Au moment où le chef de l ’Etat, Brice Clotaire Oligui Nguema a décidé de servir avec la dernière énergie contre l’impunité et surtout la prévarication des deniers publics, l’affaire des 466 milliards FCFA détournés du circuit légal de l’Etat devrait certainement donner du grain à moudre aux prud’hommes gabonais, dans ce dossier où les noms de Yann Koubdjé et de John Marcos Ankely sont évoqués
Est-ce une volonté délibérée de nuire à ces deux hauts commis de l’Etat, ou alors une participation active à cette transaction ? Toujours est-il que dans nos investigations, et en attendant le rendu des juridictions compétentes au cas où une instruction pourrait être ouverte, pour essayer d’y voir on ne peut plus clair afin d’établir les responsabilités, ils assumaient des rôles stratégiques dans ce circuit au moment de cette levée de fonds.
En, ce qui concerne l’ancien Directeur général de la comptabilité publique et du Trésor (DGCPT), Yann Koubdjé, il avait déjà été cité à plusieurs reprises, par les mis en cause du récent procès tenu à Libreville, mettant en scène la « Young Team », Sylvia Bongo et Noureddin Bongo Valentin. Ce dernier avait en effet été présenté par plusieurs témoins comme l’un des rouages essentiels des décaissements massifs opérés au cours des années.
Était-il simple exécutant ? aux prudhommes d’apprécier. Toujours est-il que l’on a assisté médusé, devant la cour, à des témoignages qui ont jeté une lumière crue sur les mécanismes de distribution d’argent public transformé en liquidités privées. Les vidéos et reportages mis en ligne (des extraits d’audiences jusqu’aux analyses des médias) ont également rendu compte d’un processus : des demandes qui arrivent au sommet, des ordres qui redescendent, et des agents qui, au nom de l’exécution, signent et valident des décaissements. C’est dans ce maillage que le nom de l’ancien DGCPT est revenu, associé (selon plusieurs éléments présentés à la barre) à la facilitation de sorties de fonds.
Loin d’une littérature judiciaire à bon marché, la cours a aussi entendu des éléments chiffrés. La justice gabonaise a requis et obtenu des montants colossaux (des milliards, des confiscations, des condamnations prononcées) qui donnent à l’affaire un retentissement qui dépasse la sphère intime des intérêts d’une famille politique.
Au moment ou se tenait ce procès, des titres internationaux et locaux ont alimenté l’opinion nationale et internationale avec un présumé détournent de 466 milliards FCFA d’un emprunt obligataire du circuit légal de l’Etat, laissant l’opinion nationale dans l’émoi. Une chose est sûre, la portée financière de ces affaires est réelle et saisissante.
Et c’est précisément à ce niveau que surgit une autre figure : John Marcos Ankely. Des éléments publics donnent à voir un homme de l’État, dont la carrière est ancrée dans l’audit et le contrôle des finances publiques, un vérificateur et un gestionnaire que l’on dit familier des opérations de créances et des bilans. Son nom apparaît en toute logique, lorsqu’on tente de reconstituer le parcours de certains flux financiers.
Dans plusieurs colonnes et sur plusieurs plateaux, il est clairement établi que des emprunts et des opérations de dette ont alimenté – directement ou indirectement -le grand panier d’où sont sorties des sommes aujourd’hui disputées. Certains commentateurs et plusieurs documents judiciaires évoquent même des opérations de grande ampleur, des levées sur les marchés et des restructurations.
Alors : où est passé l’argent ? C’est la question qui vibre derrière chaque rapport, chaque témoignage et chaque titre sensationnel. C’est aussi la question que la démocratie, quand elle fonctionne, doit se donner les moyens de résoudre, par la traçabilité des fonds, par la transparence des marchés, et par l’indépendance d’institutions capables de suivre la piste du flux monétaire jusqu’à sa destination finale.
Le devoir de la presse, dans des moments comme celui-ci, n’est pas de jouer au procureur de pacotille ni au défenseur automatique. Il est de documenter, d’exiger les pièces, de rappeler que la présomption de vérité (et la vérité tout court) ne se décrète pas. Aux juges de trancher, aux enquêteurs de fouiller, et aux citoyens de veiller. Mais il revient aussi au journaliste d’interroger non seulement « qui a signé », mais « comment les mécanismes ont été rendus possibles ». Car la corruption, lorsqu’elle prospère, n’a pas seulement des visages ; elle a des systèmes. Et c’est à ces systèmes que la République doit s’attaquer.
Une chose semblerait au moins évidente. La Ve République conduite par le chef de l’Etat Brice Clotaire Oligui ne s’accommode pas de genre d’indélicatesses. Quoi de plus normal. Il convient donc d’en finir avec l’opacité qu’ont toujours entretenu la plupart des dépositaires du sceau de l’Etat, lors des différentes transactions financières engageant le pays. Car, faut-il le rappeler, tant que subsisteront des zones d’ombre dans des opérations telles que des emprunts mal documentés, des décaissements mal expliqués, des noms qui reviennent sans que l’on montre la chaîne complète des preuves, la suspicion, qui est déjà un poison, continuera d’alimenter la défiance.
Nous y reviendrons



















