La tâche ne sera assurément pas aisée pour le prochain locataire du palais de Bord de mer de Libreville (Palais de la présidence de la République). Le chantier est d’une immensité qui requiert de tout revisiter. De la dépendance encore considérable aux hydrocarbures à la lutte contre la corruption, en passant entre autres par la dépendance alimentaire, le modèle social inégalitaire et persistance de la pauvreté., les défis structurels appellent à une thérapie de choc.
Pour soulager le grand malade, Brice Clotaire Oligui Nguema en est bien conscient. Au Gabon, plus de 60 % des produits alimentaires consommés proviennent de l’étranger, représentant près de 400 milliards de FCFA. Selon lui, une telle situation rend le pays vulnérable aux aléas des marchés internationaux et aux crises d’approvisionnement qui peuvent, à tout moment, perturber les livraisons et provoquer une flambée des prix. La pandémie de Covid-19 en 2020 n’a fait que confirmer cette réalité : la rupture partielle des chaînes logistiques a démontré notre fragilité et l’urgence de renforcer notre souveraineté alimentaire. Je considère que la faiblesse du secteur agricole est au cœur de ce problème.
Pour inverser cette tendance, Brice Clotaire Oligui Nguema propose d’accroître la production locale et développer l’agro-industrie. Ce qui selon lui, « ne relèvent plus d’une simple option, mais d’une absolue nécessité. Notre objectif doit être d’encourager l’installation de filières structurées, de sécuriser nos sources d’approvisionnement en privilégiant la production gabonaise, et de soutenir nos agriculteurs. Par ces réformes et ces investissements, j’entends réduire notre dépendance vis-à-vis de l’extérieur et assurer au pays la résilience dont il a besoin ».
Sur le marché de l’emploi, dominé par la fonction publique, le Gabon souffre d’une structuration du marché du travail fortement dominée par la fonction publique, ce qui freine l’émulation d’un secteur privé dynamique et limite l’offre de débouchés pour notre jeunesse. « Beaucoup de jeunes diplômés, faute de perspectives suffisantes dans le secteur privé, se tournent automatiquement vers les concours administratifs et aspirent à une stabilité garantie par l’État, souvent au détriment de leur épanouissement professionnel à long terme. Pourtant, je suis persuadé que le renforcement et la diversification de l’économie appellent la création de multiples opportunités dans l’entrepreneuriat, l’agro-industrie, le numérique, ou encore l’artisanat. Il me tient à cœur de favoriser un environnement qui récompense l’initiative et l’innovation, afin d’encourager la naissance de petites et moyennes entreprises et de pôles d’excellence sectoriels ».
De même, poursuit-il, « la reconversion et la qualification de nos ressources humaines seront essentielles pour sortir de cette quasimonoculture de l’emploi public et offrir des débouchés plus variés aux Gabonais. En soutenant activement la montée en compétences, l’employabilité et l’esprit d’entreprise, je souhaite impulser un marché de l’emploi ouvert, où l’initiative privée côtoie une fonction publique moderne et performante. C’est à cette condition que nous pourrons résorber un chômage persistant et mieux répartir les richesses créées sur l’ensemble du territoire national ».
La faible culture de l’investissement privé constitue également un frein au développement du Pays. En effet, malgré les opportunités qu’offre le pays, la culture de l’investissement privé y demeure encore trop peu développée. « Trop souvent, l’État se retrouve en première ligne pour financer et porter de lourds projets structurants, alors que le secteur privé pourrait contribuer de manière décisive à la création de valeur et à la diversification de notre économie. Je considère primordial de faire évoluer cet état de fait. La mobilisation des capitaux nationaux et internationaux doit être encouragée en instaurant un environnement d’affaires stable, transparent et prévisible : sécurité juridique, fiscalité adaptée, simplification des procédures administratives », déplore le président de la transition.
Il s’agit selon lui, des leviers à activer pour stimuler la confiance des investisseurs. Mais à côté de cela, il pose clairement le problème de la promotion de la culture d’entreprise. « Il me semble essentiel de promouvoir un esprit d’entreprise plus affirmé au sein de la société, en valorisant l’audace, la persévérance et l’innovation. Notre tissu économique ne pourra s’étoffer que si le secteur privé et l’entrepreneuriat bénéficient d’un environnement favorable, où la recherche de partenariats et l’excellence dans la gestion des projets deviennent la norme ». De manière précise, son ambition est de créer cet élan vertueux, libérant ainsi la créativité des entrepreneurs locaux en renforçant la résilience de du modèle économique gabonais. « Le Gabon n’a pas encore su développer un environnement propice à l’investissement privé. L’administration et la législation sont souvent perçues comme peu réactives, freinant les initiatives entrepreneuriales et l’attraction de capitaux étrangers. Cette situation retarde la diversification de l’économie et la création d’un tissu entrepreneurial solide reposant particulièrement sur la promotion des PME et PMI », indique-t-il.
Le modèle social inégalitaire et persistance de la pauvreté est aussi un chantier majeur auquel le futur président doit se pencher. Car, la pauvreté perdure dans plusieurs pans de la société gabonaise. Elle touche particulièrement les populations les plus vulnérables, notamment en zones rurales et dans certains quartiers urbains défavorisés. Malgré les ressources dont dispose le Gabon, les inégalités sociales demeurent élevées, se manifestant dans l’accès à des services essentiels comme la santé, l’éducation et l’eau potable. « Je considère que notre modèle social doit impérativement être repensé pour mieux prendre en compte ces réalités », reconnait Brice Clotaire Oligui Nguema.
Qui ajoute que, « les dispositifs actuels, bien que parfois efficaces, ne sont pas encore à la hauteur de l’enjeu : trop de familles se retrouvent menacées par l’insécurité alimentaire ou peinent à trouver un emploi stable. Il me paraît essentiel de consolider et de renforcer les mécanismes de protection sociale, d’améliorer la qualité et la proximité des services publics, mais aussi de soutenir des actions ciblées envers les zones délaissées ». Comme antidote, selon lui, il propose une redistribution plus équitable des fruits de la croissance et une meilleure territorialisation des politiques publiques. Elles permettront, souligne-t-il, « de réduire rapidement la précarité. J’entends, dans ce sens, miser sur la création d’emplois durables, l’autonomisation économique des femmes et des jeunes, et la promotion de projets d’inclusion sociale. En corrigeant les profondes disparités qui fragilisent notre cohésion nationale, je suis convaincu que nous pourrons bâtir un Gabon plus juste et solidaire, où chacun aura une place dans la dynamique de développement ».



















