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Au Gabon, le renforcement de la présence de l’État dans l’économie entraîne des risques budgétaires importants (Rapport)

Cette politique se heurte aux défis en matière de gouvernance d’entreprise et au manque de transparence des opérations des entreprises d’État.

SC par SC
juin 27, 2025
dans Agro, Banques - Finances, Bois, Commerce, Coopération, Développement, Développement Durable, Devises, Dossier, Economie, Entreprises, Environnement, Evènement, Finances, Finances Publiques, Gouvernance, Hydrocarbures, Industrie, Infrastructures, Santé - Social, Sécurité, Tic, Transition, Transports - Logistics, Zoom
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Depuis le début de la transition politique, les autorités gabonaises ont élargi la participation de l’État dans l’économie. Parmi les entreprises d’État récemment créées et les sociétés acquises, figurent notamment :

Pétrole : acquisition, par l’intermédiaire de la société publique Gabon Oil Company (GOC), de deux producteurs de pétrole, Assala Energy et Tullow Oil, annoncée dans les médias pour un montant respectif de 1,5 milliard d’USD et 300 millions d’USD, ainsi que de la Société de maintenance pétrolière (SMP), une entreprise spécialisée dans la maintenance des champs pétrolifères.

Bois : acquisition de la Société nationale des bois du Gabon (SNBG), un producteur de bois, suite à une enquête parlementaire révélant des irrégularités dans sa privatisation par le régime précédent.

Caoutchouc : acquisition de 35 % d’Agro Business Group, anciennement Société d’investissement pour l’agriculture tropicale (Siat-Gabon), un important producteur de caoutchouc, annoncée dans les médias pour un montant de 4 milliards de FCFA.

Transport aérien : création de Fly Gabon, une nouvelle entreprise d’État, qui a acquis 56 % d’Afrijet, une compagnie aérienne locale.

Banque : création de la Banque pour le commerce et l’entreprenariat du Gabon (BCEG) pour financer les PME.

Commerce de détail alimentaire : transfert à l’État de 35 % de la participation dans le grand groupe de distribution alimentaire CECA-GADIS, un actif considéré comme ayant été précédemment obtenu indûment de l’État.

Construction : création de la Société de construction et de restauration des édifices publics (SOCOREP), chargée de la construction des bâtiments publics.

En réalisant ces investissements, le gouvernement a cherché à accroître son contrôle sur les ressources naturelles, en particulier le pétrole, et à poursuivre d’autres objectifs de développement tels que l’amélioration des transports intérieurs, le soutien aux PME, l’approvisionnement local des détaillants en denrées alimentaires et la réduction du coût de la vie.

Certains investissements n’ont pas été réalisés directement par le Gouvernement, comme les acquisitions de sociétés pétrolières par la GOC, qui ont été basées sur des emprunts de l’entreprise d’État, la part des contrats de partage de la production précédemment due aux sociétés privées ayant été utilisée pour financer les remboursements de prêts. D

De même, le contrôle de Fly Gabon et de CECA-GADIS a été effectué en saisissant des actifs qui auraient été indûment acquis par des particuliers sous le régime précédent. Néanmoins, l’État pourrait être confronté à des risques budgétaires accrus en raison de la dette contractée par les entreprises publiques, en particulier si elle est garantie par l’État.

Globalement, le renforcement de la présence de l’État dans l’économie entraîne des risques budgétaires importants, dus aux défis en matière de gouvernance d’entreprise et au manque de transparence des opérations des entreprises d’État. Le manque de transparence concernant les coûts d’acquisition récents des entreprises publiques et les mécanismes de financement constitue un obstacle majeur à l’évaluation de la situation budgétaire et de la dette.

La fragmentation des données financières et des données relatives à la gouvernance des entreprises d’État rend difficile le suivi efficace des performances, l’évaluation des risques budgétaires et l’obligation de rendre des comptes. Les informations sur les garanties de l’État sur les dettes des entreprises publiques ne sont pas facilement disponibles, et très peu d’entre elles publient leurs états financiers et des informations sur leurs performances. Par exemple, le fonds souverain du pays, le Fonds gabonais d’investissements stratégiques (FGIS), ne publie que des informations générales sur ses activités et ses investissements.

Pour relever ces défis, le gouvernement a récemment entrepris des réformes, établissant une Direction générale des participations (DGPAR) en 2024 et lançant un Fichier Unique des Participations (FUP) en ligne au début de 2025. Un audit de Delta Synergie, une société holding créée par des membres du régime précédent avec des actifs potentiellement acquis indûment, a également été lancé, mais les résultats ne sont pas encore connus.

Une loi sur la gouvernance des entreprises publiques est en cours d’élaboration afin d’améliorer la surveillance et la transparence des entreprises publiques. Il serait essentiel d’assurer un suivi, un audit et une publication complets des informations financières sur les participations de l’État, et d’institutionnaliser les exigences de transparence. Le renforcement de l’évaluation des risques budgétaires, qui figure actuellement en annexe de la loi de finances, avec des informations plus détaillées sur les entreprises publiques, contribuerait également à améliorer l’analyse des risques budgétaires.

En outre, la participation de l’État aux marchés peut entraîner des risques économiques. L’empreinte économique de l’État est importante au Gabon, le secteur public employant environ 57 % de la main-d’œuvre formelle. Les entreprises publiques peuvent bénéficier de subventions et d’un accès préférentiel au financement grâce aux garanties de l’État, ce qui fausse la compétitivité et entrave le secteur privé, en particulier si les entreprises publiques et les entreprises privées sont en concurrence, comme dans les secteurs du pétrole, du bois, de la construction et de la vente au détail de produits alimentaires. Il est donc essentiel de mieux éva- luer et d’améliorer les performances des entreprises publiques.

Des approches et des stratégies spécifiques peuvent être adoptées pour les monopoles naturels et les secteurs concurrentiels, notamment en renforçant la capacité et l’indépendance des régulateurs. Une coordination étroite entre la DGPAR et les ministères est nécessaire pour assurer une surveillance adéquate. Il est essentiel de garantir les règles et les incitations du marché, de surveiller les bénéfices des entreprises publiques et d’envisager des options pour réformer ou réduire la participation dans les entreprises publiques peu performantes et génératrices de pertes.

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