Le sommet pour relancer l’économie africaine s’est ouvert ce 18 mai 2021 à Paris en France. Organisé à l’initiative de la France, il a officiellement pour objectif de tenter de sortir les pays du continent africain de l’asphyxie financière qui la menace après la pandémie de Covid-19.
Chat échaudé craignant l’eau, cette rencontre est diversement appréciée par les milieux intellectuels africains. Lesquels le voient en un stratagème de la France déjà malmené sur le terrain économique, tente de reprendre la main en Afrique.
Evidemment, selon ces derniers, cette grand-messe comporterait un certain nombre de non-dits, qui semblent illustrer les réelles et nouvelles ambitions que nourrit officieusement Paris en Afrique. En effet, il s’agit ni plus ni moins pour Paris, de reprendre la main en Afrique.
Le Rapport remis par Hervé Gaymard au ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, ainsi qu’à son collègue de l’Economie et des Finances en 2019, semble d’ailleurs assez illustratif de cette thèse. Ce document, intitulé « l’urgence d’une ambition collective à long terme », traite de la relance de la présence économique française en Afrique.
Cette ambition intervient à mi-chemin entre le discours prononcé par le président Emmanuel Macron, devant les étudiants de l’université de Ouagadougou le 28 novembre 2017, et le sommet Afrique-France initialement prévu en juin 2020 et reporté aux 7, 8 et 9 octobre 2021.
Durant ses travaux, répartis en plusieurs mois, Hervé Gaymard et Pierre-Ange Savellide ont rencontré de nombreux chefs d’entreprises, des responsables professionnels et des acteurs publics. De ses échanges, il ressort un principal message : « il y a urgence, car les relations économiques franco-africaines de 2050 se construisent aujourd’hui ».
Quatre grands axes se dégagent ainsi de cette analyse. Le premier est celui d’un nécessaire retour sur les faits. Trois mythes (celui du retrait des entreprises françaises, celui de leur toute-puissance, et celui de l’ascension inexorable de la puissance chinoise) doivent être revus.
Le second est celui d’une identification des objectifs de politique publique pour la France, dans une optique de long terme. Pour identifier ces objectifs, il convenait tout d’abord d’esquisser quelques vues de l’Afrique de 2050. Cette Afrique de 2050 n’aura plus grand chose à voir avec une Afrique de 1950, dans la continuité de laquelle la France pouvait être tentés de structurer ses représentations.
Le troisième point est celui du bilan, au regard de ces objectifs. Avant d’établir ce bilan, un message central est rappelé: l’ambition collective en faveur de la présence économique française sur le continent africain doit précisément être une ambition collective, portée par les acteurs publics et privés, pour ne pas se réduire à une volonté politique, ni a fortiori à une action administrative.
Enfin, le dernier temps est celui des propositions concrètes, au-delà des inflexions stratégiques proposées. Trois séries de propositions sont dessinées. En matière d’accompagnement, des mesures parfois techniques sont proposées, afin d’ajuster certains paramètres ou de mieux coordonner certains acteurs.
En matière de partenariat exemplaire, l’approche retenue vise à conjuguer ambition et pragmatisme: il ne s’agit pas de donner des leçons aux acteurs privés et aux pays partenaires, mais de trouver des solutions concrètes, par la construction de modèles économiques adaptés ainsi que par une action multilatérale plus résolue. Ces deux derniers points amènent à un impératif stratégique, celui de la création des marchés de demain. Par conséquent, un parti a été pris, celui d’un élargissement du troisième axe de la lettre de mission, initialement consacrée au financement du secteur privé africain en particulier via le capital-investissement, à d’autres formes de financements et à d’autres problématiques que celle des financements, comme les institutions juridiques ou l’expertise technique.
En revanche, la question des négociations internationales et européennes, notamment en matière commerciale, n’est abordée qu’à la marge. Cette question n’est en effet pas tant une question contextuelle qu’un enjeu sécable, dans le contexte à venir du post-Cotonou et de la nécessaire redéfinition des relations entre l’UE et le continent africain.
La France se doit donc de se donner une ambition à long terme. Soixante-ans après les indépendances, Hervé Gaymard indique avoir la conviction que la France se doit de dépasser la conception classique de l’aide, pour construire celle de l’investissement pour le développement.
Une telle ambition à long terme, qui selon lui «ne peut être qu’une ambition collective. Elle doit bien entendu être portée par les pouvoirs publics : l’une des urgences est la reconstruction en 10 ans, d’un outil français d’expertise technique de rang mondial, analogue à celui dont dispose l’Allemagne ».
En outre, poursuit-il « elle doit également être portée par les acteurs privés : le continent africain n’est pas le continent des coups, mais de la capacité à résister aux coups. Les entreprises françaises qui y réussissent ont su construire une stratégie à long terme, et diversifier leur présence pour assurer leur résilience. Cette ambition ne doit pas oublier, enfin, que le facteur humain reste le premier facteur : parmi mes propositions, figure en particulier celle de la création d’un système de bourses d’excellence à destination des talents africains qui serait financé par nos entreprises.



















