La Commission de la CEMAC traverse une zone de fortes turbulences. Ce serait même un euphémisme de le dire. Elle serait tout simplement en train de jouer sa survie du fait d’une gouvernance à l’irrégulière. Dans sa livraison de la semaine, l’hebdomadaire, ‘’Intégration’’ jette carrément un pavé dans la marre de cette gouvernance menée par le président de la Commission, Baltasar Engonga Edjo’o.
Tous les espoirs portés sur l’homme qui, au lendemain de sa prise de fonctions, a vertement décrié le management de son prédécesseur, le Gabonais Daniel Ona Ondo, sont en train de s’effondre comme neige au soleil. A bien y regarder, cela frisait tout simplement un miroir aux alouettes. La liste des griefs portés contre le natif de Mongomo est désormais plus longue et volumineuse que celle de son prédécesseur.
Quelques morceaux choisis : pendant que des arriérés de salaires s’accumulent dans la plupart d’organes spécialisés, des dépenses somptuaires sont faites en faveur d’une caste de privilégiés. Et comme si cela ne suffisait pas, un document interne fait également état d’une trésorerie sous pression, provisions controversées, prestations de cabinets dont les résultats interrogent, dépenses somptuaires et rapport d’audit retiré de l’ordre du jour : la gouvernance de la Commission de la CEMAC, sous la présidence de l’équato-guinéen soulève de nombreuses questions. Un document interne de l’Agent comptable de la Commission mentionne également des dépenses rapportées, l’ouverture d’un compte de 900 millions de FCFA auprès de la Société Générale Cameroun afin de provisionner le paiement des droits de départ des membres du gouvernement actuel de la Commission.
Selon nos confrères, « Si cette information se confirme, elle pose une sérieuse question de priorité budgétaire. Car, dans le même temps, plusieurs institutions communautaires sont confrontées à des arriérés de salaires de quatre à cinq mois, tandis que la situation de trésorerie de la Communauté est présentée comme particulièrement tendue. Et l’inquiétude ne concerne pas uniquement les institutions communautaires : l’avenir du paiement régulier des salaires des fonctionnaires de la Commission elle-même apparaît préoccupant », soulignent-ils.
Seulement, cette procédure ne manque pas de soulever une question de gouvernance : comment justifier la constitution d’une réserve de près d’un milliard de FCFA destinée aux droits de départ d’une équipe dirigeante alors que des agents de la Communauté attendent plusieurs mois de salaires ? La question n’est pas de contester le principe des droits statutaires des membres du gouvernement communautaire. Ceux-ci doivent naturellement être respectés lorsqu’ils sont légalement dus. Mais la priorité donnée à cette provision, dans un contexte de crise de trésorerie, mérite des explications publiques.
Autre préoccupation soulevée par la même note comptable : une dette de la Commission envers le cabinet Performance s’élevant à plus de 127 millions de FCFA. Cette somme appelle d’autant plus de questions que ledit cabinet est associé à plusieurs chantiers majeurs : le plan de transformation de la Commission, la mise en place d’un système de gestion intégré et l’élaboration du budget-programme. Or, selon les éléments disponibles, ces réformes ne produisent pas les résultats attendus.
Autre sujet qui alimente les interrogations : le véhicule de fonction du Président de la Commission. À son arrivée à la tête de l’institution, le président a procédé à l’acquisition de plusieurs véhicules destinés aux membres du gouvernement de la Commission. Ces véhicules sont visibles dans les différents sites institutionnels, notamment à Bangui et à Malabo. Mais qu’en est-il du véhicule affecté au président ? Selon les informations qui circulent, celui-ci a coûté près de 100 millions de FCFA mais n’est pas visible au siège de la Commission.
Il y a également ce fameux Rapport d’audit qui fait ressortir un écart de l’ordre de 3,8 milliards de FCFA, dont environ 2,4 milliards concernant la Commission, entre les écritures comptables relatives aux mises à disposition effectuées au profit des institutions communautaires et les montants que ces institutions ont effectivement reçus. Si ces chiffres sont confirmés, il ne s’agit plus d’une simple anomalie comptable. Un tel écart exige des explications précises : où se situe la différence ? Plus troublant encore : ce rapport est inscrit à l’ordre du jour d’un récent Conseil des ministres de l’UEAC avant d’en être retiré. Si cette information est exacte, le retrait du document ne peut que nourrir les interrogations.
Autre sujet tout aussi important : la composition des délégations de la Commission lors des réunions statutaires. Le Conseil des ministres de la CEMAC tenu en juin 2026 à Brazzaville en est une illustration particulièrement frappante. Selon les informations rapportées, la délégation de la Commission compta plus de 60 personnes, avec un hébergement au Hilton Brazzaville, pour un budget annoncé de plus de 400 millions de FCFA, auquel s’ajoutent des perdiems de l’ordre de 450 000 FCFA par fonctionnaire. Si ces chiffres sont exacts, la dépense mérite à tout le moins un examen.
D’autant que les réunions statutaires sont déjà prises en charge par la Commission pour les principales dépenses liées à la participation de ses délégations : hébergement, transport et frais de mission. Une question de bon sens se pose alors : était-il indispensable de mobiliser une délégation aussi importante et de loger les fonctionnaires dans les mêmes conditions de standing que les membres du gouvernement communautaire ? La question est d’autant plus sensible lorsque la même institution peine à assurer le paiement régulier des salaires.
La dernière illustration de cette piètre gouvernance financière contestée, est l’acquisition annoncée de quatre véhicules haut standing destinés aux membres de la chaîne financière de la Commission. Là encore, le problème n’est pas nécessairement l’existence d’un besoin de renouvellement du parc automobile. A mi-parcours de son mandat à la tête de la Commission, la gouvernance de Balthazar Engonga est déjà fortement remise en question. Son dossier probablement déjà dans le parapheur des chef d’Etats lors du prochain Sommet des chefs d’Etat ne manquera pas de produire du sulfure.
Nous y reviendrons
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