Le gouvernement gabonais a décidé de fixer la barre haut et prévoit de mobiliser 409,5 milliards de FCFA d’investissements publics chaque année pour soutenir sa croissance et moderniser ses infrastructures. Jamais un tel volume n’avait été projeté sur une période triennale. Selon les projections officielles, cette enveloppe bien qu’inférieur aux 775 milliards de FCFA de besoins annoncés par la BAD, devrait permettre de financer les priorités stratégiques du pays, de l’agriculture à l’énergie, en passant par les routes et le numérique.
Le cadrage annoncé précise que ces montants seront soutenus par des réformes budgétaires visant à rationaliser la dépense publique et à améliorer la mobilisation des recettes internes. La Banque africaine de développement (BAD) rappelle d’ailleurs que la pression fiscale au Gabon est tombée à 10,8% du PIB en 2023, un niveau largement en dessous de la moyenne régionale. Autrement dit, pour financer durablement ces 409 milliards, l’État devra élargir son assiette fiscale et réduire les niches budgétaires.
Ces investissements sont aussi vus comme un levier pour booster la croissance. Le gouvernement table sur un taux de +3,9% hors pétrole en 2026, et un objectif ambitieux de 10% à moyen terme, comme l’a affirmé le Chef de l’État et précisé le ministre de l’Economie. Dans un pays où la dette publique représentait 73,4% du PIB en 2024, la question de la soutenabilité se posera sans doute. Et ce, même si l’exécutif mise sur un effet multiplicateur.
Sur le terrain, les priorités devraient aller aux secteurs capables de transformer la structure économique. L’agriculture vivrière, qui a crû de +3,3% en 2024, pourrait bénéficier d’infrastructures de stockage et de transformation. L’énergie et le numérique, déjà mis en avant avec le programme des 10 000 ordinateurs pour les jeunes, absorberont aussi une part importante. Sans oublier les routes et ports, nécessaires pour désenclaver les provinces et matérialiser la promesse présidentielle d’un développement équitable.
Reste à savoir si l’exécution suivra l’ambition. Historiquement, le Gabon souffre d’une faible capacité d’absorption des financements, avec des projets ralentis par la bureaucratie et la corruption. Le Président a d’ailleurs prévenu : » Planifier, c’est organiser selon un plan et des méthodes déterminées, loin des passions et des subjectivités. » Si les 409 milliards par an sont effectivement investis selon cette logique, le pays pourrait réellement changer de visage d’ici 2030.



















