L’ancien édile de Libreville, Jean-François Ntoutoume Emane vient finalement d’être rattrapé par une affaire de corruption le liant au groupe maltais Webcor.
C’est une nouvelle déconvenue qu’enregistre le groupe maltais Webcor, listé dans le répertoire des détenteurs de créances non honorées par le Gabon, devant les juridictions françaises. Le dénominateur commun reste le même. Des demandes pas suffisamment étayées, à défaut d’être tout simplement entachées de malversations.
Comme elle l’avait déjà fait en juillet 2019, en rejetant les demandes de Kontinental conseil Ingénierie, la Cour d’appel de paris vient d’annuler, l’arbitrage qui accordait près de 120 millions d’euros de dédommagements la société maltaise Webcor ITP. Comme souvent avec les créanciers des Etats d’Afrique centrale, le conflit émane d’un contrat vieux de dix ans, en 2009.
En effet, Webcor a été retenu pour construire et opérer le ‘’Grand marché de Libreville’’, une structure destinée remplacer l’actuel marché du Mont-Mouët. Les travaux très préliminaires, se sont cependant arrêtés au bout de cinq ans, la société contestant le retrait des avantages fiscaux et douaniers qui lui avaient été accordés à la signature du contrat, par le maire de Libreville, Jean-François Ntoutoume Emane.
Le désaccord s’est immédiatement judiciarisé et Webcor a saisi la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale. Trois ans plus tard, elle vient de rendre une décision attribuant d’importantes compensations près de 78 milliards de FCFA, soit environ 91 millions d’euros assorties des pénalités de retard soit, 120 millions d’euros au total au groupe.
Le Gabon avait alors décidé de contesté cette décision d’arbitrage devant la Cour d’appel de Paris, imitant en cela, sa démarche dans le cas de la société Sericom de Guido Santullo. Les arguments présentés par l’Etat gabonais portaient sur le fait que Webcor avait obtenu son marché, et tout particulièrement le très avantageux régime d’exemption, la suite d’un ‘’pacte de corruption’’ avec jean François Ntoutoume. Ce dernier, lui-même administrateur de la société ‘’Grand de Libreville », la filiale gabonaise de Webcor chargée des travaux, s’est en effet fait offrir un voyage de noces par Webcor.
Un cadeau de valeur puisqu’il comprenait outre, un aller-retour entre Libreville et Le Cap, mais également, un séjour d’une lune de miel dans une suite à l’hôtel, Twelve Apostels de cette même ville. Ces avantages détaillés à la barre par l’avocat du Gabon, Georges Arama (KGA Avocats) ont remporté l’assentiment de la Cour. Celle-ci a cassé l’arbitrage sur la base de ces éléments et condamné Webcor à verser 50 000 euros au Gabon. Au cours de cette audience, l’entreprise maltaise était défendue par Ana Atallah, de l’antenne parisienne du cabinet Reed Smith, également avocate de Sericom.
Pour rappel, après avoir été Premier ministre du Gabon sous l’ère feu Omar Bongo, de janvier 1999 à janvier 2006, Jean-François Ntoutoume Emane a été maire de Libreville pour les exercices 2008 à 2014. Par la suite, il a démissionné du Parti démocratique gabonais en octobre 2015.
Quant au Grand marché de Libreville (GML), ce complexe commercial lancé à grandes pompes fin novembre 2014, dans les jardins de la Peyrie, en plein centre-ville et devait être bâtit sur quatre niveaux n’aura été que de la poudre aux yeux des Gabonais. pourtant, l’infrastructure était censée abriter des halles comprenant plus de 2 560 étals, 420 box et 185 boutiques, ainsi qu’un vaste complexe commercial où devaient être implantées deux grandes surfaces (de plus de 900 m2 chacune), des agences bancaires, une garderie, une salle polyvalente, des restaurants, ainsi qu’un poste de police.
Le projet avait été conçu par le cabinet dubaïote Agora Engineering and Development. Tandis que sa livraison était prévue pour décembre 2015, pour une ouverture prévue au premier trimestre 2016.
Dans le cadre d’un contrat de concession de cinquante ans, l’État avait confié son exploitation au groupe Webcore qui devait également assurer sa construction et son financement, pour un coût de 27 milliards de F CFA (plus de 41 millions d’euros). Contrairement au marché central de Mont-Bouët – le plus grand du pays, vieillissant et saturé, le futur GML devait ainsi répondre aux normes internationales en matière de sécurité et d’hygiène.



















