Le ‘’Rapport économique des coopérations monétaires Afrique-France 2024’’, de la Banque de France pour est désormais disponible. Ce document de référence en la matière, analyse les dernières évolutions économiques et financières des pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et de l’Union des Comores.
Le premier enseignement qu’on puisse retenir de ce rapport est que l’année 2024 a notamment été marquée par une stabilisation de la croissance en Afrique sub-saharienne, ainsi que par la poursuite du repli de l’inflation dans cette région, dans un contexte toutefois de réduction de l’aide publique internationale et de persistance de troubles sécuritaires.
S’agissant particulièrement de la zone CEMAC, et notamment de son secteur bancaire composé de 56 banques et 9 établissements financiers, l’on observe qu’il a poursuivi son rebond en 2024. Son total de bilan a crû entre fin 2023 et fin 2024 de 11,5 %, pour s’établir à 24 967 milliards. Cette hausse est portée par les banques tchadiennes dont les bilans ont progressé de 34,0% en 2024. Elles ont en effet, bénéficié de la forte hausse des dépôts des sociétés pétrolières et des entreprises de distribution des produits pétroliers en lien avec la hausse des prix des carburants décidée en février 2024 par le gouvernement tchadien.
Pour les cinq autres pays de la CEMAC, la croissance des bilans varie entre 4,2 % au Gabon et 11,2 % en Guinée équatoriale, le plus souvent également portée par les compagnies pétrolières qui ont bénéficié de la bonne tenue des cours du baril. L’activité de crédit a progressé, avec une croissance des encours de crédits bruts de 6,5 % entre 2023 et 2024.
En effet, le dynamisme du crédit bancaire au secteur privé, qui a crû de 11,6 % pour s’établir à 9 710 milliards, a compensé la baisse de celui au secteur public (– 3,9 %). Cette augmentation du volume total des crédits est observée dans tous les pays de la CEMAC, à l’exception du Congo. Les secteurs les plus porteurs pour les activités de crédit, demeurent la production et la distribution d’électricité et de gaz, les activités de commerce et les autres activités de services.
Il convient également de noter que la qualité des portefeuilles de crédit s’est dégradée entre 2023 et 2024, avec un encours de créances brutes en souffrance de 2 024 milliards à fin 2024 (+ 7,7 % sur un an). Les secteurs les plus touchés par ces défauts demeurent ceux du bâtiment et travaux publics (BTP) et du commerce de détail et de gros. Les créances en souf- france résultent bien souvent d’une part des arriérés de paiement du secteur public vis-à-vis de leurs fournisseurs qui sont clients des banques, et d’autre part de la complexité à activer les garanties bancaires.
Ainsi, en 2024, malgré une légère amélioration de la qualité des portefeuilles en fin d’année, le taux brut de créances en souffrance a progressé de 16,0 % à 16,2 %. Comme ces portefeuilles de créances en souffrance pèsent sur la rentabilité des établissements bancaires et entament leurs fonds propres en lien avec les provisions, la Cobac a invité tous les États à mettre en œuvre des stratégies de réduction de ces encours.
Au total, le produit net bancaire (PNB) à fin 2024 a augmenté de 131,5 milliards, à 1532,0 milliards, et le résultat net de 50,3 milliards pour s’établir à 449,8 milliards. Cette progression continue d’être portée par les « marges sur opérations financières » qui repré- sentent désormais 28,0 % du total du PNB, contre 24,3 % un an plus tôt. La part des « marges sur opérations avec la clientèle »continue, quant à elle, de diminuer, passant de 46,8 % à 44,5 %. La hausse de la première catégorie de marges est le reflet de l’exposition grandissante des banques sur les émissions souveraines.
Si cette stratégie répond au besoin de financement des États et permet de générer du PNB assez facilement, elle rend toutefois le secteur bancaire vulnérable à une éventuelle crise de liquidité d’un ou de plusieurs États de la CEMAC. En effet, le financement des États par le système bancaire a été multiplié par plus de 11 en treize ans, passant ainsi de 509 milliards en 2011 à 5752 milliards en 2024. Enfin, les « marges sur opérations diverses » qui comprennent principalement les commissions, notamment de change, demeurent confortables et représentent 30,4% du PNB à fin 2024.
Globalement, la situation prudentielle des banques de la zone s’est améliorée en 2024, toutefois de nombreuses banques ne respectent pas encore l’ensemble des ratios prudentiels. En effet, au 31 décembre 2024, 40,0 % des banques (contre 63,6 % en 2023) ne disposent pas d’un niveau de fonds propres suffisants pour respecter la totalité des ratios prudentiels, soit 22 banques sur 55 déclarantes. De plus, 9 d’entre elles, souvent des banques publiques, affichaient un ratio de fonds propres nets (ratio de couverture des risques) en dessous du niveau minimum exigé, fixé à 10,5 %.



















