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Accueil Gouvernance

Gouvernance africaine : L’indice Mo Ibrahim publie ses résultats de 2018

La Rédaction par La Rédaction
février 16, 2021
dans Gouvernance
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Le milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim (photo), est devenu un penseur respecté du continent. Chaque année, l’indice de la gouvernance africaine, produit par sa fondation, donne le pouls de l’Afrique en matière de politique publique, de droits humains et développement.

Le milliardaire anglo-soudanais Mo Ibrahim (photo), est devenu un penseur respecté du continent. Chaque année, l’indice de la gouvernance africaine, produit par sa fondation, donne le pouls de l’Afrique en matière de politique publique, de droits humains et développement.

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Le 29 Octobre 2018, la fondation Mo Ibrahim a livré son nouveau rapport sur l’indice gouvernance africaine portant sur ses cinq principales familles de critères.

Si les résultats de l’étude publiés par l’agence ECOFIN, ont révélé une nette amélioration de la gouvernance sur le continent, une analyse plus poussée des indicateurs souligne également la difficulté éprouvée par plusieurs Etats africains, à améliorer leurs performances dans de nombreux secteurs clés de développement, afin d’accompagner la croissance démographique prévue pour le continent dans les prochaines années.

Sécurité et Etat de droit

Première catégorie d’indicateurs permettant de mesurer la gouvernance des pays africains, la sécurité et l’Etat de droit ont enregistré l’une des performances les plus faibles du continent depuis 2008. Sur les 10 dernières années, la sécurité et l’Etat de droit en Afrique se sont affaiblis de 2,5 points, s’établissant à un score moyen de 52,6 pour le continent.

Cette lente détérioration de la performance des Etats africains dans cette catégorie, s’explique également par leurs performances au niveau des sous-catégories (Etat de droit, Transparence et responsabilité, Sécurité personnelle et Sécurité nationale). Ainsi, le niveau sécurité personnelle des citoyens africains a chuté de 6,1 points pour atteindre un score moyen de 46,2 sur 100, tandis qu’au niveau de la sécurité nationale, on observe un score de 75,1 soit une chute de 4,4 points.

Seule la sous-catégorie de l’Etat de droit a affiché une progression sur la période étudiée en s’établissant à 53,9 points (+0,6) tandis qu’on note une stagnation de la performance des pays dans la sous-catégorie de la transparence et de la responsabilité, qui évalue le niveau du contrôle de l’action gouvernemental dans pays, par toutes les autres forces vives de la nation.

Ainsi donc depuis 2008 seuls 19 pays africains ont réussi à améliorer leur gouvernance dans le domaine de la sécurité et de l’Etat de droit, tandis qu’un seul pays (Maurice) n’a montré aucun changement dans le domaine. De l’autre côté, c’est 33 pays africains qui ont enregistré une détérioration dans le domaine de l’Etat de droit et de la sécurité.

A ce niveau, la Côte d’Ivoire est le pays ayant enregistré la plus grande amélioration en la matière sur les dix dernières années avec un score de 59,4 (+15,4), loin devant la Libye, dernière de la classe avec 21,9 point soit une régression de -28,7. Cette situation peut s’expliquer par une nette amélioration de l’environnement sécuritaire et un renforcement de l’Etat de droit après les violences post électorales de 2011 dans le premier pays, contrastant avec la dégradation du climat sécuritaire couplé à la disparition d’un véritable Etat central dans le second, depuis la chute du Colonel Muammar el-Kadhafi.

Opportunités économiques durables

La capacité d’un Etat à fournir des opportunités économiques durables à ses citoyens constitue également l’une des catégories d’indicateurs permettant de mesurer le niveau de gouvernance d’un pays. Contrairement à la première catégorie d’indicateurs, les chiffres concernant ce critère d’évaluation sont moins négatifs.

En effet, on observe une très légère hausse de 0,1 point par rapport au score moyen du continent, qui a atteint les 44,8 points. Néanmoins, cette catégorie reste « la moins performante et celle qui s’améliore le plus lentement, de l’IIAG ». Et en se penchant sur les performances au niveau des pays on observe une grande disparité concernant les performances, peu importe la sous-région qui est prise en compte.

Ainsi, pendant que certains pays, comme le Maroc avec un score de 68,3 (+14,1, soit la plus grosse amélioration) ou encore le Rwanda avec 71,5 (+9,1), et le Zimbabwe avec 37 (+13,5), affichent de grosses remontées dans le classement, d’autres comme Maurice avec 74,8 (-0,2), l’Afrique du Sud avec 65,1 (-1,2) ou encore le Bénin avec 46,1 (-2,1), affichent des dégradations lentes de leurs indicateurs.

A l’autre bout du classement, on retrouve la Libye, qui enregistre la plus grosse baisse dans le classement, (soit une chute de 22,6 points pour un score de 23,7), suivi par le Malawi avec 42,8 (-10), ce qui fait de ces pays les deux seuls ayant enregistré une régression à deux chiffres.

Après le classement, 27 Etats africains comptant 55,7% de la population du continent ont amélioré leur capacité à fournir des opportunités économiques durables, soit seulement deux de plus que le nombre de pays (25, soit 43,2% de la population africaine) ayant enregistré une dégradation de leurs performances en la matière.

Une analyse des quatre sous-composantes cette catégorie d’indicateurs, montre que le secteur des infrastructures est celui ayant enregistré la plus grande progression (+4,6 pour un score de 44,5) devant le secteur rural (+0,6 pour un score de 51,1) et la gestion publique (+0,2 pour un score de 43,3). Quant au climat des affaires, il a enregistré une nette détérioration de 4,9 pour un score de 41,1 points sur 100, traduisant ainsi une difficulté croissante à créer des entreprises sur le continent.

