Le président de la République française Emmanuel Macron vient de séjourner au Cameroun. A l’Occasion de cette présence en terre camerounaise du chef de l’Etat français, l’économiste, Jean-Paul Pougala aura joué les rabat-joies en jetant un pavé dans la marre.
« Pourquoi Emmanuel Macron qui ne savait même pas où se trouvait le Cameroun, durant son premier mandat a subitement senti le besoin de commencer son deuxième mandat comme chef de l’Etat français par un voyage au Cameroun ? », s’interroge-t-il. Avant de donner les véritables mobiles de cette présence à Yaoundé. Pas besoin de lire dans la boule de cristal, indique-t-il pour comprendre que cette visite était adossée sur la montée en puissance de la Russie en Afrique et surtout, sur la solution aux effets collatéraux subie par les Européens aujourd’hui, y compris son propre pays.
A preuve, fait-il savoir, « il a juste fallu attendre et écouter Macron lui-même nous dire pourquoi il était au Cameroun le mardi 26 juillet 2022. Il a prononcé le mot « Russie » 14 fois et le mot « Cameroun » 6 fois. »
Pour le directeur de l’Institut d’études géostratégiques de Douala au Cameroun, l’approvisionnement en gaz à son pays et partant à l’Europe constituait la raison fondamentale de Macron à Yaoundé. Malheureusement pour lui, le gaz camerounais vers l’Union européenne, pour l’instant est contrôlé par Gazprom à Kribi. Selon l’économiste, la France est aujourd’hui incapable de trouver sa place au Cameroun, à partir du moment où le ‘’vieux Lion’’ leur a opposé deux autres concurrents, la Chine et la Russie, indique vertement Jean-Paul Pougala.
Dans ce droit fil, il soutient que « L’Union européenne veut le gaz camerounais oui, mais sans la Russie qui a l’exclusivité de sa commercialisation ». Et d’indiquer que « Pendant que Macron s’entretenait avec Paul Biya à Yaoundé, dans la matinée du mardi 26 juillet 2022, au même moment, réunis à Bruxelles, les 27 pays membres de l’Union européenne étaient réunis. Evidement ex-plique-t-il, le gaz camerounais était au cœur des travaux. Car, il devrait venir renforcer les stocks de l’Union européenne pour les aider à passer l’hiver moins rude, au cas où la Russie devait complètement leur couper le robinet du gaz ».
Et d’ajouter, « Raison pour laquelle, au cours de la conférence de presse avec Paul Biya, Emmanuel Macron était si virulent contre la Russie. Lorsque ‘on sait peu de gens étaient capables de faire un lien entre la Russie et le gaz camerounais, pour lequel, il avait effectué le déplacement. Et son ton acerbe ne pouvait que trahir sa déception de n’avoir pas obtenu des autorités camerounaise une acceptation de leur demande d’éloigner Gazprom du Cameroun, fait savoir, l’économiste camerounais ».
Rappel chronologique
Tout commence en 2008, il y a exactement 14 ans. Après la séance de travail entre Philippe Olivier, le président et directeur exécutif du groupe français Gaz de France, GDF-Suez Global LNG, et Adolphe Moudiki, Administrateur directeur général de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), Philippe Olivier va lui-même annoncer la bonne nouvelle à Paul Biya et demander sa bénédiction pour exploiter le gaz de Kribi.
A la sortie du ‘’Palais d’Etoudi’’, voici ce qu’il déclare à la presse : « GDF Suez SA va investir 5 milliards de dol-lars au Cameroun pour la construction d’une usine de gaz naturel liquéfié (…) Nous sommes venus au Came-roun pour montrer les progrès réalisés jusqu’à présent avec notre projet de Gaz naturel liquéfié (GNL). La rencontre avec le président Paul Biya visait à obtenir son soutien pour nous permettre de réaliser ce projet ».
« Malheureusement, la France n’a jamais investi un tel montant dans un pays africain. Et personne ne com-prend pourquoi elle le ferait maintenant pour le Cameroun, qui n’est pas son pré-carré comme le Gabon, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal. Ce que Yaoundé ne sait pas à l’époque, est qu’en réalité cette promesse française d’investir 5 milliards de dollars au Cameroun pour exploiter le gaz de Kribi, n’était que de l’enfumage pour appâter les fonds souverains chinois de CIC, indique l’économiste camerounais.
Qui poursuit en affirmant que « Cette année-là, China Investment Corporation (CIC) créée par le gouvernement chinois, pour aider la Chine à trouver les placements les plus rentables pour ses énormes réserves de devises, dispose de 297,5 milliards de dollars d’actifs ».
Erreur d’appréciation
La France a vu avec l’Ukraine l’opportunité de donner une leçon à la Russie, comme elle avait l’habitude de le faire en Afrique, et comme les Etats-Unis avaient l’habitude de le faire avec le reste du monde. Mais dans sa précipitation, elle a sans doute oublié que ses capacités financières ne sont pas celles des Américains ; se jetant volontairement dans une trappe sans savoir comment en sortir.
Contrairement à Emmanuel Macron, les Africains qui sont les clients des armes russes savent que livraisons sporadiques d’armes des pays de l’Otan à l’Ukraine, ne feront jamais le poids contre la Russie, qui au-jourd’hui, fournit la moitié de l’armement acheté sur le continent africain.
Maintenant que les Africains ne veulent pas suivre la France aveuglément dans tous ses déplacements, c’est elle qui se déplace jusqu’en Afrique pour y régler des comptes.
Ainsi, le président Macron accuse les Africains d’être hypocrites car ils ne donnent pas leur opinion sur le conflit Ukrainien, sans considérer que les Africains sont hypocrites pour son propre bien : difficile pour les Africains de lui dire la vérité, c’est-à-dire qu’intervenir en Ukraine était une erreur irresponsable de sa part et que la France ne fait pas actuellement le poids contre la pression russe.
Emmanuel Macron a ‘’tapé poteau à Yaoundé’’
Le 26 juillet dernier, à Yaoundé, Emmanuel Macron a également démontré qu’il n’a toujours pas compris que les africains ne vivent plus au 19ème siècle où la France pouvait intimer, menacer jusqu’à insulter d’hypocrites les africains uniquement parce qu’ils ont soigné leurs intérêts, ceux de choisir les meilleurs partenaires qui leur garantissent une meilleure prospérité.
« Macron nous a également expliqué ce 26 juillet que la Russie était en Afrique pour ses intérêts, pour les matières premières. Apparemment c’est Macron lui-même qui ne semble comprendre que les anciens colonisés n’ont plus le cerveau des enfants de la maternelle comme ils avaient préparé et ils sont aujourd’hui capables de comprendre que le contraire de ce qu’il affirme serait plutôt inquiétant ».
Seulement, lui répond l’économiste camerounais, « Si la Russie n’avait aucun intérêt de venir en Afrique, nous devons tous nous inquiéter pour nous creuser les méninges pour découvrir pourquoi elle fait tout cela ».
Autrement dit, Emmanuel Macron a finalement taper poteau comme le disent régulièrement les Ivoiriens en cas d’échec d’une initiative.



















