Le Gabon, l’un des principaux producteurs de pétrole d’Afrique, dépend fortement de son secteur pétrolier, qui constitue l’épine dorsale de son économie. Les champs pétroliers côtiers et offshore sont exploités par des sociétés internationales dans le cadre d’accords avec le gouvernement.
Cependant, pour comprendre les revenus du Gabon provenant de la production pétrolière, il ne suffit pas de suivre les volumes de production ou les exportations. Il faut également analyser en détail les coûts souvent complexes associés à l’extraction pétrolière, qui peuvent avoir un impact significatif sur les recettes publiques.
Une étude sur les coûts pétroliers du pays, publiée par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), Gabon en juillet 2024, marque une étape importante vers une plus grande transparence et responsabilité, d’autant plus que la divulgation des coûts a été introduite dans le cadre de la norme 2023.
Pourquoi la divulgation du prix du pétrole est importante
Les coûts d’investissement et d’exploitation représentent souvent la plus grande part des dépenses d’une entreprise qui, dans le cadre d’un régime de partage de la production, peuvent être récupérés une fois la production lancée. Ces coûts, bien qu’essentiels pour le développement des ressources extractives, peuvent potentiellement réduire les recettes publiques, en particulier dans les premières phases d’un projet. Il est donc essentiel de vérifier ces coûts pour garantir que seules les dépenses légitimes et vérifiées sont déclarées par les entreprises. Sans une surveillance appropriée, les entreprises peuvent gonfler les coûts ou classer les dépenses non éligibles comme récupérables, réduisant ainsi en fin de compte la part des bénéfices de l’État.
Les coûts d’investissement et d’exploitation représentent souvent la part la plus importante des dépenses d’une entreprise
Depuis 2022, le gouvernement gabonais s’est engagé à auditer les coûts du pétrole dans le cadre d’un programme de réformes avec le FMI, visant à améliorer la transparence budgétaire et à garantir une déclaration fiable des recettes pétrolières. Les organisations de la société civile ont également appelé à une plus grande surveillance, soulignant la nécessité de la transparence pour renforcer la confiance du public et la stabilité économique.
Différences de coûts
L’étude, qui a analysé les données des documents juridiques, des rapports de production, des déclarations ITIE et des déclarations des entreprises, a révélé des écarts notables entre les coûts déclarés par les opérateurs et ceux enregistrés par le gouvernement. Par exemple : Assala Gabon SA a déclaré des coûts pétroliers de 475 millions USD, tandis que le gouvernement a enregistré 384 millions USD, soit une différence de 24 %. Maurel et Prom a également déclaré des coûts pétroliers de 1,2 million de dollars, tandis que le gouvernement a enregistré 234 millions de dollars, soit un écart de -99%.

Variations des coûts de production
L’étude a fourni une répartition détaillée des coûts de production par baril par entreprise productrice, mettant en évidence des variations importantes des coûts de production selon les opérateurs. Par exemple : Perenco Oil and Gas Gabon a signalé les coûts de production les plus bas, soit 0,18 USD par baril. Tandis que BWE a enregistré les coûts les plus élevés, soit 67,18 USD par baril. Ces disparités reflètent des modèles opérationnels et des niveaux d’efficacité différents ainsi que la maturité des blocs en production. Des audits de coûts détaillés sont essentiels pour des pratiques de recouvrement des coûts équitables et un partage précis des bénéfices.

Les défis à relever
L’étude a identifié plusieurs défis qui entravent la transparence et la déclaration précise des coûts dans le secteur pétrolier gabonais :
Divulgation des contrats
Après la publication de l’étude, le ministère de l’Économie a commencé à publier des extraits des contrats d’extraction, ce qui constitue une avancée positive vers la transparence. Cependant, l’absence de divulgation complète rend difficile le suivi de l’impact des coûts sur les recettes perçues, car les détails clés sur le recouvrement des coûts, les conditions fiscales et les obligations restent inaccessibles.
Lacunes dans les données
Les documents manquants, y compris les contrats signés et les rapports d’audit, ont limité la capacité d’examiner en profondeur les coûts récupérables.
Manque d’efficacité et de transparence du processus d’audit
Les retards dans les processus d’audit, aggravés par la non-publication des rapports d’audit et les inquiétudes quant à l’indépendance et l’objectivité des auditeurs de coûts.
Divergences
Les incohérences entre les données sur les coûts du gouvernement et celles des entreprises compliquent les efforts de vérification des coûts. Pour résoudre ces problèmes, l’étude a recommandé d’améliorer les procédures d’audit, d’améliorer les rapports sur les coûts et de documenter systématiquement les discussions sur la production afin de renforcer la gouvernance.
Un pas vers la transparence
Les efforts déployés par le Gabon pour auditer les coûts du pétrole conformément à la norme ITIE 2023 marquent une étape importante pour garantir que ses richesses en ressources naturelles soient gérées efficacement dans l’intérêt des citoyens.
En introduisant la divulgation des coûts conformément à l’exigence 4.10, la norme ITIE permet aux pays comme le Gabon de surveiller et de gérer efficacement les coûts du pétrole, en veillant à ce que les sociétés pétrolières ne récupèrent que les coûts légitimes et à ce que l’État reçoive sa juste part des bénéfices. En introduisant la divulgation des coûts dans le cadre de l’exigence 4.10, la norme ITIE permet à des pays comme le Gabon de surveiller et de gérer efficacement les coûts du pétrole.
Alors que le Gabon continue de renforcer la transparence dans son secteur extractif, des audits détaillés et réguliers seront essentiels pour éviter les coûts excessifs et promouvoir la responsabilisation. Ces mesures constituent une base solide pour une meilleure gouvernance et une croissance économique durable.
Avec l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE)



















