Dans son rapport sur les économies africaines en 2024 et les perspectives 2025 des entreprises internationales, le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN), alerte sur la conjoncture politique et économique de la sous-région Afrique centrale. En effet, l’organisation patronale privée française révèle que l’année 2025 s’annonce très politique pour les pays d’Afrique centrale qui connaîtront trois scrutins présidentiels (Gabon, Cameroun, République centrafricaine).
Justement, vu sous ce prisme politique, si au Gabon, l’élection présidentielle s’est globalement bien déroulée au Gabon, au Cameroun, elle sera suivie avec une attention particulière, tant son déroulement et ses conséquences symboliques pourraient affecter toute la région. En République démocratique du Congo (RDC), le débat sur la révision constitutionnelle initié par le président de la République, Félix Tshisekedi, risque d’être relégué au second plan par la guerre dans l’est du pays et l’avancée fulgurante des rebelles du M23, qui se sont emparés de Goma et Bukavu.
Au plan sécuritaire, la situation reste préoccupante dans les régions anglophones du Cameroun et au Tchad, confronté à une résurgence spectaculaire de la menace Boko Haram. Les rapports entre le Tchad et le Soudan, qui l’accuse d’ingérences, menacent aussi de dégénérer.
La croissance de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cemac) s’est établie à 3,6% en 2024, portée par le dynamisme de l’économie camerounaise (3,9%). Elle devrait légèrement décélérer en 2025, à 3%, d’après les prévisions du Fonds monétaire internationale (FMI). Attendue à 3,3%, l’inflation poursuivra un repli entamé en 2024 et pourrait repasser sous la barre des 3% en 2026. Elle atteindra des niveaux deux à trois fois plus élevés en RDC et à Sao Tomé, les deux pays qui ne bénéficient pas du bouclier du franc CFA.
Les pays riverains du golfe de Guinée et le Tchad veulent poursuivre leurs efforts pour tenter d’enrayer une production d’hydrocarbures déclinante. La stratégie semble déjà porter ses fruits en République du Congo, où la production pourrait augmenter de 20% en 2025, et où les gisements gaziers offshore exploités par ENI montent en puissance, tout comme les gisements camerounais opérés par Perenco.
Les flux nets d’IDE vers la Cemac, mesurés à 7,1 milliards d’euros en 2022, ont diminué à 5,3 milliards en 2023. Les investissements français représentent un peu moins de 10% de ce total, à 423 millions d’euros, niveau presque inchangé par rapport à 2022 (442 millions). Les dynamiques sont cependant contrastées d’un pays à l’autre, le Cameroun ayant attiré 535 millions d’euros, alors que les IDE français au Gabon ont chuté à 159 millions d’euros, contre 689 millions l’année précédente.
Les flux nets ont été négatifs en République du Congo (-276 millions d’euros). En stock, le pays demeure cependant, de loin, le premier récipiendaire des investissements français (44% du total), suivi par le Cameroun (34%) et le Gabon (18%). Le stock total d’IDE français pour la région Cemac s’élevait à 5,6 milliards en 2023. Bras de fer avec les multinationales Impactés par la baisse du prix des hydrocarbures, premier poste d’importation français, les échanges commerciaux entre Paris et les économies de la Cemac se sont contractés de 17% en 2024, à trois milliards d’euros.
Les exportations françaises ont représenté 1,663 milliard, niveau quasi-inchangé, le solde commercial global repassant en territoire positif, à +299 millions d’euros. Au niveau macro-économique, le FMI a exprimé ses inquiétudes au sujet des déséquilibres structurels persistants de la Cemac en alertant sur l’encours des obligations et bons du trésor émis sur le marché régional, qui atteignait 7 167 milliards de francs CFA (10,5% du PIB de la zone) en octobre 2024. L’institution de Washington a suspendu certaines tranches d’aides programmées.
En réaction, le président camerounais Paul Biya a convoqué un sommet extraordinaire des chefs d’État communautaires à Yaoundé le 16 décembre 2024. Les membres de la Cemac se sont entendus sur des plans de convergence triennaux pour respecter les quatre critères de convergence de la zone (solde budgétaire de 1,5% du PIB, inflation à 3%, ratio de dette publique/PIB inférieur à 70% et absence d’arriérés). Ce stress sur les finances publiques n’est pas sans conséquences pour les multinationales étrangères opérant dans la zone, fermement rappelées à leurs obligations par un communiqué de la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC).
Dans ce cadre, le gouverneur de l’institution, Yvon Sana Bangui a exigé que les exportateurs se conforment à la réglementation de 2018 qui prévoit que 70% des devises obtenues soient rapatriées et cédées à la BEAC pour restaurer les réserves de change et conjurer tout risque de dévaluation. Les entreprises du secteur extractif (mines et hydrocarbures), assez réticentes, avaient obtenu un moratoire et des dérogations (35% au lieu de 70%). La BEAC souhaite les réviser et atteindre au minimum un niveau de 50% dès l’an prochain, en menaçant les récalcitrants de sanctions financières. Les deux parties sont en passe de trouver un compromise.
Avec le CIAN



















