La société qatarie Al Mansour Holdings s’est engagée à investir la somme colossale de 103 milliards de dollars en Afrique. La RDC arrive en tête avec la plus grosse part (21 milliards de dollars), suivie du Mozambique (20 milliards de dollars), de la Zambie et du Zimbabwe (19 milliards de dollars chacun), et du Botswana et du Burundi (12 milliards de dollars chacun). En RDC, les fonds seront consacrés au développement de l’élevage, des mines, des hydrocarbures et de 12 autres secteurs économiques.
De même, l’accord vise à soutenir l’énergie et l’agriculture au Mozambique. Au Botswana, l’accord d’investissement couvre les infrastructures, l’énergie, les mines, le raffinage du diamant, l’agriculture, le tourisme, la cybersécurité et la défense. En Zambie, l’accord couvre 11 secteurs économiques et des collaborations dans les domaines du pétrole et du gaz.
Dans ce cadre, Oxford Economics Africa a récemment signalé que les pays du Moyen-Orient émergent comme une source d’IDE en Afrique, en particulier en Afrique du Nord. Africa Business+ et EY ont rapporté que les investissements des pays du Conseil de coopération du Golfe dans des actifs miniers critiques en Afrique ont totalisé 2,2 milliards de dollars au premier semestre 2025, tandis que le développement de la péninsule de Ras El-Hekma en Égypte par la société Abu Dhabi Developmental Holding Company des Émirats arabes unis a fait grimper les entrées d’IDE en Afrique du Nord de 227 % en 2024.
De plus, la société International Resources Holding d’Abou Dhabi a déboursé 1,1 milliard de dollars pour la mine de cuivre de Mopani en Zambie l’année dernière et a investi davantage de capitaux dans le site depuis lors. Les Émirats arabes unis sont également devenus l’un des plus importants partenaires maritimes de l’Afrique, DP World et AD Ports Group finançant et gérant les infrastructures portuaires sur tout le continent.
Cet accord pourrait changer la donne pour le Botswana, en difficulté, et relancer la trajectoire économique de ce pays enclavé. Pendant des décennies, l’économie a été tributaire de la volatilité des cycles du diamant, mais cet accord offre l’opportunité de construire de nouveaux piliers de développement.
L’inclusion de l’exploitation minière et du raffinage du diamant permet au Botswana de capter davantage de valeur sur le marché intérieur plutôt que de se contenter d’exporter des ressources brutes. Cela dit, tenter de capter davantage de valeur en passant des diamants bruts aux diamants taillés n’engendrerait pas nécessairement de meilleurs bénéfices, compte tenu de la baisse prolongée des prix du diamant.
Pour la RDC, le Mozambique, la Zambie et le Zimbabwe, les injections de capitaux promettent de libérer de vastes réserves de ressources essentielles à la transition verte mondiale, mais qui restent souvent inexploitées en raison de la faiblesse des infrastructures et du manque de financement. Au Burundi, le capital du Qatar est en passe de stimuler le développement des secteurs de l’énergie, de l’agriculture et des infrastructures.
Pour la bonne gouverne, l’Afrique continue de se développer et de créer de la valeur sur son territoire, mais le vieux paradigme d’un continent géologiquement riche et exportateur de matières premières demeure. L’effort d’investissement du Qatar en Afrique intervient à un moment critique pour plusieurs économies et promet d’inciter les pays tributaires des ressources à accélérer leurs efforts de diversification.
Un timing est tout aussi important
L’incertitude mondiale s’est intensifiée sous le second mandat de Donald Trump, avec la montée du protectionnisme américain, les droits de douane et la réduction des flux d’aide, poussant les États africains à chercher d’autres partenaires. Les capitaux du Golfe servent ainsi non seulement à stimuler l’investissement, mais aussi à constituer un lest géopolitique, offrant à l’Afrique une protection contre le repli occidental tout en renforçant l’influence du Qatar et de ses voisins du Golfe.
Les Qataris ciblent ces pays car ils offrent d’abondantes ressources naturelles, tandis que des pays comme la RDC, le Zimbabwe, le Mozambique et le Burundi restent largement sous-développés. Cela s’inscrit dans la stratégie de Doha visant à réduire sa dépendance aux hydrocarbures en garantissant un accès durable à la nourriture, aux minéraux et aux marchés stratégiques.
Cependant, l’obtention de capitaux n’est qu’un début, la mise en œuvre étant le véritable test. Des investissements de grande envergure comme ceux-ci nécessitent une gouvernance solide, de la transparence et une gestion active, autant d’éléments qui font défaut dans des pays comme la RDC et le Zimbabwe. Bien que de nombreux détails restent inconnus, ces accords pourraient constituer une meilleure alternative aux prêts chinois. Cela dit, le géant asiatique a réorienté son attention vers le commerce depuis qu’il a été accusé de « diplomatie du piège de la dette ».

Avec Oxford Economics Africa



















