Aux commandes de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) depuis le 1er mars 2024, Yvon SANA BANGUI revient sur les grands axes du mandat à lui confié par les chefs d’Etats de la sous-région pour conduire cette institution. C’était à la faveur d’un entretien dans « La Lettre de la Recherche », une production interne de l’institution, pilotée par la Direction générale des études, finances et relations internationales.
S’il est vrai que l’argent n’aime pas le bruit, comme cela est souvent avancé de manière triviale, le gouverneur de la BEAC fait plutôt montre d’une profonde pédagogie pour expliquer le fonctionnement, la feuille de route, la gouvernance et ses projets à la tête de cet institut d’émission.
Dans ce cadre, le haut fonctionnaire centrafricain indique avoir placé son mandat autour d’un objectif général stratégique général de renforcer la stabilité économique et monétaire de la Zone CEMAC tout en modernisant l’institution pour qu’elle joue un rôle moteur dans le développement régional. En d’autres termes, son principal cheval de bataille demeure de consolider la BEAC, comme un pilier de stabilité monétaire, de modernisation financière et de développement économique pour les pays de la CEMAC, explique le haut fonctionnaire centrafricain.
De manière spécifique, poursuit-il, « Cela se traduit notamment par : la restauration de la confiance et de la transparence dans la gestion monétaire au sein de la BEAC, avec une volonté affichée d’insuffler une nouvelle dynamique et la transparence dans la conduite de la politique monétaire ; l’adoption d’un plan stratégique pour faire de la BEAC une institution plus moderne, performante et souveraine, notamment via un cadre stratégique jusqu’en 2030 qui vise à renforcer la résilience institutionnelle, la digitalisation et l’efficacité opérationnelle et l’accompagnement des Etats membres dans leurs réformes structurelles pour soutenir la croissance, améliorer la discipline budgétaire et promouvoir l’inclusion financière dans la région ».
A l’échelon continental, son élection à la tête de l’Association des banques centrales africaines (ABCA), y va également de cette détermination à faire bouger les lignes dans un univers économique et financiers en évolution permanente. A cet effet, « j’ai fait de l’opérationnalisation de l’Institut monétaire africain (IMA) une priorité : ce projet vise à poser les bases d’une intégration monétaire africaine plus large et à préparer la création d’une banque centrale africaine à terme, renforçant ainsi l’autonomie économique du continent », souligne-t-il.
Pour atteindre ces objectifs, M. SANA BANGUI a fait de la recherche, l’un des piliers de ces réformes. « La recherche joue un rôle important dans l’atteinte de l’objectif général que je me suis fixé à la tête de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), même si ce n’est pas toujours présenté de manière isolée comme une priorité séparée, mais plutôt comme un pilier intégré du pilotage stratégique, de la prise de décision et du renforcement institutionnel », indique-t-il.
Non sans préciser que la BEAC dispose déjà en son sein des solides atouts à faire valoir. Il évoque à cet effet, la Direction des études, de la recherche, des statistiques et des relations internationales (DERSRI). Une structure dédiée à la recherche, aux études et aux statistiques qui réalise des études et travaux de recherche pour appuyer l’élaboration et la mise en œuvre de la politique monétaire et les décisions stratégiques institutionnelles.
En clair, « ces recherches couvrent des analyses économiques, monétaires et financières pertinentes pour la zone CEMAC. Dans ce cadre, l’analyse empirique et les études sont utilisées comme fondement pour piloter la politique monétaire, évaluer les tendances économiques, mieux comprendre les risques et ajuster les actions de la Banque centrale en conséquence », explique-t-il.
La recherche au cœur de la stratégie de gouvernance
En effet, M. le Gouverneur annonce avoir placé la recherche au cœur de sa stratégie de gouvernance. Quoi de plus normal dans un écosystème financier et économique tel que que celui de la BEAC qui en permanence, subit les fluctuations des autres places financières internationales. Sous ce prime, il met la rechercher une fois de plus en exergue.
De son avis, elle alimente la prise de décision stratégique. A preuve, les rapports annuels et les travaux des comités spécialisés (comme le Comité de politique monétaire – CPM) s’appuient sur des données statistiques et des analyses économiques approfondies pour prendre des décisions sur les taux, la liquidité, l’inflation projetée et d’autres indicateurs clés. Comme s’il en fallait davantage, la recherche est intégrée aux processus de gouvernance interne de la BEAC. En outre, elle soutient les collaborations régionales et internationales.
« The last but not least”. Quant à son action à la tête de l’ABCA, Yvon SANA BANGUI indique promouvoir des initiatives qui reposent sur des travaux techniques et études approfondies. Notamment l’opérationnalisation de l’Institut monétaire africain qui, selon lui, « aura lui-même une composante de recherche essentielle pour l’intégration monétaire africaine ».


















