Les incertitudes relevées par Fitch dans son rapport portent notamment sur le niveau potentiel de production pétrolière du pays. « Bon nombre de ses champs vieillissent avec des rendements décroissants et la plupart des réserves sont situées en haute mer ou en mangrove avec des prix d’équilibre élevés par rapport aux concurrents internationaux », explique l’agence de notation.
En matière d’investissements dans ce secteur, il ressort qu’elle a été freinée par les incertitudes sur la capacité des opérateurs pétroliers à continuer de détenir des comptes en devises à l’étranger. Dans ce registre, le 12e appel d’offres pétrolier du Gabon s’est ouvert en 2018 et a subi de multiples retards, malgré la révision de la loi pétrolière en 2019.
S’agissant des financements, l’agence de notation américaine indique les besoins du pays s’élèvent à 14% du PIB en 2021 et 7% en 2022. « Nos estimations incluent l’amortissement anticipé prévu de l’Eurobond du pays venant à échéance en 2022-2024 via une nouvelle émission, dont une partie du produit sera utilisée pour financement budgétaire », fait-elle savoir.
Avant d’ajouter, que le programme d’achat d’obligations de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC), qui prend fin en ce mois d’août 2021, et d’autres mesures de soutien à la liquidité bancaire ont eu un impact positif temporaire sur la capacité du gouvernement à lever des fonds sur le marché régional, et le financement intérieur net couvrira près de 40 % du déficit en 2021. « Nous nous attendons à ce que le financement intérieur net soit négatif à partir de 2022 », prévient Fitch.
Par ailleurs, en matière de finances publiques, l’agence estime le financement budgétaire provenant de sources extérieures, après le refinancement de l’euro-obligation, à environ 4 % du PIB en 2021 et 5 % en 2022.
«Cela comprendra les décaissements du FMI et les prêts-projets officiels. Une exécution réussie du refinancement prévu lisserait le profil de remboursement du pays et réduirait les risques de liquidité à moyen terme», indique l’agence.
En effet, le Gabon a conclu une nouvelle facilité de financement élargie de 553 millions de dollars avec le Fonds monétaire international (FMI) en juillet 2021, fournissant près de 2 % du PIB en financement sur la période 2021-2023. Ce qui devrait servir de catalyseur pour un soutien public supplémentaire.
A propos de ce nouveau deal avec le FMI, l’agence donne également son avis. « Nous pensons que le programme du FMI restera axé sur la mobilisation fiscale, y compris la suppression des exonérations fiscales, et les réformes de la gouvernance et de la transparence», souligne Fitch.
L’agence se veut également réaliste par rapport à ce nouveau programme. « La performance du Gabon dans le cadre du programme précédent du FMI avec des objectifs similaires était mitigée, mais de nombreuses réformes clés sont maintenant en cours de démarrage et ne coïncideront pas avec la prochaine élection présidentielle en 2023 », indique-t-elle.
Néanmoins, prévient Fitch, « des retards dans la réalisation des objectifs du programme introduiraient des risques sur la trajectoire de financement du Gabon et pourrait entraîner un nouveau stress de liquidité à la lumière des faibles coussins de liquidité du pays. La voie de financement reste également très vulnérable aux fluctuations des revenus pétroliers ».
Sur le chapitre des financements extérieurs, Fitch Ratings relève quelques insuffisances. D’abord, «les chocs pétroliers et l’incapacité à obtenir certains financements prévus des créanciers officiels ont conduit à un affaiblissement de la position de liquidité du Gabon ».
En outre, « le pays n’a pas pu obtenir plusieurs prêts d’appui budgétaire attendus en 2020, ce qui a mis en évidence des faiblesses dans la gestion des finances publiques et limité la flexibilité de financement du souverain ».
Par ailleurs, « Le resserrement des conditions de liquidité a entraîné une accumulation temporaire d’arriérés de dette extérieure en 2020, bien que ceux-ci aient été apurés à partir d’août 2021. Cela a également conduit à un reprofilage du prêt gabonais Afreximbank, le deuxième en autant d’années ».
En dépit de toutes ces pesanteurs, «le programme d’achat d’obligations de la BEAC a apporté un certain soulagement grâce à des liquidités supplémentaires sur le marché régional peu profond de la dette, et les autorités ont levé environ 2 % du PIB auprès de la banque centrale régionale », conclut l’agence.



















