La situation de l’usine de fabrication des médicaments, « La Santé Pharmaceutique’’ préoccupe plus d’un. La dernière voix à sortir de sa réserve, est celle de traditionaliste Koumba Mboula. Ce dernier ne va pas par quatre chemins pour fustiger l’attitude du gouvernement face à la gestion de cette crise.
Preuve de sa profonde préoccupation, c’est par un proverbe qu’il ouvre son propos. « L’enfant qui jette la nourriture alors que son frère a faim est maudit par les ancêtres », souligne-t-il. Et de poursuivre, « Comment vous dire mon étonnement ? Comment vous dire mon désarroi ? ». Dans cette sortie, il met en exergue cinq principaux indicateurs.
Le scandale de Nkok
On me dit qu’une usine de fabrication de médicaments dort dans la Zone Économique de Nkok. Elle dort pendant que nos hôpitaux n’ont pas de paracétamol. Elle dort pendant que nos mères achètent des antibiotiques à la sauvette au marché. Elle dort avec près de 2.000.000 de tonnes de produits pharmaceutiques en cours de péremption. Deux millions de tonnes de gâchis, de négligence, de mépris.
Une indifférence qui tue
Où est le ministère de la Santé ? Silencieux. Où est l’Agence du Médicament ? Muette. Où sont les députés qui votent les budgets ? Aveugles. Où sont les ONG de la santé ? Occupées. Pendant ce temps, le Gabonais meurt de palu faute de quinine. Le Gabonais meurt d’infection faute d’amoxicilline. Le Gabonais est évacué au Maroc pour acheter des médicaments qui pourrissent à Nkok, à 27 km de Libreville. Quel est ce pays où l’on préfère laisser périmer des médicaments plutôt que de soigner son peuple ? Quel est ce gouvernement qui déclare l’eau *« priorité universelle » mais laisse des perfusions sécher dans des cartons ? Quelle est cette élite qui coupe des rubans d’usines mais ne coupe jamais le ruban de la souffrance ?
Le crime du gâchis
Gaspiller le médicament, c’est gaspiller la vie. Deux millions de tonnes, c’est combien de vies ? Combien de crises de drépanocytose qu’on pouvait calmer ? Combien de diabétiques qu’on pouvait stabiliser ? Combien d’enfants qu’on pouvait sauver ? C’est un crime. Un crime sans fusil. Un crime de bureau, de signature, d’indifférence. Et comme toujours au Gabon, personne n’est responsable. L’usine n’a pas de père. Les médicaments n’ont pas de mère. La péremption n’a pas de coupable.
Etonnement et colère
Je suis étonné qu’on construise des usines pour ne pas s’en servir. Je suis désarçonné qu’on produise des remèdes pour les jeter. Je suis révolté qu’on enterre des milliards dans la zone de Nkok pendant qu’on enterre des Gabonais faute de soins. Si Mayumba n’a pas d’hôpital, donnez-lui les médicaments de Nkok. Si Bitam n’a pas de pharmacie, donnez-lui les stocks qui pourrissent. Si la CNAMGS est vide, remplissez-la avec ce qui dort là-bas.
Exigence immédiate
Pour corriger le préjudice, il préconise quatre solutions, la première porte sur un audit d’urgence, selon lui, il appelle le gouvernement à publier en 72h, l’inventaire exact de cette usine, la nature des produits, les dates péremption et la valeur totale desdits produits. La deuxième solution est relative à une réquisition nationale. Selon lui, « tous les produits encore valables soient distribués gratuitement dans les hôpitaux et centres de santé du pays ».
Quant à la troisième, elle concerne les sanctions. « Que les responsables de ce gâchis répondent devant la Nation. Un médicament périmé par ta faute doit être une démission », préconise-t-il. Pour sa dernière recette, il appelle à la fin de l’indifférence. Sur cet aspect, il recommande que plus jamais, une usine stratégique ne doit tourner à vide pendant que le peuple meurt.
Pour conclure son propos, cette bouche des sans-voix souligne « qu’on ne développe pas un pays avec des usines fantômes et des cimetières pleins ». Et qu’en outre, « On ne respecte pas un peuple en laissant pourrir ce qui peut le guérir ». Et de boucler,« Je suis étonné. Je suis en désarroi. Je suis en colère. Et tant que ces médicaments n’iront pas dans le corps des malades, ma bouche ne se taira pas ».



















