Les profondes mutations structurelles profondes que connait la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) ne sont pas de nature à favoriser l’épanouissement financière et économique de la zone CEMAC. Tout au contraire, elles créent de forts bouleversements dans l’architecture financière régionale et internationale qui n’est pas sans risques pernicieux pour la sous-région.
Face à cette problématique, la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) a décidé de prendre le taureau par les cornes. Comme pour dire qu’aux grands maux, de grands remèdes, elle annonce le lancement d’un Forum économique et financier de l’Afrique centrale (FEFAC), afin de juguler les effets induits de cette évolution qui se caractérise par des équilibres macroéconomiques, de la transformation des modalités de financement du développement et de l’accélération des innovations technologiques dans les services financiers.
Faut-il également rappeler que cette mutation a également charrié l’essor des crypto-actifs, l’émergence de la monnaie électronique et des fntech, les exigences renforcées en matière de stabilité financière, la digitalisation des systèmes de paiement ainsi que les initiatives continentales d’intégration financière qui ont profondément reconfiguré les interactions entre les autorités monétaires, les régulateurs, les établissements de crédit et les investisseurs institutionnels.
Face à ce constat quelque peu alarmant, dans ce contexte de profonde recomposition de l’écosystème financier, la CEMAC conserve néanmoins l’avantage d’un socle institutionnel robuste et éprouvé. Seulement, cette vitalité institutionnelle qui se traduit par une pluralité de rencontres de haut niveau et autres multiples cadres de concertation demeurent cependant largement sectoriels. Cette approche cloisonnée limite la vision d’ensemble et génère un paradoxe d’inefficacité, dont les effets se font désormais pleinement sentir sur la cohérence de l’action communautaire.
Cette situation affaiblit par ailleurs, la cohérence des messages stratégiques, limite la coordination effective des politiques économiques, monétaires et financières et pèse sur les ressources budgétaires des États et des Institutions, tout en réduisant la visibilité internationale de la CEMAC en tant qu’espace intégré.
D’où la création du Forum économique et financier de l’Afrique centrale (FEFAC). Il est conçu comme une plateforme permanente, interinstitutionnelle et non lucrative placée sous le leadership stratégique des dirigeants des institutions de la CEMAC. Il vise à fédérer les rencontres existantes au sein d’un rendez-vous unique et structurant réunissant tous les acteurs publics et privés de l’écosystème financier ainsi que les partenaires techniques et financiers au développement de la Zone CEMAC.
L’objectif poursuivi est de rationaliser les initiatives actuelles, de renforcer la cohérence des politiques communautaires, d’accroître la capacité de négociation collective de la sous-région et de promouvoir l’intégration financière, l’innovation et le financement durable du développement.
Au-delà de sa dimension événementielle, le FEFAC constituerait ainsi un levier d’intégration économique, monétaire et financière qui renforcerait la visibilité de la CEMAC sur la scène internationale.
Sur les plans économique et financier, il favorisera la modernisation des systèmes financiers, la promotion du marché financier et l’accroissement de l’attractivité de la CEMAC auprès des investisseurs internationaux. Il offrirait un cadre structuré de dialogue entre régulateurs, autorités publiques, entreprises et investisseurs, propice au développement des affaires, à l’innovation technologique, à la digitalisation financière et à l’essor des fintechs.
Le FEFAC ambitionne également de devenir un catalyseur du développement régional grâce à la participation de nombreux acteurs, à la conclusion de partenariats stratégiques, à la mobilisation d’investissements extérieurs et au renforcement de la production intellectuelle des universités, centres de recherche et think tanks de la sous-région.
Pour son fonctionnement, le FEFAC serait doté d’un Comité de pilotage interinstitutionnel et d’un Secrétariat exécutif chargé de la coordination opérationnelle et du suivi des recommandations. Son financement reposerait quant à lui sur une formule associant les contributions du pays hôte, des Institutions communautaires de la CEMAC, des partenaires stratégiques ainsi que des frais d’inscription des participants et des solutions de sponsoring institutionnel, de cofinancement d’activités et/ou de prise en charge directe de certaines activités thématiques spécifiques à l’instar des pratiques internationales en la matière.
Il convient enfin de noter que cette initiative est cohérente avec les orientations du Plan de convergence et recommandations de la Conférence des chefs d’État de la CEMAC prescrivant renforcement de la coordination des politiques économiques ainsi que des mécanismes communautaires d’intégration et de développement.



















