Une étude réalisée en 2018 par CyclOpe, une société d’études spécialisée dans l’analyse des marchés mondiaux des matières premières a montré que la part des grumes dans les exportations de bois africain a augmenté en valeur, passant de 41 % en 2008 à 55 % en 2017.
Et que, la demande asiatique, chinoise notamment, pour les grumes accroît le prix moyen de celles-ci, alors que les produits de première transformation ne bénéficient pas d’une telle dynamique. Dans cette cartographie des exportations, la Chine a importé 4,2 millions de m3 de bois africains en grumes en 2017.
Des entrées de grumes sont enregistrées par les douanes chinoises en provenance de pays qui ont pourtant officiellement banni l’exportation de grumes, comme le Nigéria, pour une valeur de USD 329 millions, ou le Mozambique pour lequel la Chine déclare avoir importé 530 000 m3 de bois brut.
Fin novembre 2018, le gouvernement de Guinée équatoriale annonçait que les exportations de bois brut seraient interdites à compter du 1er janvier 2019. Cette annonce est étonnante, car le pays, qui exporte essentiellement de l’okoumé vers la Chine, a bénéficié grandement du retrait du Gabon de ce marché depuis 2010.
En 2017, la Guinée équatoriale a exporté plus d’un million de m3 de grume en Chine et, fin novembre 2018, les douanes chinoises avaient enregistré 1,14 million de m3. Le petit pays côtier d’Afrique centrale se place en troisième fournisseur de la Chine, derrière la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les îles Salomon.
En fait, cette mesure avait déjà été prise par le passé, un décret présidentiel de 2007 interdisant de telles exportations. Après la parution du décret, toutes les concessions avaient été annulées et seuls des permis à court terme furent délivrés.
Cela entraîna un effondrement de la production, de plus de 500 000 m3 en 2007 à 13 700 m3 en 2009. Fin 2008, le décret fut abrogé de facto et les exportations de grumes reprirent. Shimmer International, une filiale de la grande société malaisienne Rimbunan Hijau, était revenu dans le secteur forestier après l’avoir quitté après le décret.
En RDC, le gouvernement a décidé en juin 2017 de stopper toute exportation de grumes, pour « créer de la valeur ajoutée et de l’emploi », suscitant une protestation de la profession. Dans la loi forestière en préparation au Congo, l’interdiction des exportations de grumes est également prévue. Si la RDC n’exporte qu’un peu moins de 90 000 m3 de grumes par an, l’impact économique sera plus sensible au Congo, qui exporte autour d’un million de m3 de grumes par an.
Les gouvernements sont impressionnés par le succès de la zone économique spéciale de Nkok au Gabon, qui attire de nombreux industriels grâce aux exemptions fiscales et aux avantages proposés par les autorités. Pourtant aucun bilan économique exhaustif indépendant n’a été fait quant à l’impact de cette mesure, laquelle a, certes, permis d’accroître l’emploi direct d’environ 3000 personnes, mais qui a réduit drastiquement les recettes fiscales de l’État.
En 2018, le m3 d’okoumé atteignait un prix Fob de EUR 250-255, tandis que le sciage d’okoumé ne dépassait pas la valeur de EUR 430. Sachant que la plupart des scieries utilisent près de 3 m3 de grumes pour produire un m3 de sciage, ce rapport des prix montre bien que transformer des grumes de qualité export en bois scié dans ces conditions d’efficacité industrielle limitée ne créée pas de valeur ajoutée, mais en détruit.
Le Cameroun a, depuis la fin des années quatre-vingt-dix, interdit l’exportation de certains bois (comme le sapelli) non transformés, mais autorise l’exportation en grumes d’essences de moindre valeur commerciale, comme l’Ayous.
En 2017, les exportations de grumes du Cameroun ont atteint 965 000 m3, en hausse de 30 % sur l’année précédente. Dans le même temps, les exportations de sciage se sont légèrement contractées, à 666 000 m3, en baisse de 1,5 %. Les exportations de bois ont rapporté FCFA 271 milliards (EUR 413 millions).
Début 2018, le gouvernement camerounais a porté les droits de sortie sur les grumes de 17,5 % à 20 %. Le pays bénéficie donc, au moins sur le plan fiscal, des mesures d’interdiction des grumes prises par ses voisins et cette tendance devrait s’accentuer en 2019, vu les décisions prises par ses concurrents.
La Rédaction





























