La Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et la Fondation pour les études et recherches sur le développement international (FERDI) ont organisé une conférence internationale à Libreville au mois d’avril. Le thème de cette rencontre portait sur : « Les enjeux et instruments de l’intégration régionale en Afrique centrale ».
De cette rencontre, l’on retient que l’intégration régionale en Afrique centrale représente un important vecteur de promotion de la croissance et du développement pour les États de la région. Initié selon une dimension monétaire, ce mouvement d’intégration régionale s’est étendu à la dimension économique, afin de réaliser un marché commun, de faire converger les politiques macroéconomiques et de mettre en œuvre des politiques sectorielles régionales.
Ce processus qui n’est pas unique sur le continent africain doit s’articuler avec des processus aux contours géographiques parfois plus étendus mais également parfois emboîtés. Seulement, son approfondissement au niveau des pays de la zone soulève deux grandes questions.
La première est relative aux moyens d’approfondir l’intégration au sein de la zone CEMAC selon des dimensions nouvelles ou pour lesquelles des progrès sont réalisables. Tandis que la seconde concerne l’identification de dimensions pour lesquelles une extension géographique de la zone d’intégration pourrait être envisagée.
Pourtant, ce principe qui fait partie de la stratégie de mise en œuvre du projet africain d’intégration économique a été définie par le Traité d’Abuja, et réaffirmé par l’Acte constitutif de l’Union africaine. Il s’articule autour d’une dynamique de convergence, d’harmonisation et d’unification progressive des schémas régionaux d’intégration.
Dans cette perspective, les autorités de l’Afrique centrale ambitionnent d’élargir l’intégration régionale en fusionnant la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), tout en participant à la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAF).
Seulement, « le niveau d’engagement des Etats au processus d’intégration actuel, rend –il crédible et faisable une telle ambition? En d’autres termes : Quel est le niveau d’engagement actuel des Etats dans la CEMAC? », s’interroge l’universitaire gabonais.
Selon lui, pas besoin de remuer les méninges pour constater que la sous-région a mal à son intégration. En effet, avec moins de 5% des échanges communautaires, la CEMAC est l’une des CER africaines les moins intégrée que ce soit en termes de part du commerce intra-régional que de taux d’ouverture au commerce intra régional, révélant ainsi le faible engagement des Etats.
« Cette médiocre performance explique tout simplement le faible engagement au travers du degré de respect des principes universels de fonctionnement des CER dans la CEMAC aujourd’hui », fait savoir le Pr. Pr. Gabriel Zomo Yebe.
La raison, selon lui à cette situation est toute trouvée. « Les pays de la zone ont tendance à privilégier leurs intérêts nationaux au détriment des intérêts communautaires ». Une posture qui résulte de la persistance des égoïsmes nationaux et freine l’exécution de certaines décisions prises par les organes supranationaux au niveau national, soutient-il.
A titre d’illustration, « l’Acte Additionnel n° 02/01-CEMAC-066-CE-03 portant création d’une compagnie communautaire de transports aériens en zone CEMAC a été pris en 2001, et jusqu’en janvier 2010, la CEMAC n’a pas pu s’accorder sur la forme juridique de « Air CEMAC », ni sur l’identité du partenaire privé investisseur, ni sur le taux de participation des Etats membres et encore moins, sur le siège social de la future entreprise », fait-il observer.
Il en est de même, du Règlement N°9/00/CEMAC-067- CM-04 portant adoption du réseau routier intégrateur et prioritaire de la CEMAC pris en 2000, qui pour l’instant, est demeuré au stade de projet pour la majorité des tronçons routiers.
Comme si cela ne suffisait pas, la plupart des pays accumulent des arriérés de cotisation de paiement de la Taxe communautaire d’intégration (TCI), principal outil de financement de la communauté depuis des années. Son taux de réalisation n’est que de 33,32% aujourd’hui.
La libre circulation des personnes et des biens, actée depuis 1972 par l’UDEAC, et reprise dans la convention de l’Union économique de l’Afrique centrale de 2009, n’a été effective qu’en 2017. Elle fut pendant longtemps violée par le Gabon et la Guinée Equatoriale. Quant au Cameroun, il proscrit certaines activités aux étrangers y compris aux membres de la Communauté.
La sous-région CEMAC observe également un viol des dispositions en vigueur et institutions de barrières tarifaires et non tarifaires au mépris des dispositions en vigueur. Il y a également la non mise en œuvre des décisions adoptées par le conseil des ministres tels que le non-respect du TEC qui constitue un autre sérieux écueil au processus d’intégration sous-régional en zone CEMAC.




















