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Accueil Dossier

L’Afrique peine à s’arrimer à la mouvance industrielle actuelle

La Rédaction par La Rédaction
février 16, 2021
dans Dossier
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C’est l’interprétation que l’on puisse faire de l’indice de compétitivité mondiale 2018, publié le 17 octobre dernier à Genève, par le World Economic Forum (WEF).

Dans son rapport repris par la tribune Afrique, le WEF laisse indiquer « qu’alors que l’économie mondiale surfe sur la vague des nouvelles technologies, principal moteur de la 4e révolution industrielle, les pays africains restent à la peine. Sur les 34 économies du continent étudiées dans le rapport, la moitié se classe dans le bas du tableau, ce qui témoigne de leurs faiblesses en matière de compétitivité ».

Autrement dit, c’est un classement peu reluisant pour les économies d’Afrique subsaharienne que vient d’établir le Forum économique mondial à travers son très attendu rapport annuel sur la compétitivité mondiale. Selon le classement qui accompagne le rapport et qui est élaboré à partir de l’indice de compétitivité, dix-sept (17) des 34 économies d’Afrique subsaharienne étudiées, se situent parmi les 20 dernières du classement. Avec une moyenne de 45,2 sur 100, la région n’atteint même pas la note médiane, bien que certains pays arrivent à s’en tirer en fonction de certains des critères pris en compte.

Top 10 africain

De manière générale, en Afrique, c’est l’île Maurice qui trône à la tête du top 10 africain, et 49e au niveau mondial avec une note de 63,7. Elle est suivie par l’Afrique du sud, qui arrive à la 67e place mondiale et une moyenne de 60,8. Les Seychelles, à la 3e place africaine et 74e rang mondial avec une moyenne de 58,5, complètent le trio de tête pour les économies africaines les plus compétitives. Suivent respectivement dans l’ordre avec leur classement mondial et leur moyenne, le Maroc (75e rang mondial avec une moyenne de 58,5), la Tunisie (87e ; 55,6), le Botswana (90e ; 54,5), l’Algérie (92e ; 53,8), le Kenya (93e, 53,8), l’Egypte (94e ; 53,6) et la Namibie (100e, 52,7).

Les 10 premières économies africaines les plus compétitives certes dans le top 100, mais cette année, le rapport a étudié 140 économies dont 34 du continent et en bas du classement, c’est le Tchad (140e, 35,5) qui ferme la marche. Parmi les autres pays africains notés, le classement relève quelques surprises comme le Nigeria qui est en 115ème position avec un score de 47,5, alors que le Rwanda se positionne à la 108e place, le Sénégal à la 113e, suivis par la Côte d’ivoire (114e), l’Ethiopie (122e), la RDC (135e), alors que l’Angola pointe à la 137e place. Il importe de souligner que par manque de donnée fiables dans la plupart des cas, seize (16) pays africains n’ont pas été pris en compte dans l’étude, parmi lesquels le Niger, le Congo, la Guinée équatoriale, le Togo, ou le Gabon.

Faible compétitivité

Au-delà du classement, c’est l’analyse des données fournies par le rapport qui met en exergue la faible compétitivité des économies africaines notamment au sud du Sahara, bien que deux pays de la région, Maurice et Afrique du Sud, affichent un indice de compétitivité supérieur à la moyenne mondiale. Un autre aspect important, c’est les performances en fonction des sous-régions du continent, qui fait ressortir que ce sont les économies d’Afrique australe qui se positionnent en tête avec un indice de 48, suivis par eux d’Afrique de l’Est avec un score de 46,8, alors que l’Afrique de l’Ouest n’a qu’une moyenne de 44,5.

Comme pour les précédents rapports, les auteurs ont mis en relief les facteurs qui expliquent cette mauvaise performance des économies d’Afrique subsaharienne avec notamment la faiblesse des institutions étatiques, les lourdeurs administratives, ou l’inadéquation de leurs politiques publiques.

Ainsi, sur 10 des 12 piliers qui servent de critère de mesures pour l’élaboration de l’indice de compétitivité, l’Afrique subsaharienne enregistre la plus faible performance comparée aux autres régions, ce qui se répercute au niveau des quatre secteurs pris en compte pour mesurer l’indice (environnement économique, capital humain, marché et écosystème de l’innovation).

