 1Md USD et l’entrée en production attendue pour fin 2020.

L’uranium a été exploité par AREVA (désormais ORANO) jusqu’en 1999. L’entreprise dispose de deux filiales au Gabon, COMUF  (Compagnie des Mines d’Uranium de Franceville) créée en 1958, suite à la découverte en 1957, du gisement de Mounana au Gabon par le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) et AREVA Gabon. De 1961 à 1999, la COMUF a exploité 5 gisements d’uranium en mines à ciel ouvert et en mines souterraines dans la province du Haut-Ogooué.

Elle  a cessé son exploitation en juin 1999 après l’épuisement des derniers gisements économiquement exploitables. ORANO dispose de quatre permis de prospection de 2 000 km2 chacun (zones de Mopia, Andjogo, Lekabi et N’Goutou). Le Gabon disposerait également d’un potentiel diamantifère. Plusieurs sociétés dont DeBeers, Southernera (Canada) et Motopa (Australie) ont mené des campagnes d’exploration. L’exploration dans ce secteur est, pour l’heure, suspendue et ces permis sont depuis retombés dans le domaine public.

Volonté affichée du gouvernement gabonais de relancer la prospection minière.

Comme dans le secteur pétrolier, l’Etat gabonais a cherché à devenir un acteur réel du secteur minier. C’est ainsi qu’a été créée en 2011 la Société Equatoriale des Mines, société publique qui détient et gère les participations de l’Etat gabonais dans les sociétés minières. Elle a également pour missions le développement de la transformation locale des substances minérales extraites, la commercialisation des substances précieuses ou encore l’exploitation de ses propres titres miniers.

L’entreprise publique, qui tournait au ralenti depuis 2017, cherche à reprendre une place active dans le secteur des mines à travers un plan de relance de ses activités dont la mise en œuvre a débuté mi 2019.

Initié par le Président de la République Ali Bongo Ondimba dans le cadre du PSGE (Plan stratégique Gabon émergent) depuis plusieurs années, le nouveau code minier, adopté en juillet 2019, s’est donné pour objectif de clarifier les règles de l’exploitation minière et de donner un cadre plus favorable aux investisseurs en reconnaissant l’inviolabilité des titres miniers, ainsi qu’en créant des mécanismes de garantie et des procédures d’arbitrages.

De nouvelles obligations ont également vu le jour : obligation de réaliser une étude d’impact approuvée par le ministère de la Protection  de l’Environnement et des Ressources naturelles, de la Forêt et de la Mer et par le ministère des Mines et de l’Industrie avant de réaliser une opération d’exploration ; obligation de verser de 1 à 5% des recettes dans deux fonds développant des projets de RSE, le fonds de responsabilité industrielle et le fonds de responsabilité sociale ; instauration d’une préférence nationale pour les Gabonais et plafonnement du taux de travailleurs étrangers à 10% dans les entreprises ; obligation d’accueillir une prise de participation gratuite de l’Etat de 10% dans tout nouveau projet, une prise de participation optionnelle et payante de 25% pouvant également être mise en œuvre.

Le texte offre, par ailleurs, plus de flexibilité en matière d’imposition selon la nature et la taille de la mine, et met en place un taux à 0% pendant la période de  recherche. Sur la fiscalité minière d’aval, la taxe ad valorem fixée dans la convention minière est prélevée entre 3 et 5% pour les métaux basiques, entre 5 et 8% pour les métaux précieux et entre 8 et 10% pour les pierres précieuses. Les compagnies auront, en revanche, droit à 5 ans d’exonération d’impôt sur les sociétés (toujours fixé à 35%) sur tout nouveau projet et à une exonération de droits de douane sur les équipements importés.

Les infrastructures continuent de se développer à la faveur d’investisseurs privés

En matière d’infrastructures, le chemin de fer (Transgabonais), géré par la SETRAG (filiale de Comilog / concession jusqu’en 2035), est en cours de rénovation depuis 2016. Il relie Franceville à Libreville (Owendo) et c’est par cette unique voie ferrée que transite la plupart des minerais, des grumes, des voyageurs et des marchandises. Le projet de réhabilitation des infrastructures ferroviaires du Transgabonais (2016-2022) bénéficie d’un financement AFD (prêt de 93M€), Proparco (80M€) et  SFI (groupe Banque mondiale).

Par ailleurs, un nouveau quai minéralier a été inauguré en 2016 au port d’Owendo. Bâti sur une superficie de 45 ha, il jouxte le port de la Comilog/Eramet par lequel la société évacue le minerai de manganèse. Il est doté d’un terminal de 25 hectares et d’un terminal polyvalent construit sur 20 hectares réservé aux agrégats et à certains produits issus de la transformation du bois. Relié à la voie ferrée par un embranchement ferroviaire de 1,5 km de long, il dispose d’un quai de 170 mètres. Le port minéralier a bénéficié d’un financement conjoint de la banque gabonaise BGFI, et de la BDEAC (33 Mds FCFA) pour un cout global de 75,6 Mds FCFA.

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