Le 26 juillet 2024, Fitch a abaissé la note de crédit du Gabon de B- à CCC+, invoquant des risques de liquidité accrus et une détérioration des finances publiques. Cette décision fait suite à une décision similaire prise par Moody’s en juin et marque un tournant par rapport au sentiment positif exprimé par Fitch au mois de janvier dernier.
Fitch attribue cette dégradation à plusieurs facteurs. Tout d’abord, les récentes révisions statistiques ont révélé une sous-estimation importante des dépenses publiques avant le récent coup d’État et, par conséquent, la dette publique pour 2023 est désormais estimée à 70,4 % du PIB, contre le chiffre précédent de 56,0 % du PIB.
Deuxièmement, la politique budgétaire expansionniste du gouvernement de transition est un autre facteur qui contribue à cette situation. Parmi les exemples d’augmentation des dépenses figurent « les projets visant à accroître le recrutement dans le secteur public, à apurer les arriérés de pensions et à ajouter de nouvelles exonérations fiscales, sans plan d’ajustement budgétaire concret ». Par conséquent, Fitch s’attend à ce que le déficit budgétaire se creuse à 3,9 % du PIB en 2024, 5,3 % du PIB en 2025 et 5,8 % du PIB en 2026.
Enfin, les niveaux révisés de la dette publique et les besoins de financement supplémentaires vont exacerber les pressions sur les liquidités compte tenu des options de financement relativement limitées, estime l’agence. Qui souligne par ailleurs que le Gabon a des besoins de financement importants en 2025 et 2026, s’élevant en moyenne à 13,2 % du PIB selon Fitch. Ceci, combiné au fait que les « perspectives d’une opération de refinancement sont encore incertaines », augmente les risques liés à la capacité du Gabon à rembourser ses dettes.
Analysant cette performance, les experts d’Oxford Economics estiment que « Fitch a noté que le Gabon pourrait voir sa notation augmenter ou être revue à la hausse s’il y avait une consolidation budgétaire significative, des recettes fiscales plus élevées et/ou un financement international qui renforce la confiance dans la capacité du pays à répondre à ses besoins de financement ». Et d’ajouter, « On s’attend à ce que le général Oligui se présente à la présidence et remporte haut la main les élections. Cependant, il est peu probable qu’il mette en œuvre des mesures de consolidation budgétaire avant les élections d’août 2025. Les récentes augmentations de la production pétrolière et la croissance attendue de l’économie non pétrolière devraient améliorer les recettes fiscales ».
Par ailleurs, « L’augmentation de la production pétrolière devrait également soutenir la balance courante, qui devrait rester excédentaire et contribuera aux besoins de financement extérieur à moyen terme du Gabon. Cependant, l’accès à des financements concessionnels moins chers dépendra de l’achèvement des réformes démocratiques, ce qui crée une incertitude importante à l’avenir », concluent-ils.



