Participation et droits de l’homme

Cette troisième catégorie a enregistré la deuxième plus forte progression de la part des Etats africains, avec un score de 49,2 points sur 100 traduisant une augmentation de 2,9 par sur les dix dernières années.

Le rapport indique que 39 Etats africains ont réussi à implémenter des réformes leur permettant d’améliorer la participation des citoyens au processus politique et électoral, le respect des droits fondamentaux et l’absence de discrimination. En d’autres termes, 80% de la population africaine vit dans un pays où les droits de tous sont mieux respectés depuis les dix dernières années.

Pour établir son classement dans cette catégorie, la fondation Mo Ibrahim se base sur 3 sous catégories à savoir : la participation, les droits et le genre. A l’analyse de ces trois sous-composantes on observe une performance à la hausse des pays africains.

Avec une hausse de 4,5 points, pour un score de 54, c’est dans la sous-catégorie « genre » que ces derniers se sont le plus illustrés, en raison des nombreuses politiques mises en place pour réduire la discrimination entre les genres. Cette sous-composante est suivie par la « participation », avec 49,4 (+3,5) notamment grâce la tenue d’élections « libres et justes » sur le continent au cours des dix dernières années. La Tunisie (+70 points), la Côte d’Ivoire (+50 points), la Guinée et la Libye (une hausse de plus de 40 points) sont les Etats les plus performants en la matière.

En dernière position se situe la sous-composante « droits », qui avec un score de 44,2, affiche une très lente progression (+0,6). D’après le classement de cette catégorie, c’est la Tunisie qui arrive en tête des plus fortes progressions avec une hausse de 27,1 pour un score de 67,3 grâce aux réformes démocratiques mises en place après le printemps arabe de 2010. Quant à la plus forte régression en la matière, elle est détenue par le Mali, avec une baisse de 10,5 points pour un score de 50,3.

Développement humain

C’est la catégorie ayant enregistré la plus forte progression des pays africains, d’après l’étude, avec un score de 52,8 sur cent, pour une progression de 3,5. D’après les statistiques, 86% des Africains vivent dans un pays où la gouvernance en matière de développement humain s’est considérablement développé depuis 2008. Ainsi, 42 pays ont amélioré leur gouvernance en la matière tandis que la vitesse de progression de 15 d’entre eux a atteint un pic d’accélération.

Parmi les trois sous-composantes de cette catégorie, c’est incontestablement le secteur de la santé (principale force à l’origine de l’amélioration des résultats en matière de gouvernance sur le continent) qui affiche les meilleurs résultats. Malgré une légère diminution de la courbe de progression du continent en la matière ces cinq dernières années, le score moyen africain pour la santé (67,8) s’est amélioré d’un total de +7.6 depuis 2008. Cela en fait la sous-composante la plus performante du continent, devant la sous-composante « genre » de la catégorie « Participation et droits de l’homme », tirée par de meilleurs chiffres concernant la mortalité maternelle et infantile, la lutte contre le SIDA etc.

« 47 pays, qui abritent 93,2% des citoyens africains, ont réussi à améliorer les résultats de la gouvernance de la santé au cours des dix dernières années et la moitié (51,0%) de la population, soit 23 pays, vit dans des pays où les progrès de la santé se sont encore améliorés à un rythme plus rapide ces dernières années » a à cet effet indiqué l’étude.
Quant à la sous-composante de l’éducation, elle affiche une hausse de 2 points pour un score de 44,5 sur 100, devant le bien-être social avec une légère progression de 0,6 pour un score de 45,9.

Après le classement IIAG sur le développement humain, c’est le Burkina Faso qui affiche la plus forte progression (+13,4) pour un score de 54,8, tandis que la Libye affiche une nouvelle fois la pire régression (-19) pour un score de 44,1.

Hormis la performance louable des pays africains pour améliorer leur gouvernance dans les différentes catégories étudiées le rapport souligne surtout la nécessité de mettre en place de nouvelles mesures pour pousser les efforts des pays vers un meilleur indice de gouvernance, qui pour l’instant reste en dessous de la barre symbolique des 50 points.

Croissance inclusive

C’est l’un des principaux défis que devront relever les pays africains (avec la sécurité et l’Etat de droit) pour améliorer leur gouvernance, dans un contexte où la croissance économique, peine à suivre le rythme de la croissance démographique et à profiter à toute la population.

Malgré toutes les belles performances, le principal constat reste qu’en moyenne les gouvernements africains n’ont pas réussi à produire des environnements qui permettent à leurs citoyens de poursuivre des objectifs économiques et offrir la possibilité de prospérer. Sur les dix pays africains ayant connu la plus forte augmentation en pourcentage du PIB sur la période 2008-2017, seuls quatre (Liberia, Kenya, Rwanda, Zimbabwe) figurent parmi les dix pays ayant enregistré les plus fortes améliorations au niveau de la catégorie des opportunités économiques durables au cours de la décennie.

Quatre autres des dix plus grandes économies du continent obtiennent encore un score inférieur à la moyenne africaine de 2017 en matière d’opportunités économiques durables et se situent dans la moitié inférieure du classement (Algérie, Angola, Nigeria et Soudan).
« La croissance économique ne s’est pas traduite par une amélioration du développement des opportunités économiques durables » ont fait remarquer les auteurs du rapport.

Et d’ajouter « Même si les modèles de croissance et de création d’emplois en Afrique sont complexes et changent d’une région à l’autre, « la tendance continentale est à une croissance résiliente mais sans emploi ».

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