Selon le WEF, malgré des taux de croissance robustes, la difficulté des pays africains à combler leur retard dans le secteur des nouvelles technologies, constitue un frein majeur à l’amélioration de leurs compétitivités. Il s’agit d’un véritable défi pour les économies africaines dont l’enjeu est de renforcer leur attractivité dans une économie mondiale portée par l’innovation et les nouvelles technologies, qui se relèvent comme les principaux moteurs de croissance de la 4e révolution industrielle en cours.

L’enjeu est donc stratégique pour les économies africaines, d’autant que selon le WEF, « la nature changeante de la compétitivité représente un défi pour l’avenir de l’économie mondiale ». Cette année, l’étude annuelle du Forum économique mondial sur l’économie internationale a d’ailleurs souligné, un contexte de compétitivité radicalement modifié par l’impact de la quatrième révolution industrielle, qui fait émerger de nouveaux défis.

C’est ce qui explique d’ailleurs qu’après plusieurs années comme premier de la classe, la Suisse s’est vu détrôner par les États-Unis, pays où l’économie nationale se rapproche le plus de la « frontière de la compétitivité ». Le pays de l’oncle Sam est suivi par Singapour, l’Allemagne, la Suisse et le Japon.

« La nature changeante de la compétitivité économique dans un monde de plus en plus transformé par les nouvelles technologies numériques est à l’origine d’un nouvel ensemble de défis pour les gouvernements et les entreprises. Collectivement, ces défis représentent un risque d’impact négatif sur la croissance et la productivité futures », a souligné le WEF.

Leçons mondiales pour économies africaines

L’édition 2018 du rapport du WEF fait ressortir plusieurs enseignements pour les économies africaines surtout qu’il utilise, pour la première fois, une toute nouvelle méthodologie afin de bien saisir la dynamique de l’économie mondiale en ces temps de quatrième révolution industrielle. Ainsi, selon l’institution fondée par Klaus Schwabb, « une grande partie des facteurs qui auront le plus d’impact sur la compétitivité à l’avenir n’ont jamais été au centre des décisions politiques majeures par le passé ».

Il s’agit notamment de la création d’idées, la culture entrepreneuriale, l’ouverture et l’agilité. A travers son nouvel outil de cartographie du paysage de la compétitivité, le rapport a passé au crible 140 économies par le biais de 98 indicateurs organisés en 12 piliers.

Chaque indicateur, sur une échelle de 0 à 100, indique la distance à laquelle se situe une économie par rapport à la situation idéale ou à la « frontière » de la compétitivité. De la combinaison de tous ces facteurs, et de l’analyse des données, le rapport suggère que le retour à une plus grande ouverture et à une meilleure intégration aurait des effets positifs sur la santé économique mondiale.

« La compétitivité n’est ni une compétition ni un jeu à somme nulle : tous les pays peuvent prospérer. Avec des opportunités de bonds en avant économiques, la diffusion d’idées innovantes au-delà des frontières et de nouvelles formes de création de valeur, la quatrième révolution industrielle peut donner les mêmes chances à chaque économie. Mais la technologie n’est pas une solution miracle en soi. Les pays doivent investir dans les personnes et les institutions pour concrétiser les promesses de la technologie », a ainsi déclaré Saadia Zahidi, membre du conseil d’administration du WEF et directrice du centre pour la nouvelle économie et la société.

Toutefois, ont souligné les auteurs, « il est impératif que des politiques soient mises en place pour améliorer la situation des personnes affectées par la mondialisation à l’intérieur des pays ». C’est pourquoi, le WEF a plaidé en faveur des politiques de redistribution, des filets de sécurité, des investissements dans le capital humain, ainsi qu’une fiscalité plus progressive.

L’objectif est de lutter contre les inégalités, afin qu’ils ne compromettent pas les niveaux de compétitivité d’une économie. « Sans avoir à faire de compromis entre compétitivité et inclusion, il est possible d’être à la fois favorable à la croissance et à l’ouverture », souligne le WEF.

Le rapport a aussi insisté sur, « la nécessité d’adopter une approche globale pour accroître la compétitivité : une performance solide dans un domaine ne peut compenser des résultats médiocres dans un autre ».

Pour le WEF, c’est particulièrement vrai en matière d’innovation, car s’il est vrai que se concentrer sur la technologie peut offrir des opportunités considérables à des pays à revenu faible et intermédiaire, les gouvernements ne doivent pas perdre de vue les « vieux » problèmes de développement, par exemple en matière de gouvernance, d’infrastructure et de compétences.

Dans cette optique, d’ailleurs, l’indice de cette année a mis en lumière un facteur inquiétant, à savoir le fait que pour 117 des 140 économies étudiées, la qualité des institutions reste un frein à la compétitivité globale.

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